Les modérés

Je ne sais pas trop quoi penser des chrétiens que je qualifie de « post-chrétiens », i.e. ceux et celles qui rejettent une interprétation littéraliste, ne veulent pas imposer leur religion, ne sont ni sexistes ni homophobes, etc.

C’est une surprise pour moi. J’ai grandi dans un milieu plutôt fondamentaliste. C’est des années plus tard que je découvre qu’il existe toute une herméneutique (que je qualifie affectueusement de la « thèse du Jésus hippie ») selon laquelle les littéralistes ont tort, la Bible n’est pas la parole de Dieu, l’homosexualité c’est cool, Dieu est amour, etc.

Non mais, les post-chrétiens, vous étiez où quand j’avais 15 ans et que je commençais à développer une vision critique du christianisme? Probablement en train de se poser les mêmes questions que moi – mais vous êtes arrivés à des conclusions différentes. Que s’est-il passé de différent?

Et c’est là le cœur de ce que je n’arrive pas à comprendre. Vous avez amorcé une démarche critique et avez conclu que le christianisme c’est quand même cool?

Ça demande de gros efforts pour y arriver, j’en suis persuadé.

Le post-christianisme est une discipline intellectuelle de haute voltige qui exige de réinterpréter une bonne partie des doctrines chrétiennes afin de les rétro-ajuster à sa guise, le tout en faisant généralement allusion à d’obscurs « contextes historiques » dont très peu d’historiens semblent attester.

C’est, pour être honnête, ni plus ni moins que de la religion cafétéria, on prend ce qui nous arrange. Pourquoi se tourner vers cette interprétation de la Bible quand il en existe d’autres qui me semblent tout aussi crédibles mais qui distillent la haine? Parce que ça parait mieux. L’autre possibilité serait d’admette que c’est le christianisme qui est vicié, à la base, et qu’à force de trier ce qu’on jette et ce qu’on garde ça devient du sur-mesure, ce qui va à l’encontre du concept même de religion.

Rendu à ce point, pourquoi ne pas poursuivre la démarche, juste un petit pas de plus vers la cohérence? Vous êtes presque athée. Assumez.

La doctrine du péché: une invitation au narcissisme

Vanité des vanités ! tout est vanité ! - L’Ecclesiaste, 1:2.

On ne retrouve pas, dans le christianisme, de concepts comme celui, chez les Bouddhiste, de Bodhisattva, qui place l’éveil spirituel des autres avant le sien. Chez les chrétiens, la foi a un aspect « chacun pour soi ». L’individu est responsable de son salut et doit lutter contre le « péché », cette lutte étant conçue comme individuelle. Accompagné souvent d’une croyance forte au libre-arbitre, ce déplacement vers l’individu de la responsabilité de son sort mène vers une forme aiguë de narcissisme jouant sur notre vanité naturelle.

Je pense particulièrement au discours des chrétiens évangéliques. C’est toujours « ma relation personnelle avec Dieu », « mon péché » et « le salut de mon âme ». C’est facile de jouer sur la vanité des humains en leur proposant le salut de leur âme et la vie éternelle. Après tout, nous sommes des bestioles imbues d’elles-mêmes, nous les homo sapiens, et avons la conviction fondamentale que nous devons, comme individu et comme espèce, exister pour toujours.

Il y a certes, dans le christianisme, une incitation à ne pas mener les autres vers le péché… car c’est là en soi un péché. Il n’y a pas de motivation intrinsèque à s’abstenir d’être une « occasion de chute ».

Ne serait-il pas plus altruiste de dire qu’agir avec compassion est sa propre récompense? Que nous n’avons pas besoin d’un incitatif externe pour être une bonne personne? Pas dans le christianisme, la religion du « je, me, moi ».

 

L’anti-avortement, recouvert d’une couche intello

Une lectrice a répondu à un ancien billet sur les « organismes » anti-avortement par un texte longuet auquel il vaut la peine de répondre.

Le commentaire peut être lu ici dans son intégralité et dans le contexte.

On y retrouve avant tout l’habituelle panoplie d’ad hominem:

  • « De toutes évidences, vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez. » Ne pas être d’accord = être ignorant;
  • « Je ne nie pas vos bonnes intentions, je les aies partagées pendant longtemps. » Je pensais comme vous avant, mais j’ai vu la lumière;
  • Même chose, mais avec psychanalyse à rabais:  « J’ai été alimentée par la même hargne que vous pendant plusieurs années. La haine du monde finit par se transformer par la haine des autres, et la haine des autres, par la haine de soi. »
  • On m’accuse même d’avoir une vision matérialiste ET post-moderne. Les deux en même temps, rien de moins: « Votre discours montre que vous ne connaissez pas l’objet dont vous parler autrement qu’à travers le spectre idéologique matérialiste/postmoderne. » (tiens, on croirait lire Paul Gosselin… j’y reviendrai).

C’est l’essentiel du message, finalement: m’insulter avec une violente condescendance, m’attribuer des idées et, finalement, répéter la thèse anti-choix en boucle et à la virgule près.

L’auteure est-elle consciente qu’elle répète la thèse anti-choix comme un perroquet?

D’ailleurs, quelle est cette thèse? La même chose que d’habitude. Discours contre la contraception (pas efficace!), contre l’avortement, allusion au stress post-traumatique comme justification du mouvement anti-choix. On nous répète à quel points les nones sont hyper-sympas (qui a dit le contraire?) comme si cela justifiait leurs pratiques (ça ne les justifie pas).

Un seul passage du commentaire me laisse songeur:

L’autonomie n’est pas la valeur sur laquelle je fonde ma vision du monde. Si tel était le cas, je serais beaucoup plus « à droite ». Le discours « pro-vie » traditionnel ne soutient pas que la femme doit avoir des enfants. Le discours « pro-vie » soutient qu’il est de notre devoir de protéger la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle.

C’est intense. Elle affirme d’abord que l’autonomie de la femme n’est pas si importante et qu’elle n’est pas obligée d’avoir des enfants (c’est possiblement la seule allusion directe à ma réponse précédente). Faisons 2+2: la maternité n’est pas obligatoire, mais on oublie la contraception et l’avortement. Reste le célibat. L’auteure du commentaire enchaîne en disant que la vie doit être protégée dès la conception. La « vie » d’un tube neural prime sur l’autonomie de la mère, semble-t-il, et je crois que cela suffit pour associer cette lectrice aux autres religieux qui viennent déverser leur fiel sur ce blog. La différence est l’enrobage intello, mais en quoi cela change-t-il de, disons, Paul Gosselin?

Justement. L’auteure du commentaire a également un blog, sur lequel elle a récemment publié un billet (pro-vie, on s’en doute) qui cite nul autre que le créationniste Paul Gosselin. Si on se base sur les écrits de Gosselin pour comprendre ce qu’est la postmodernité, il n’est guerre étonnant de lire des absurdités telles que « spectre idéologique matérialiste/postmoderne. » (Note: ce ne sont pas des synonymes).

Paul Gosselin, peut-être sans le réaliser, propose un christianisme tout à fait postermoderne tout en prétendant critiquer la postmodernité. Il n’hésitera pas à tomber dans un relativisme primaire si cela peut le sortir (en apparence du moins) de l’embarras. Cette histoire de paille et de poutre, les chrétiens gagneraient à bien la comprendre et l’appliquer dans leur vie.

Crise dans la blogosphère athée, féminisme et masculinisme

Plusieurs de mes blogs athées favoris sont depuis quelques mois aux prises avec des problématiques tout à fait étranges. Il semble que la question du féminisme soit une source de division, ce qui m’étonne vraiment, et que l’ad hominem soit maintenant une pratique courante.

En même temps, plusieurs blogs se réclament du féminisme mais échouent à présenter un véritable point de vue féministe. En effet, le féminisme ne constitue pas seulement une défense des droits des femmes, c’est tout un courant d’étude avec une historique propre, ainsi qu’une branche de la philosophie. Il est regrettable de voir une possible discussion concernant le féminisme et l’athéisme se limiter à certains aspects du féminisme et ignorer largement tout le travail des féministes qui existent en-dehors de la blogosphère athée anglophone!

Finalement, je suis absolument sidéré de voir des gens qui se disent rationnels adhérer à ce qu’ils appellent le mouvement de « droits des hommes ». Bien qu’il puisse sembler tout à fait naturel, dans une perspective anti-sexiste, de défendre les droits des hommes autant que ceux des femmes, la création d’un mouvement propre à la défense du droit des hommes ne tient pas compte du contexte actuel d’oppression des femmes ou encore implique que les hommes auraient des droits différents. Les mouvements masculinistes ont aussi tendance à être des façades pour des douchebags mysogines qui cherchent à se cacher derrière l’objectivité et l’égalité homme-femme. Il suffit cependant d’étudier, ne serait-ce que superficiellement, leurs propos pour révéler la supercherie.

Ce que nous amène à notre question: pourquoi peut-il y avoir du féminisme mais pas du masculinisme?  Lire la suite

En grève!

Libresansdieu fait une pause. Je suis impliqué dans l’actuel mouvement de contestation contre la hausse des droits de scolarité au Québec. Ça bouffe le gros de mon temps.

On se revoit quand la société sera un peu plus juste… ou quand on aura perdu.

Dans le processus, j’ai beaucoup appris sur la plateforme wordpress et je vous réserve quelques surprises à mon retour.

Pourquoi j’aime plus ou moins le concept de « safe space policy ».

Exemple parmi d’autres de la manie des militant-es queer ou féministes de faire des « space », le safe space est un code de conduite visant à s’assurer que tous se sentent « safe » (en sécurité ») sur le plan physique et émotionnel.

Ce qui me dérange dans le concept de safe space, c’est leur côté bisounours. Je n’ai pas envie de respecter l’opinion des autres. J’ai envie de la mettre à l’épreuve. Je m’attend à ce qu’on en fasse autant de mes opinions (sinon je serais resté chez moi avec mes belles opinions).

Je n’ai pas envie de respecter l’intégrité émotionnelle des autres. Je veux que les gens soient sur le bout de leur chaise, confrontés, sortis de leur zone de confort. J’ai envie d’exprimer mes opinions de manière exagérée afin de voir jusqu’où mon idée se tient, et de faire l’avocat du diable si nécessaire.

Il faut qu’on pointe l’éléphant dans la pièce (ou la nudité de l’Empereur) sinon la discussion ne mène à rien.

On peut bien, si on veut, prendre un « espace de X » et un faire un « espace de Y ». Si je décide que l’espace « safe » doit devenir un espace permettant de confronter certaines idéologies, alors j’ai pris ton safe space et j’en ai fait un espace politique, qui (pratiquement par définition) est rarement safe.Ce n’est pas comme s’il y avait un cercle de poudre magique qui délimitait le safe space.

Bref, l’établissement de safe space – tout comme la violence verbale – peut devenir un rempart pour quelqu’un qui voudrait éviter la discussion de fond, incluant les discussions sur la validité des safe spaces. La confrontation est parfois une bonne chose et c’est quelque chose qu’il faut considérer lorsqu’on établit un code de conduite.

« Ta vie ton choix » cite George Alan Rekers!

Je vais revenir plus amplement sur la bêtise et l’hypocrisie sans borne du site Ta Vie Ton Choix (ci-après TVTC). Je veux simplement indiquer, avant que monsieur Lizotte réalise sa bourde et modifie son site, que la page « Comment peut-on aider les garçons qui agissent comme des filles et les filles qui veulent être des garçons ? » s’appuie sur les propos de George Alan Rekers, qu’on aperçoit dans une vidéo.

Or, Rekers, comme on le sait, est un amateur de prostitués mâles dont le placard a été percé à jour il y a quelques mois. Rekers s’ajoute donc à la longue liste d’activistes anti-homosexualité qui ont eux-mêmes des comportements homoérotiques (on en avait parlé ici).

Côté crédibilité, on repassera.

Autre fait intéressant: Michel Lizotte menace, sur son site, de poursuivre en justice quiconque dira que son organisation est homophobie ou religieuse. J’attends toujours la mise en demeure.