L’anti-avortement, recouvert d’une couche intello

Une lectrice a répondu à un ancien billet sur les "organismes" anti-avortement par un texte longuet auquel il vaut la peine de répondre.

Le commentaire peut être lu ici dans son intégralité et dans le contexte.

On y retrouve avant tout l’habituelle panoplie d’ad hominem:

  • "De toutes évidences, vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez." Ne pas être d’accord = être ignorant;
  • "Je ne nie pas vos bonnes intentions, je les aies partagées pendant longtemps." Je pensais comme vous avant, mais j’ai vu la lumière;
  • Même chose, mais avec psychanalyse à rabais:  "J’ai été alimentée par la même hargne que vous pendant plusieurs années. La haine du monde finit par se transformer par la haine des autres, et la haine des autres, par la haine de soi."
  • On m’accuse même d’avoir une vision matérialiste ET post-moderne. Les deux en même temps, rien de moins: "Votre discours montre que vous ne connaissez pas l’objet dont vous parler autrement qu’à travers le spectre idéologique matérialiste/postmoderne." (tiens, on croirait lire Paul Gosselin… j’y reviendrai).

C’est l’essentiel du message, finalement: m’insulter avec une violente condescendance, m’attribuer des idées et, finalement, répéter la thèse anti-choix en boucle et à la virgule près.

L’auteure est-elle consciente qu’elle répète la thèse anti-choix comme un perroquet?

D’ailleurs, quelle est cette thèse? La même chose que d’habitude. Discours contre la contraception (pas efficace!), contre l’avortement, allusion au stress post-traumatique comme justification du mouvement anti-choix. On nous répète à quel points les nones sont hyper-sympas (qui a dit le contraire?) comme si cela justifiait leurs pratiques (ça ne les justifie pas).

Un seul passage du commentaire me laisse songeur:

L’autonomie n’est pas la valeur sur laquelle je fonde ma vision du monde. Si tel était le cas, je serais beaucoup plus « à droite ». Le discours « pro-vie » traditionnel ne soutient pas que la femme doit avoir des enfants. Le discours « pro-vie » soutient qu’il est de notre devoir de protéger la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle.

C’est intense. Elle affirme d’abord que l’autonomie de la femme n’est pas si importante et qu’elle n’est pas obligée d’avoir des enfants (c’est possiblement la seule allusion directe à ma réponse précédente). Faisons 2+2: la maternité n’est pas obligatoire, mais on oublie la contraception et l’avortement. Reste le célibat. L’auteure du commentaire enchaîne en disant que la vie doit être protégée dès la conception. La "vie" d’un tube neural prime sur l’autonomie de la mère, semble-t-il, et je crois que cela suffit pour associer cette lectrice aux autres religieux qui viennent déverser leur fiel sur ce blog. La différence est l’enrobage intello, mais en quoi cela change-t-il de, disons, Paul Gosselin?

Justement. L’auteure du commentaire a également un blog, sur lequel elle a récemment publié un billet (pro-vie, on s’en doute) qui cite nul autre que le créationniste Paul Gosselin. Si on se base sur les écrits de Gosselin pour comprendre ce qu’est la postmodernité, il n’est guerre étonnant de lire des absurdités telles que "spectre idéologique matérialiste/postmoderne." (Note: ce ne sont pas des synonymes).

Paul Gosselin, peut-être sans le réaliser, propose un christianisme tout à fait postermoderne tout en prétendant critiquer la postmodernité. Il n’hésitera pas à tomber dans un relativisme primaire si cela peut le sortir (en apparence du moins) de l’embarras. Cette histoire de paille et de poutre, les chrétiens gagneraient à bien la comprendre et l’appliquer dans leur vie.

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5 Commentaires

  1. berlherm

    Il y a plus d’un million d’ovules chez chaque femme, Dieu a-t-il prévu que les femmes vivent plus d’un million d’années pour les amener à terme? Les règles d’une femme sont de l’avortement divin. Les maladies infantiles sont également des tentatives d’avortement divin autrefois souvent parfaitement réussies, quand la mère n’était pas avortée elle-même.

  2. Alwin

    Quelque chose de pas si contre nature que ça chez les mammifères. Quand une mère sais qu’elle ne pourra pas élever ses petits pour divers raisons (perte de l’odeur, famine, stresse, faiblesse dut à l’accouchement) elle les mange! Et là ils sont bien vivant! Ça s’appelle le cannibalisme puerpéral et à côté on est des enfants de cœur.
    Haaa ? J’entends derrière qu’on est pas des animaux? Pourtant il y a des signes qui ne trompent pas.

  3. Justicier

    La remarque de berlherm sur le nombre d’ovules fabriqués par les femmes est particulièrement pertinente, mais que dire des 20 à 50 000 millions de spermatozoïdes expulsés, en moyenne, par les hommes durant leur vie sexuelle !!!!

    Dieu a-t-il aussi pévu que chaque spermatozoïde de chaque homme puisse générer autant d’enfant ?
    Bien sûr que non.

    Donc on peut donc affirmer que si l’on suit les délires et les idées des opposants à la contraception et l’avortement souhaité ( pas subi bien sûr ) par une femme pour des raisons qui lui sont personnelles et propres ( grossesses non désirées suite à un viol, par exemple, impossibilité d’élever correctement un enfant à naître, etc….) Dieu serait le plus grand criminel de tous les temps, puisque 99,99% des cellules pouvant créer potentiellement la vie ( les ovules et les spermatozoïdes ) sont tout simplement vouées a être détruites !!!

    Pour les croyants, Dieu a tout créer. Il a donc aussi créé le hazard ? Oui ou Non ? Et si Oui pourquoi ? Ou si Non, Dieu n’ayant pas créé le hazard, pourquoi s’en remettrait-il malgré tout à lui pour les fusions entre ovules et spermatozoïdes parmi des milliards de milliards de milliards de combinaisons possibles ?

    Dieu aurait-il, finalement, lui même un maitre plus "créateur" que lui ? le hazard ?

    C’est un grand mystre a méditer longuement pour les croyants, car pour les athées, c’est clair, ils ont depuis logtemps résolu ce mystère, car ce sont les hommes qui ont créé Dieu et non l’inverse

    Justicier

  4. Waddle

    Je ne vois aucune contradiction entre dire que la femme n’est pas obligée de faire des enfants et s’opposer de façon raisonnable à l’avortement.

    A part peut-être pour des cas extrêmes de viols, on peut s’opposer par principe à l’avortement sans être caricaturé comme vous le faites. Il existe une infinité de moyens d’éviter de tomber enceinte, donc à part si on a été forcée (cas de viol), la question peut se poser.

    Car d’un point de vue purement éthique et philosophique, quelle différence entre tuer un embryon de 3 mois, et tuer un nouveau né de 1 jour dont on ne veut plus?

    Bref, être pro-avortement se défend, mais défendre des valeurs comme le respect de la vie, cela a aussi du sens. Car si on étend cette idéologie d’autonomie, on finira par comprendre les infanticides.

  5. berlherm

    Bonjour à tous.

    Que répondent un croyant et un athée à cette « vérité indéniable » que l’on peut analyser comme un syllogisme:

    « La création d’une existence ne sert que ceux qui existent déjà,
    quand il ne maitrise pas cette création, ni le chemin que suivra cette existence,
    le créateur est un idiot ou un sadique. »

    « ceux » étant les dieux éventuels, les parents (la mère essentiellement), la société, les diverses « patries », les animaux, tous les vivants…

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