Les modérés

Je ne sais pas trop quoi penser des chrétiens que je qualifie de "post-chrétiens", i.e. ceux et celles qui rejettent une interprétation littéraliste, ne veulent pas imposer leur religion, ne sont ni sexistes ni homophobes, etc.

C’est une surprise pour moi. J’ai grandi dans un milieu plutôt fondamentaliste. C’est des années plus tard que je découvre qu’il existe toute une herméneutique (que je qualifie affectueusement de la "thèse du Jésus hippie") selon laquelle les littéralistes ont tort, la Bible n’est pas la parole de Dieu, l’homosexualité c’est cool, Dieu est amour, etc.

Non mais, les post-chrétiens, vous étiez où quand j’avais 15 ans et que je commençais à développer une vision critique du christianisme? Probablement en train de se poser les mêmes questions que moi – mais vous êtes arrivés à des conclusions différentes. Que s’est-il passé de différent?

Et c’est là le cœur de ce que je n’arrive pas à comprendre. Vous avez amorcé une démarche critique et avez conclu que le christianisme c’est quand même cool?

Ça demande de gros efforts pour y arriver, j’en suis persuadé.

Le post-christianisme est une discipline intellectuelle de haute voltige qui exige de réinterpréter une bonne partie des doctrines chrétiennes afin de les rétro-ajuster à sa guise, le tout en faisant généralement allusion à d’obscurs "contextes historiques" dont très peu d’historiens semblent attester.

C’est, pour être honnête, ni plus ni moins que de la religion cafétéria, on prend ce qui nous arrange. Pourquoi se tourner vers cette interprétation de la Bible quand il en existe d’autres qui me semblent tout aussi crédibles mais qui distillent la haine? Parce que ça parait mieux. L’autre possibilité serait d’admette que c’est le christianisme qui est vicié, à la base, et qu’à force de trier ce qu’on jette et ce qu’on garde ça devient du sur-mesure, ce qui va à l’encontre du concept même de religion.

Rendu à ce point, pourquoi ne pas poursuivre la démarche, juste un petit pas de plus vers la cohérence? Vous êtes presque athée. Assumez.

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7 Commentaires

  1. Didier GUENAND

    J’assume et j’y suis presque. Il reste juste une toute petite formalité de tolérence et de liberté à faire officialiser par l’église, l’acceptation de l’effacement du nom dans le registre des baptêmes et je serai presque athée…………………

  2. Agg

    Bonjour,

    """""ceux et celles qui rejettent une interprétation littéraliste, ne veulent pas imposer leur religion, ne sont ni sexistes ni homophobes"""""
    >> Là, vous simplifiez à l’extrême, en faisant comme si les vertus que vous évoquez en négatif (liberté de conscience, féminisme, gay-friendliness) pouvaient se penser en dehors de tout contexte social et se rattachaient exclusivement à une perspective religieuse, cette dernière étant conçue en outre de façon monolithique (j’y reviendrai).

    """""Non mais, les post-chrétiens, vous étiez où quand j’avais 15 ans et que je commençais à développer une vision critique du christianisme?"""""
    >> Le qualificatif de "post-chrétiens" me paraît fallacieux : des siècles de théologie témoignent en effet du souci critique qui irrigue le christianisme depuis son commencement. C’est d’ailleurs quelque chose qui devrait interpeller votre rationalité : le christianisme, dans sa diversité, est *la* religion qui place la raison au cœur de son dispositif, contrairement à l’islam par exemple (je songe notamment à l’influence quasi-nulle du philosophe Averroès sur la foi musulmane).

    """""Et c’est là le cœur de ce que je n’arrive pas à comprendre. Vous avez amorcé une démarche critique et avez conclu que le christianisme c’est quand même cool?"""""
    >> Peut-être parce qu’il n’y a pas *un* christianisme, à la doctrine unique, mais *des* christianismes, aux doctrines hétéroclites. Pire, même au sein d’un seul courant, il y a des points de vue intriqués, des traditions entremêlées. A ce titre, si votre critique "rationnelle" veut gagner en pertinence, elle devra d’abord gagner en précision.

    """""Pourquoi se tourner vers cette interprétation de la Bible quand il en existe d’autres qui me semblent tout aussi crédibles mais qui distillent la haine?"""""
    >> La réponse ne se trouve-t-elle pas dans la question même ? L’amour ne vous semble-t-il pas préférable à la haine ? Et de même qu’une société peut modifier ses mœurs dans une visée utilitariste, une religion peut modifier ses interprétations dans une logique d’apaisement, d’ouverture, de progrès.

    Chaleureusement.

    PS : je profite de ce commentaire pour vous féliciter pour la nouvelle mouture de votre site, que je trouve beaucoup plus agréable que l’ancienne.

  3. F. Brunot

    Bonjour cher congénère humain, le grand singe que je suis salue le grand singe que tu es,

    Alors tout d’abord merci pour cet exposé très intéressant de tes opinions. Ça me fait naître quelques remarques.

    Citation : "C’est, pour être honnête, ni plus ni moins que de la religion cafétéria, on prend ce qui nous arrange".

    Mon opinion est que « prendre ce qui nous arrange » est typiquement humain. Les humains l’ont toujours fait, jusqu’à créer des dieux et des esprits à leur image capables de vouloir, de percevoir, de mémoriser, de penser, de ressentir des émotions, de se souvenir, etc (l’inverse n’est pertinent pour moi que dans le cadre d’une méditation).

    Citation : « Et c’est là le cœur de ce que je n’arrive pas à comprendre. Vous avez amorcé une démarche critique et avez conclu que le christianisme c’est quand même cool? »
    A chacun sa démarche, pour ma part mes outils sont la suspension du jugement de valeur, la science, l’esprit critique, des bases de psychologie cognitive, et le scepticisme.

    La lecture de l’essai du professeur Pascal Boyer « Et l’homme créa les dieux » (publié en 2001 de mémoire) a été une révélation. Cet anthropologue cogniticien aborde scientifiquement dans un livre les représentations mentales humaines, dans plusieurs cultures différentes, et en particulier les représentations individuelles et subjectives d’agents intentionnels surnaturels (en gros, les dieux, ancêtres, fantômes, esprits).

    Un indice qu’il s’agit d’un exposé impartial : on trouve des fans du côté athée et du côté de ceux qui se disent religieux, de plus les références et la bibliographie en fin de bouquin (500 pages environ) sont bien fournies.

    La religion comme phénomène naturel résultant d’un traitement d’informations, réalisé par des systèmes d’inférences spécialisés du système nerveux central d’homo sapiens, et modifié par des interactions sociales. Plus de jugement de valeur pour expliquer la religion ou la pensée magique. Vive la science ! Une des théories utilisée dans ce cas est celle de la théorie de l’esprit : fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_de_l’esprit).

    Mon opinion est que méditer en faisant appel à des agents intentionnels surnaturels (le christianisme, et le catholicisme en particulier, les exploitent à foison : dieu, les anges, la vierge marie, les 3 personnes de la trinité, les saints, etc) permet une expérience unique. Ça demande juste la suspension de tout jugement apriori. Si, a priori, je juge que les personnages d’un film d’action au cinéma ne sont « pas vrais », et que je ne vais pas au cinéma à cause de ça, alors je passe à côté de l’expérience et des sensations du film.

    Citation : « Le post-christianisme est une discipline intellectuelle de haute voltige qui exige de réinterpréter une bonne partie des doctrines chrétiennes afin de les rétro-ajuster à sa guise, le tout en faisant généralement allusion à d’obscurs "contextes historiques" dont très peu d’historiens semblent attester. »

    Pour l’histoire biblique, je te conseille Israël Finkelstein (essai : La bible dévoilée), un archéologue israélien. Si tu as d’autres approches historico-critiques, je suis preneur. Pour ma part, méditer des prières âgées de 2000 à 2500 ans, comme les psaumes (Tehilim), demandent un minimum de se « mettre dans la peau » du juif de l’époque qui les récite, qu’il soit prêtre ou simple membre d’une communauté.
    Donc pas d’avions, pas d’internet, un ciel inaccessible d’où une symbolique des montagnes (points de jonction et de rencontre entre les dieux, « le ciel », et la terre, « les hommes » : voir le mont Olympe chez les grecs, le mont Garizim, Sion), une mer dangereuse et terrifiante (pas de sonar ou de cartographie marine, pas de sous-marin), une cosmogonie non influencée par la théorie du big-bang, etc.
    C’est sûr, je suis d’accord avec toi, ça demande de réinterpréter. C’est une méditation exigeante mais profitable, qui m’amène de la paix, me permet de me calmer et de prévenir des émotions désagréables. Cela passe par une modification des croyances individuelles pour modifier l’expérience subjective consciente (et probablement non-consciente également puisque d’un point de vue psychophysiologique les évènements mentaux conscients seraient largement déterminés par des évènements physiologiques non-conscients).
    Pour l’approche épigraphique, les livres de Michel Benoît (blog : http://michelbenoit17.over-blog.com/) peuvent être une bonne approche de l’enseignement du rabbi Yehoshua Ben Youssouf (Jésus) et pour comprendre la transformation de « Jésus » en « Christ » par Paul de Tarse, qui serait un des fondateurs du christianisme. Pour information, Michel Benoît est un ancien moine.

    Citation : « à force de trier ce qu’on jette et ce qu’on garde ça devient du sur-mesure, ce qui va à l’encontre du concept même de religion. »
    Mon opinion est que si l’on définit la religion avant tout par un ensemble d’interactions sociales, d’opinions et de représentations mentales, entre des êtres humains et des agents intentionnels surnaturels, le concept de religion est conservé, peu importe la forme qu’il prend. Je pense que, même si ça devient du « sur-mesure », un invariant cognitif persisterait à travers les millénaires. La raison étant que le cerveau humain, même s’il évolue, conserve des systèmes d’inférences spécialisés utiles à la survie (dont la détection d’agents intentionnels et, c’est une hypothèse à tester, une non-habituation aux phénomènes surnaturels qui permet de maintenir la qualité de l’expérience et des sensations).
    Quelle est pour toi la définition de « religion » ? S’agit-il avant tout de comportements objectifs, de représentations mentales subjectives, d’attitudes, de croyances ? Ou autre chose ?
    Pour finir, un dernier aparté concernerait les théologies chrétiennes et la théologie catholique en particulier. On peut, pour information, consulter le catéchisme de l’église catholique sur le site du Vatican et constater que ce texte exploite une approche philosophique de la religion. Pas une philosophie analytique contemporaine mais plutôt une philosophie des vertus, avec l’utilisation de concepts comme la « liberté » (qui est une pure construction culturelle, une façon de décrire l’expérience humaine parmi d’autres, et qui a pris une grande importance en France au début du 18ème siècle avec d’autres concepts comme le « libre-arbitre » et la « volonté »). De mon point de vue, cette philosophie nie la réalité biologique de l’être humain et ignore les grands singes bâtisseurs, sociaux, culturels, aimant, capables de se représenter et d’inférer les états mentaux de leurs congénères, que nous sommes. Nous ne devons notre « supériorité sur les autres espèces » (des mots que j’ai en horreur et qui insultent l’animal que je suis), en grande partie, qu’à un organisme et un système nerveux central complexe mais limité.
    Donc, quand la théologie vaticane parle de l’être humain, elle ne parle donc pas de l’animal que nous sommes en réalité. C’est une théologie décorrélée de la réalité biologique de notre expérience subjective humaine et de notre nature, en grand retard sur les avancées scientifiques (imagerie médicale, remise en cause du libre-arbitre depuis 1950 avec Libet, etc). Elle n’est pas pour autant has-been, il s’agit juste d’une approche philosophique sur l’être humain. Il existe d’autres approches, plus scientifiques, de l’être humain et de ses interactions avec un agent intentionnel surnaturel comme le dieu chrétien.
    Juste une information anecdotique : « Dieu » et « Zéus » partageraient la même racine étymologique indo-européenne : *dei- qui signifie « briller » (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Zeus). Quant au titre « pater », il est évidemment identique pour « Dieu le père » et « Zeus le père ». Étonnant non ?

    Citation : « Rendu à ce point, pourquoi ne pas poursuivre la démarche, juste un petit pas de plus vers la cohérence? Vous êtes presque athée. Assumez. »
    Pour ma part, il est possible de rester cohérent et, grâce à l’approche scientifique, de concilier sans effort (mais avec du travail quand même) raison et utilisation d’agents intentionnels surnaturels (dieux, ancêtres et esprits). La paix et l’ataraxie sont à ce prix et pour moi, elles le valent bien.

    Passe une très belle journée.

    Cordialement.

    François Brunot.

  4. meteo

    Oui, les religieux modérés sont presque athées, mais souvent, leur message couvre les fondamentalistes et fait passer les athées militants qui critiquent la religion pour des gens intolérants et haineux.

    Comme de toute facon la plus grande partie de la population ne connait presque rien aux textes religieux, l’existence d’interprétations modérées, quelque soient leur degré d’honnêteté, donne l’impression que le problème ne vient pas des textes, que tout le monde pourrait interpréter absolument comme il le veut, mais des gens qui seraient eux-meme mauvais. A ce titre, les athées militants interprèteraient les textes religieux de la même manière que les croyants fondamentalistes, ils seraient donc aussi dangereux, aussi mauvais. Il est à la mode aujourd’hui de dire que ce qu’il faut combattre, c’est le fondamentalisme, quelque soit son bord. Celui qui tue un apostat ou lapide parce qu’il croit sincèrement que c’est la volonté de „Dieu“, et celui qui dénonce ces pratiquent ainsi que leur provenance, sont ainsi renvoyés dos-a-dos.

    Pourtant, les croyants fondamentalistes que j’ai connus n’étaient pas des gens mauvais, bien au contraire, ils étaient souvent très sympatiques par ailleurs. Et ils étaient plus conséquents que la plupart des croyants. Le problème c’etait ce en quoi ils croyaient.

  5. Agg

    @meteo

    """""Le problème c’etait ce en quoi ils croyaient."""""

    >> Je pense pour ma part que le problème réside moins dans le contenu des croyances d’un individu que dans la manière dont il y adhère – absolutiste ou relativiste. A ce titre, l’athéisme n’est pleinement convaincant que s’il est dépassé, c’est-à-dire si celui qui l’exprime ne ressent plus le besoin de s’opposer à la foi comment fondement de son incroyance. Or de façon assez amusante, l’athée ordinaire ne cesse de parler de Dieu et des croyants, oh certes pour répéter que le premier n’existe pas et combien les seconds sont irrationnels. A force, toutefois, cela fait l’effet d’un gosse qui voudrait démontrer qu’il n’y a pas de monstre sous son lit en passant la nuit à y jeter un coup d’œil, une épée en plastique à la main.

    • domnin

      En effet l’athée normal ne parle pas de Dieu. Pourquoi parler de quelque-chose qui n’existe pas? Seuls les athées militants sont bruyants. Ils sont auto-investi du devoir sacré de combattre "l’obscurantisme" et "les superstitions" de ces benêts de croyants. Les athées militants se réclament du "progrès de l’humanité". Ils ne se rendent pas compte que l’idée de Dieu est profondément inscrit dans la nature humaine depuis que nous sommes devenus sapiens (cf l’histoire). Tous ceux qui, au nom de leur idéologie perso, ont cherché à modifier la nature humaine ont provoqué les pires catastrophes de tous les temps. Laissez-nous vivre!

  6. domnin

    J’assume parfaitement ma foi en l’amour de Dieu, et aussi mon refus de tous les obscurantismes qu’ils soient religieux ou athées. J’assume et je reste chrétien. La pensée chrétienne plonge plus profondément au cœur de l’homme qu’aucune autre pensée. Elle est irremplaçable. A part ça j’espère que tout va bien chez vous et je vous souhaite une excellente année 2014. Cordialement à tous.

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