Chaste et pur, ou vide et "sale"?

Quelque chose de sale, qui ne satisfait pas mais laisse un vide. Assez réducteur comme définition de la sexualité, mais quand même sous-jacente à ce qu’on relève dans le discours chrétien évangélique.

Une histoire de pureté

Pour bien cerner la mentalité des évangélique au sujet de la sexualité, il faut comprendre ce lien entre la pureté et la chasteté. Vos amis baptistes et pentecôtistes vous se tuer à vous répéter que le sexe n’est pas sale, et je suis certain qu’ils font de leur mieux, mais ils mentent. Peut-être sans malice, sans le savoir: peut-être se mentent-ils avant tout à eux-mêmes.

Le fait demeure que ce qui souille est sale. L’opposition baiser / rester pur implique que le sexe est sale. Dire "je me garde pur pour mon mariage" implique que les autres sont impurs. Dire que "je me garde pour ma future épouse" implique que les autres sont des débauchés. En plus d’être d’une formidable arrogance, cette terminologie met en exergue l’opposition sexe/pureté et trahit les véritables sentiments des évangéliques à l’égard de la sexualité.

Mais les orgasmes, si on attend avant le mariage, ils sont immenses! Non? C’est du moins ce qu’on m’a dit plusieurs fois. Puis-je me permettre d’être un brin sceptique? Ce qu’on enseigne quand on parle d’orgasme post-maritaux inter-planétaires, c’est que la sexualité est une sorte de réserve que peut s’épuiser ("s’user") a force de se corrompre avec des personnes qui ne sont pas "la bonne" personne.

J’ai demandé des explications. On m’a donné deux métaphores: le papier collant et le feu. Le sexe c’est comme le papier collant, si tu le colles partout il ne vaudra plus rien. Ah bon. Et le sexe c’est comme le feu, il peut réchauffer (!?) mais il est dangereux. Re-ah bon.

Jésus va combler mon trou

Et puis il y a cette histoire de vide-en-forme-de-Jésus. Après l’amour, lit-on sur le site chrétien atoi2voir, tu vas ressentir un grand vide que seul Jésus peut combler:

Lorsque j’étais au lycée, je me souviens de ce que j’appelais "l’arrière-goût après l’amour".Le lendemain d’une nuit passée avec une fille, je ressentais toujours un vide en moi et même du regret. C’est quelque chose que l’on ne voit pas à la TV ou au cinéma, pourtant c’est très courant. Plusieurs personnes me l’ont rapporté.

Toute ressemblance entre ce vide et 1) un lendemain de cuite ou 2) la culpabilité ressentie en raison d’un endoctrinement religieux est, je le suppose, purement fortuite. Ça vaut la peine de lire l’article délirant de ce personnage fictif (construit pour fins éducatives mais ne ressemblant à rien de réel). Beaucoup de beaux clichés sexistes. Mais bon.

Blaise Pascal nous a donné beaucoup de bonnes choses mais aussi deux arguments aussi fallacieux qu’illustres: le Pari de Pascal (faudra s’en parler) et cette histoire de vide dans le coeur en forme de Dieu, etc.

Dire aux gens qu’ils sont incomplets et qu’il leur manque un morceau pour être de vraies personnes, c’est vraiment dégueulasse. C’est donner à autrui une vision pervertie non seulement de la sexualité, mais de la totalité de sa personne. Et c’est ce que font les croyants qui emploient l’argument du "trou en forme de Dieu".

Pendant ce temps, dans la réalité. J’ai plusieurs histoires de gens qui accumulent des histoires d’un soir en attendant de trouver l’âme soeur, ou simplement car ils ne croient pas au couple. Ils ne se sentent pas "vides" ou diminués, au contraire. Certaines personnes n’ont pas envie d’approfondir la relation. Ce sont des adultes responsables. Ils ont des besoins à combler. Ils ont envie de baiser. Ça arrive.

On est donc censé croire que les gens qui pratiquent une sexualité sécuritaire mais essentiellement récréative vont ressentir un espèce de vide? Pourquoi ne pas dire que c’était une expérience intéressante? Expérience qu’on aura pas toujours envie de retenter, mais cela ne signifie pas qu’on a honte ou qu’on se sent sale.

Pour moi, le vide dans le coeur, à moins que ce soit Kurt Cobain en train de chanter "heart-shaped box", ça ne veut rien dire. Je trouve la sexualité tout à fait satisfaisante. Ça ne répond pas à mes angoisses existentielles, mais ce n’est pas le but non plus. On ne peut pas demander au sexe (ou à quoi que ce soit en fait) de combler entièrement un être humain. Nous sommes des êtres complexes, aux multiples facettes.

Si quelqu’un s’attend à ce qu’une seule chose le comble (que ce soit le sexe, la bouffe ou la religion, qu’importe) alors cette personne sera malheureuse, et ça n’aura rien à voir avec le "péché" ou le "vide dans notre coeur".