Libresansdieu répond à vos questions II

Voici la suite de notre billet précédent où on répond aux questions de collégiens concernant l’athéisme. Nous abordons ici les question 9 à 16.

9. Pourquoi est-ce que Dieu n’existe pas?

Rappellon d’abord deux choses:

1. C’est à ceux qui affirment quelque chose de le prouver. Demandez-vous: pourquoi est-ce que la Licorne Magique n’existe pas? Pouvez vous prouver qu’elle n’existe pas? Et bien votre réponse sera la même (concernant la licorne rose) que la mienne (concernant Dieu).

2. Il est possible de définir Dieu de manière à ce qu’il soit impossible de réfuter son existence. Si je dis que Dieu, c’est l’Univers, ou encore que c’est l’Amour, alors là c’est évident qu’il existe. Si je place Dieu vraiment loin de notre réalité et que je crois qu’il n’intervient aucunement dans le cours des choses, alors il est impossible de réfuter ce dieu là, le dieu des déistes.

Je suis presque certain que Dieu n’existe pas, mais je suis certain que le Dieu chrétien n’existe pas. Lorsqu’ils postulent l’existence de Dieu, les chrétiens affirment aussi des choses au sujet du monde réel. Et ces choses là, on peut les réfuter. Par exemple, la Bible affirme que le monde a 6450 ans, que la terre est plate, que les serpents parlent, que lapins sont des ruminants et que pi vaut 3. On sait que tout ça est faux. Tu peux le prendre comme étant symbolique, mais à ce moment là, qu’est-ce qui est une métaphore et qu’est-ce qui ne l’est pas? Est-ce que Jésus aussi est une métaphore? Bref, plus on « bidouille » avec l’interprétation de la Bible, plus on s’approche d’une croyance déiste qui est purement esthétique.

Ensuite, prenons Dieu lui-même. On affirme qu’il est parfait, mais aussi qu’il a une volonté. Dès Aristote on savait que c’est impossible. Si Dieu veut quelque chose, c’est qu’il lui manque quelque chose. Donc il n’est pas parfait. Ça se contredit. Soit Dieu est parfait, soit il a une volonté. Les deux ne peuvent être vrais en même temps. Je sais donc que ce Dieu, celui qui est supposément parfait et a une volonté, n’existe pas.

En ce qui concerne les deux dont je n’ai jamais entendu parler, et bien j’attends qu’on m’en parle, et je dirai ensuite si j’y crois.

 10. Que pensez-vous de la Bible, des fondements chrétiens?

 La Bible est un recueuil de livres écrits par des douzaines de personnes différentes à des époques différentes. Ces textes ont été sélectionnés et mis ensemble selon des critères tout à fait arbitraires. La Bible, telle qu’on la connait aujourd’hui, n’a été officialisée qu’au 16e siècle lors du concile de Trente. La plupart des théologiens actuels reconnaissent que la Bible n’est pas la parole de Dieu. Il s’agit de propos humains écrits par des humains qui exprimaient des propos concernant leurs expériences religieuses.

 Maintenant, quand on parle de « fondements chrétiens », il faut faire attention. La Bible ne représente pas intégralement la position actuelle du christianisme. Par exemple, la Bible affirme en plusieurs endroits que l’esclavage est bien. La Bible donne même des conseils sur la manière d’acheter ou de vendre un esclave. Or les chrétiens ne sont pas, aujourd’hui, en faveur de l’esclavage.

 
11. Que pensez-vous des arguments chrétiens qui prouvent l’existence de Dieu par les concepts suivants : la beauté du monde, l’apparition de Dieu aux Apôtres, le besoin de l’Homme d’être sauvé et la complexité de l’Univers.

Ces arguments n’en sont pas, puisqu’ils dépendent d’une croyance préalable dans ce qu’ils cherchent à démontrer. Je suppose qu’ils peuvent soulager les croyants, tant mieux pour eux, mais ce ne sont pas des arguments valables. Voici tout de même de brèves réponses aux quatre points mentionnés dans votre question.

 1. Beauté du monde: il s’agit d’une conception tout à fait subjective. Un enfant à moitié mort de faim, rongé par un ver intestinal, ce n’est pas très beau. Des gens qui s’entre-tuent à cause de leurs religions, ce n’est pas beau non plus. Peut-être que les chrétiens trouve que c’est beau, mais cela fait d’eux des gens cruels et je ne pense pas qu’il faut les prendre au sérieux.

2. Apparition de Dieu aux Apôtres: la Bible ne dit pas que Dieu est apparu aux Apôtres. Elle affirme que Jésus a vécu sur terre et qu’il était le fils de Dieu. (En fait, la Bible dit aussi que nous sommes tous les fils de Dieu!) On sait que les lieux mentionnés dans la Bible ont existé, de même que la plupart des personnages. Ça ne veut pas dire que Jésus était Dieu.  Comparons: on sait que l’Angleterre existe. Ça ne veut pas dire que le roi Arthur, les chevaliers de la table ronde et Merlin l’Enchanteur ont aussi existé.

3. Besoin de l’homme d’être sauvé: comme je disais plus tôt, c’est un besoin artificiel. Si tu croies au péché originel, tu vas croire que tu dois être sauvé du péché. Sinon, non.

4. La complexité de l’Univers: encore là, c’est un critère assez subjectif. On peut voir l’univers comme la création surnaturelle d’un être magique. Ou comme le résultat du hasard et de la sélection naturelle. En étudiant la théorie de l’évolution, on voit que c’est la seconde explication qui domine. La vie sur terre est le résultat d’un bricolage cosmique, d’un gigantesque copié-collé un peu maladroit. Je trouve que c’est plus cohérent avec le modèle évolutionniste qu’avec la doctrine chrétienne.

12. D’après vous, pourquoi les religions ont-elles été inventées?

 Hormis quelques sectes, je ne pense pas que quelqu’un se soit assis un beau jour pour inventer telle ou telle religion. La religion est plutôt le sous-produit de mécanismes découlant de l’évolution par sélection naturelle et n’ayant pas la religion comme fonction primordiale. Autrement dit, la religion découle de processus mentaux et sociaux qui ne servent pas, en soi, à développer une religion. Pas plus que mon nez sert à tenir mes lunettes.

 Prenons par exemple la capacité de représentation. Si on ne pouvait se représenter quelque chose dans notre tête on ne serait pas capable de réfléchir. Donc quand quelqu’un s’imagine qu’un fantôme se trouve dehors, il n’est pas en train de s’abstenir de réfléchir. Au contraire, il emploie sa faculté innée de représentation… le problème est qu’il l’utilise mal.

 On remarque aussi que les religions, bien qu’il en existe des milliers, reviennent souvent avec les mêmes concepts encore et encore. La raison est simple: on a le même cerveau, et grosso-modo les mêmes expériences de vie. Les religions, tout comme les sophistes et autres vendeurs de pacotille,  exploitent certaines failles dans notre appareil cognitif afin de séduire les foules.

Remarquez que je n’essaie pas de justifier la religion en disant qu’elle a une cause naturelle (ce serait un sophisme). Au contraire, j’affirme qu’il faut rejeter ces illusions, déceler nos failles afin d’en tenir compte.

13. Pourquoi pensez-vous qu’il y a tant de gens qui croit? Qu’est-ce qui pousse l’humain à avoir la foi?

Comme je disais précédement, la religion fait appel à des capacités innées. Il faut une certaine "machinerie" pour croire, notamment la faculté de représentation. L’évolution biologique explique comment il est possible, au plan strictement biologique du moins, de croire. D’autres disciplines, comme l’anthropologie et la sociologie, ont aussi des choses intéressantes à nous dire à ce sujet. Ce qui est à éviter, c’est de trouver une cause surnaturelle au phénomène religieux – ce serait un raisonnement circulaire.

Les gens n’ont pas nécessairement besoin de croire. Ils croient car ils sont impreignés de croyances qu’ils retransmettent ensuite.

14. La foi nuit-elle à l’Homme?

 Comme je disais plus tôt, la foi c’est de croire sans preuve. Certaines croyances peuvent être dangereuses. La plupart sont bénignes, voire positives. Si je crois que je dois aider mon prochain pour ne pas que mon nez allonge, je risque d’aller nourrir les pauvres, de donner de l’argent à Centraide. Ce n’est pas très dangereux, au contraire.

 Mais parfois une croyance peut mener à comettre des actions qu’on ne ferait pas en temps normal et qui sont destructives. Par exemple, si une personne est convaincue qu’elle a trouvé une manière de déjouer la roulette au casino, elle peut dépenser tout son argent, et se mettre à voler. Rendu à ce point c’est presque impossible de convaincre la personne qu’elle a tort et qu’on ne peut pas battre le casino.

 15. La religion est-elle nuisible à notre société? Expliquez.

 La religion est généralement bénigne ou utile à la société. Mais, comme on le voit depuis en plus depuis le 11 septembre 2001, la religion est potentiellement dangereuse. Quand les gens ne réfléchissent pas et sont persuadés d’avoir raison, quand les gens sont prêts à faire n’importe quoi au nom d’un idéal, c’est dangereux. Maintenant, un idéal n’est pas nécessairement religieux. L’URSS aussi a commis des actes atroces, et c’était un pays où la religion était interdite. Dans ce cas précis, toutefois, on pourrait facilement dire que le problème était le dogmatisme (adhésion aveugle au régime) qui était en cause.

La religion est un cas particulier de dogmatisme potentiellement dangereux mais elle n’est pas la seule manifestation du dogmatisme.

 16. Pour terminer reprenez et compléter la phrase suivante : Un croyant c’est….
 

… quelqu’un qui manque de curiosité.

Pourquoi parler d’un "Jésus historique" ?

Qu’est-ce que se demander s’il y a eu un Jésus historique? Au sens le plus minimal, il s’agit de savoir si un dénommé Jésus a vécu en Palestine au premier siècle. Cela va de soi, Jésus étant un nom assez populaire. Formulée ainsi, la question n’a donc aucun sens, et ce n’est certainement pas ce que l’on demande quand on dit "Y a-t-il eu un Jésus historique?"

J’ai plutôt l’impression que parler d’un Jésus historique, c’est affirmer qu’il y a eu un dénommé Jésus, lequel a accompli certaines des actions attribuées au Jésus de la Bible. Mais quelles actions, au juste?

Prêcher dans les rues, être persécuté par les romains? On ne peut pas simplement affirmer que Jésus-Christ a existé du moment qu’il y a un Jésus qui a prêché et a été persécuté par les romains. Après tout,  Jésus ben Ananias l’a fait, et ce n’était pas le Christ.

Le problème empire quand on considère que Jésus est possiblement une translittération du nom hébreux Yeshua, lequel se retrouve souvent dans la Bible et signifie "sauveur". Ainsi, Jésus était peut-être un titre: le Jésus, comme on dit le maire ou le président. Ou encore un surnom, un nom de scène, un pseudonyme… Considérons 2 Corinthiens 11:4 :

Si quelqu’un vient vous annoncer un autre Jésus que celui que nous avons prêché, vous le supportez fort bien! Vous supportez bien, aussi, de recevoir un autre esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que celui que vous avez accepté.

Un autre Jésus… un autre autre Yeshua, un autre sauveur.

Ainsi, tant que nous n’avons pas une définition claire de ce qu’on entend par "Jésus historique", un débat sur l’historicité du christ n’a pas vraiment de sens. Qu’est-on prêt à inclure dans ce concept de christ historique, par opposition à un christ mythique? C’est déjà une meilleure question que "Jésus a-t-il existé".

Et si on réalise que l’individu ayant inspiré les récits au sujet du christ mythique n’a en fait aucun point commun avec ce dernier? Si le Jésus historique ne s’appellait pas Jésus, n’a pas fait de miracle, n’a pas prononcé les paroles qu’on lui attribue, n’a pas voyagé dans les lieux mentionnés dans les évangiles, bref s’il n’y a aucun lien entre le Jésus historique et le Jésus-de-la-Bible, alors pourquoi même se donner la peine de parler de "Jésus historique"? Ne faudrait-il pas plutôt parler du "précurseur", de l’archétype ayant influencé les auteurs des évangiles?

Jésus a-t-il vraiment existé?

Pour John Loftus, il y a bel et bien eu un Jésus historique. Athée, Loftus est un théologien formé en philosophie de la religion et ancien étudiant de l’apologiste évangélique William L. Craig. Dans un récent billet sur son blog, il affirme d’emblée qu’il y a eu un Jésus historique, pour deux raisons qu’on peut résumer ainsi:

  • Les premiers chrétiens attendaient le retour de leur messie, ce qui implique que quelqu’un est venu au départ. (Le rôle de messie a probablement été attribué à Jésus après sa mort, mais cela n’enlève rien à l’argument).
  • Mention de Jésus en tant que frère de Jacques dans les écrits de Flavius Josèphe.

Loftus explique que les témoignages extra-bibliques ne sont pas nécessaires. La première raison évoquée est suffisante. Selon Loftus, nier l’existence d’un Jésus historique serait faire preuve d’hyper-scepticisme. Ce n’est pas comme si le Grand Édifice de l’Athéisme ™ allait s’écrouler s’il s’avérait qu’un barbu en sandales du nom de Jésus s’était baladé en Israël au premier siècle.

Historicité du Christ: quand info-bible.org se fiche de notre gueule

L’absence d’auteurs contemporains de Jésus et affirmant pleinement son existence peut devenir gênante pour certains apologistes. Au point où certains embelissent la vérité dans l’espoir de défendre leur point de vue. C’est le cas pour info-bible.org, qui sur une page portant sur l’existence historique du Christ, nous raconte bellement un mensonge: (emphase ajoutée)

Lettre envoyée par un Syrien nommé Mara Bar-Serapion, à son fils Serapion. Alors qu’il est en prison, il encourage son fils à poursuivre la sagesse, soulignant que ceux qui ont persécuté les sages ont eu des problèmes. Il prend comme exemple les morts de Socrates, Pythagore et Christ. A propos de Christ il dit : "… quel avantage les Juifs ont-ils gagné à exécuter leur roi sage ? Leur royaume fut anéanti peu après…"

Comme c’est étrange. On nous parle d’un passage qui fait référence au Christ, mais jamais le Christ n’y est mentionné, jamais on ne lit les mots Jésus, Christ, Messie, etc. Le document ne fait jamais mention de Jésus, mais plutôt d’un "roi-sage" qui fut exécuté par son peuple. Voici l’extrait complet:

Quel avantage les athéniens tirèrent-ils en mettant à mort Socrates ? La famine et la peste vinrent sur eux comme jugement pour leur crime. Quel avantage les hommes de Samos tirèrent-ils en brûlant Pythagore? En un instant, leur pays fut recouvert par le sable. Quel avantage les Juifs gagnèrent-ils en exécutant leur Roi sage ? Leur nation fut abolie peu de temps après cet événement. Dieu vengea justement ces trois hommes : les Athéniens moururent de faim; les Samiens furent engloutis par la mer; et les Juifs, ruinés et arrachés de leur pays, vivent dans la complète dispersion. Mais Socrates ne mourut pas pour toujours; il survécut dans les enseignements de Platon; Pythagore ne mourut pas pour toujours, il survécut dans la statue d’Hera. Le Roi sage ne mourut pas non plus à toujours, il vit dans les enseignements qu’il a donné.

(L’extrait se trouve sur cette page). Non seulement Jésus n’est pas mentionné, mais trois événements relatés (la famine suivant la mort de Socrates, l’exécution de Pythagore et l’engloutissement de Samos) sont fictifs. Serapion, s’il veut atteindre la sagesse, a intérêt à ignorer les enseignements de son père, du moins en ce qui concerne de légers "détails" historiques.