Sans dieu, la vie a-t-elle un sens?

Quel peut bien être le sens de la vie pour quelqu’un qui ne croit pas en Dieu? Poser la question illustre déjà un biais religieux, chrétien particulièrement. Dans le christianisme, Dieu donne le sens au monde, sa forme, il est « le mouvement et l’être » (Actes 17:28). Sans Dieu, la vie deviendrait donc chaotique puisque, dépourvue de sa forme, elle retournerait au désordre initial « informe et vide » décrit dans Genèse 1.

Ainsi, celui pour qui le sens dépend de Dieu ne peut concevoir un sens sans dieu, cela va de soi. Comme l’existence nous semble cohérente, il faut bien y avoir un agent qui crée ce sens: l’hypothèse de Dieu intervient alors à la rescousse. Mais il existe une autre explication, qui n’a pas recours au surnaturel.gestalt

L’être humain a cette tendance à vouloir faire sens de son expérience. Les auteurs du courant gestaltiste, notamment, se sont intéressés à cette tendance. Le lecteur verra ainsi un triangle dans la figure ci-contre, alors que ce motif ne s’y trouve pas. Le cerveau cherche à faire sens à tout prix, au point où il faut se faire violence pour ne plus voir le triangle. L’esprit humain est, intentionnellement ou non, un créateur de sens.

Le sens vient donc de notre propre appareil mental. Mais d’où vient celui-ci? Depuis plus de 150 ans, nous savons que l’être humain, comme toutes les autres espèces vivantes, est le fruit de l’évolution biologique. Encore ici, Dieu n’est pas nécessaire pour atteindre une explication satisfaisante. L’évolution est un processus impersonnel et non-dirigé. Inclure une forme de destinée, finalité (ou « téléologie ») ne fait que brouiller les cartes, puisque cela contredit le caractère fondamentalement contingent de l’évolution.

Certains remarqueront ici une contradiction majeure. D’une part, notre entendement veut faire sens de l’expérience. D’autre part, nous vivons dans un monde largement contingent, dépourvu de sens. L’humain est-il un être dont la soif de sens ne pourra jamais être épanchée?

Camus, dans Le mythe de Sisyphe, s’est penché sur cette question fondamentale. Pour Camus, le monde est fondamentalement absurde (c’est-à-dire dépourvu de sens). Comme l’humain aspire à donner sens à son existence, c’est en lui et en lui seul qu’il trouvera un sens. Postuler un être transcendant et donneur de sens ne résout pas la question du sens. Au contraire, cela interrompt le questionnement de soi, et entrave tout questionnement futur. Camus propose d’assumer l’absurde de la vie afin d’être véritablement libre – par opposition au croyant qui reçoit un « sens » factice de la part d’une idéologie pré-fabriquée.

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