Dieu peut-il être « en-dehors du temps » ? (fumette facultative)

Lorsqu’on leur demande si Dieu a été créé, s’il y avait quelque chose avant Dieu, plusieurs croyants répondent le lieu commun « Dieu est en-dehors du temps. » Qu’est-ce que cela signifie? Est-ce un argument recevable?

Prenons une formulation de l’argument, tirée du site aucommencement.net :

Puisque Dieu est, par définition, le créateur de l’univers entier, il est le créateur du temps. Par conséquent, il n’est pas limité par la dimension de temps qu’Il a créé et donc n’a pas de commencement dans le temps – Dieu est  » le Trés-Haut, dont la demeure est éternelle  » (Ésaie 57.15).

(…)

Dieu, en tant que Créateur du temps, est en dehors du temps. Puisqu’Il n’a donc pas eu de commencement, Il a toujours existé, par conséquent, Il n’a pas besoin de cause. (emphase ajoutée)

Un problème avec un Dieu qui serait « hors du temps » (nous supposerons ici qu’une telle chose est possible) est qu’il lui serait impossible d’agir. L’action implique un sentiment de manque, puis une volition, puis un agir venant palier au manque initial. Ce procédé implique une causalité et doit donc s’étaler dans le temps afin de fonctionner. Puisque Dieu ne peut être à la fois parfait (éternel, infini) et imparfait (agissant, ayant des besoins), on doit conclure qu’un Dieu hors du temps ne pourrait pas agir.

Cette conception du Dieu n’interragissant pas avec le cosmos était commune à l’Antiquité. Aristote, notamment, estimait que Dieu, étant parfait, n’aurait pu créer le monde puisque cela impliquerait un manque, besoin qui aurait été comblé par l’acte créateur. Un être parfait ne peut avoir de besoins ou de manque, ce serait là preuve d’une imperfection. La théologie chrétienne, très influencée par le néo-platonisme ainsi que la relecture d’Aristote par Thomas d’Aquin, a adopté cette idée d’un Dieu éternel et infini.

Cette conception est toutefois en contradiction avec d’autres attributs du Dieu chrétien, notamment le fait qu’il est un « Dieu personnel », dont nous sommes l’image. Un Dieu éternel et infini correspond plutôt à un dieu déiste, voire une entité tirée de la littérature New Age. Le Dieu chrétien (et dans plusieurs cas le Dieu juif) est censé être affecté par sa création. Par exemple, plusieurs passages parlent d’un Dieu qui est « attristé » par les agissements des humains. Lors de la création, Dieu constate que son travail « est bon », ce qui implique également un Dieu inscrit dans le temps. Par ailleurs, les récits de miracles impliquent une action ponctuelle de Dieu dans sa création, ce qui soulève une fois de plus le problème d’un manque au sein de l’être divin.

Parler d’un Dieu fini mais qui n’aurait pas de commencement aurait déjà plus de sens que de dire qu’il est « hors du temps ». Certes, ce Dieu fini, puisqu’il existe depuis une durée illimitée, aurait largement eu le temps de se constituer toute la sagesse nécessaire afin d’atteindre une puissance virtuellement infinie. Cependant, le Dieu-en-formation devrait toutefois apprendre à partir de sources d’information externes, ce qui implique que l’univers était déjà existant – il ne pourrait donc être le créateur de l’univers, ou du moins de l’univers entier. Surtout, ce serait là un Dieu clairement imparfait que la tradition chrétienne aurait bien du mal à admettre.

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