Vers une théologie tenant compte de l’absurde

Il y a quelques années, j’ai fait un rêve que je cherche depuis à déchiffrer. Une série de symboles lumineux m’apparaissaient et je n’arrivait pas à en comprendre la signification. Je n’y arrive toujours pas, en fait. Ironiquement, ce rêve m’a empêché de dormir pendant plusieurs nuits, alors que je tentais de le comprendre. Il était totalement dépourvu de signification – et c’était probablement tout ce qu’il y avait à comprendre. C’est aussi ce qui m’a convaincu que je n’avais pas inventé ce rêve après mon réveil et que je n’en avais pas altéré le souvenir: jamais ne n’aurais inventé un truc aussi débile, du moins pas de manière consciente.

En ce qui concerne les miracles, la théologie ne risque pas de se retrouver devant une telle situation. On constate que chaque miracle se produisant dans la Bible (ou ceux rapportés par des « témoins ») peut être compris par tout intellect le moindrement développé. Une personne est guérie. Le pain est multiplié. Des événements que nous sommes en mesure d’insérer dans notre grille mentale.

Le dieu ne fera pas quelque chose de complètement dépourvu de sens, comme transformer chaque boite de tomate d’un supermarché en boite de haricots. Ou faire en sorte que, pendant 15 secondes, tout le monde voit l’asphalte comme si elle était rose et non noire. Ou quoique ce soit d’autre de totalement hors du commun tout en étant apparemment sans incidence.

On pourrait rétorquer que de tels miracles n’auraient aucune utilité, donc que Dieu ne perdrait pas son temps à faire de telles sottises. Mais un dieu tout-puissant n’a pas ce genre de souci utilitariste. Il peut bien faire ce qui lui plait. De plus, les voies du Seigneur sont impénétrables: Dieu aurait peut-être une super bonne raison de rendre l’asphalte rose fluo pendant exactement 15 secondes.

En fait, avec un vrai dieu, on devrait s’attendre à des trucs complètement déments, voire psychédéliques, qu’il nous serait impossible de saisir avec notre esprit limité. Des miracles qui pourraient même nous choquer et heurter nos sensibilités occidentales. À la limite, Dieu pourrait se donner la peine de refaire le coup des grenouilles qui tombent du ciel, question de varier un peu.

Hélas le dieu chrétien se contente de classiques, qui sont presque toujours axés sur les deux thèmes qui intéressent le plus le grand public: la santé et le fric. Et encore là, ces miracles sont facilement contestables (sauf pour ceux qui ont « la foi ») et semblent étrangement calqués sur les désirs et travers des humains ayant assisté au miracle. Tout le monde veut être en santé, tout le monde veut être riche. Une guérison « miraculeuse », une promotion obtenue « grâce à une prière », voilà qui reflète les intérêts des humains et non le travail surnaturel d’un dieu.

Un vrai Dieu ferait des miracles qui n’ont aucune utilité, ni pour ses fidèles, ni pour Lui-même. L’art pour l’art. Totalement désintéressé: voilà un noble trait qu’on peut exiger d’un dieu. De même, une vraie théologie devra tenir compte de l’absurdité et du désintéressement, sans quoi il devient trop évident qu’elle n’est pas une theo logia, mais une anthropologie déguisée…

À lire aussi: l’entrée sur les miracles dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy (section sur Hume).

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