Quelle liberté d’expression pour les « pro-vie » ?

Ça s’est vu sur d’autres campus. C’est au tour de l’Université de Victoria, au Canada. Il existe sur ce campus une variété de regroupements étudiants, dont une association qui s’oppose à l’avortement. L’université tente actuellement de forcer la dissolution de ce groupe.

Entre en scène une association locale de droits civiques, la B-C Civil Liberties Association, qui entend protéger le droit des « pro-vie » à avoir un regroupement officiel sur le campus. On a vu, déjà, des association de droit civique, même carrément des associations à tendance athée, se lever pour défendre le droit des pro-vie à se regrouper en association universitaire.

Le premier réflexe serait de se dire que ces pro-vie peuvent aller se faire voir. Le second réflexe serait de dire que nous allons défendre leur liberté d’expression même si nous ne sommes pas d’accord avec eux.

L’affaire est tout de même plus complexe. Je peux informer d’emblée les lecteurs que « la » solution ne se trouve pas dans ce billet. Nous nous contenterons ici d’analyser le problème et ses implications. Autant que possible, l’aspect religieux ne sera pas considéré.

Premièrement, l’existence en tant que groupe est une chose, l’allocation de ressources à ce groupe en est une autre.

Si on présume qu’il existe un nombre limité de locaux pour les différents groupes, et qu’il existe une quantité limitée de ressources, alors il va de soi que parmi les différents groupes il faudra déterminer ceux qui auront un local et un budget alloué.

Les groupes ayant pignon sur rue (ou en fait, sur corridor), plus de ressources, de meilleurs emplacements sur les babillards, etc, seront plus en mesure de faire connaitre leur message et de recruter de nouveaux membres. Inversement, les groupes n’ayant pas accès à ces ressources verront leurs opportunités de communication largement amoindries.

Du coup, la direction (qui peut être un comité ou un forum étudiant) se trouve dans la fâcheuse position où elle doit pratiquer un tri qui pourrait s’apparenter à de la censure.

En plus de contraintes matérielles, la mentalité générale de l’établissement d’enseignement (ses « valeurs ») peut favoriser certains groupes. Prenons un exemple: une association d’étudiants au doctorat visant à aider les petits nouveaux du bac. Ce regroupement risque d’attirer les sympathies de la direction car il procure directement un service à la population étudiante et risque d’intéresser autant les étudiants en difficulté que ceux souhaitant obtenir une expérience de mentorat. D’autres groupes risquent d’être moins populaire, comme c’est le cas pour le groupe pro-vie.

Nous avons recensé, suite à une étude approfondie impliquant le coin supérieur gauche d’une serviette de table, quelques caractéristiques favorables à une association étudiante:

  1. Offre un réel service aux étudiants, n’est pas une clique fermée.
  2. Ne contrevient pas aux lois en vigueur ni aux règles de l’établissement.
  3. Peut intéresser différents types de clientèle (pas juste les hommes, pas juste les femmes, pas juste les homosexuels, etc.)
  4. S’inscrit dans certaines tendances considérées positivement (environnementalisme, dialogue inter-religieux, coopération internationale, recyclage et compost, activité physique, etc.)

Une association « pro-vie » offre un service: fournir des informations concernant l’avortement. J’emploie le terme « information » tout à fait libéralement ici – on peut facilement argumenter qu’il s’agit de désinformation. Cela ne nous dit rien sur le droit des « pro-vie » à exprimer ces opinions, certes, mais s’ils comptent le faire dans un cadre officiellement reconnu par un milieu universitaire (financé par le gouvernement fédéral, qui plus est) alors on a raison de se poser des questions. Il ne faut pas non plus autoriser l’affichage d’informations trompeuses s’il n’est pas clair que ce sont des opinions et non des faits.

En ce qui concerne les règlements et lois, je suppose qu’on pourrait attaquer un groupe « pro-vie » en soutenant que leurs propos sont discriminatoires ou haineux. Ce ne serait pas l’angle le plus fort, et il y a un risque de sombrer dans les méandres du politiquement correct extrême, mais c’est possible. On pourrait, plus concrètement, dire que les « pro-vie » militent contre le droit de la femme à disposer de son corps. Opposer des droits et libertés est toujours un vrai casse-tête. Poursuivons.

La clientèle visée par un groupe « pro-vie » est, suppose-t-on, l’ensemble des étudiants. Il est possible que ce soit en fait un petit nombre d’adeptes d’une idéologie interdisant l’avortement, et réunis en une clique. Mais on pourrait étendre cette critique à bien des groupes peu populaires. Pas vraiment de problème ici.

Le problème est plutôt dans le quatrième critère: peu de gens veulent un groupe pro-vie. Le groupe ne doit pas être banni sous prétexte que nous ne sommes pas d’accord avec eux (ce serait de l’intolérance) mais il ne faut pas lui accorder de ressources simplement pour montrer au monde notre grande ouverture d’esprit (ce serait hypocrite et abusivement relativiste).

Une belle boule de corde bien mélangée, en somme.

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2 Commentaires

  1. Pingback: Morale et éthique « Le barbare érudit
  2. Fintan Wade

    J’ai l’impression que tous les groupes Pro-vie sont constamment attaqués et muselés partout, dans les médias, les écoles, les groupes sociaux sur internet , par l’état, par les groupes Pro-choix, mais surtout par l’industrie de l’avortement. Pourquoi l’avortement augmente chaque année? Parce que c’est payé par nos taxes sous la gouverne du ministère de la santé mais (pourtant la grossesse n’est pas une maladie) et c’est une industrie qui rapporte des millions de dollars aux avorteurs et avorteuses. Ils ne sont là que pour faire de l’argent . La santé de la femme ils s’en fou! Vous avez écrit; Le groupe ne doit pas être banni sous prétexte que nous ne sommes pas d’accord avec eux (ce serait de l’intolérance) mais il ne faut pas lui accorder de ressources simplement pour montrer au monde notre grande ouverture d’esprit (ce serait hypocrite et abusivement relativiste). C’Est quoi c’te raisonnement là? Alors d’après vous, il ne faut pas lui accorder de ressources? ‘Mais c’est bien de la pure hypocrisie de votre part.

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