Entendu: Lorenzo DiTommaso concernant la pensée apocalyptique

La plupart connaissent l’apocalypse comme le dernier livre de la Bible, mais il ne s’agit là que d’un exemple du genre littéraire apocalyptique. Pour Lorenzo DiTommaso*, de la faculté de sciences religieuses de l’université Concordia, il existe de nombreux textes apocalyptiques. D’abord le livre de Daniel, dans l’Ancien Testament, ensuite bon nombre de textes ne faisant pas partie du canon de la Bible mais employant le même genre.

Pendant des années, les théologiens ont considéré qu’un texte était apocalyptique s’il reprenait le genre démontré dans l’Apocalypse de Jean et le livre de Daniel, et non apocalyptique s’il ne ressemble pas suffisamment à ces textes. Pour DiTommaso, ce raisonnement est d’abord circulaire puisqu’il revient à dire que les textes qui sont apocalyptiques sont apocalyptiques puisqu’ils sont apocalyptiques, et ainsi de suite.

Une bonne définition du genre apocalyptique devrait pouvoir tenir compte du fait que l’Apocalypse (et Daniel) sont des sous-espèces au sein de la grande famille des discours apocalyptiques. DiTommaso s’inspire de la hiérarchisation des idées (chez Kant) et des espèces viantes (chez Darwin) afin de construire une définition du discours apocalyptique qui permette de rendre compte de la variété retrouvée dans différents textes. L’exemple qu’il emploie: la famille des reptiles. Si les seuls reptiles jamais observés étaient un serpent à sonnette et un boa, on pourrait bien croire que tous les reptiles sont des serpents. Jusqu’au jour où on observe un gecko, ce qui nous oblige à réviser notre classification.

Nos serpents ici sont l’Apocalypse de Jean et le livre de Daniel. Les théologiens ont bâti leur définition sur ces textes puisqu’ils étaient dans le Canon et ensuite appliqué cette définition partout. Ce n’est pas acceptable. Une bonne définition doit convenir autant aux textes du canon qu’aux apocryphes, sans oublier les variantes contemporaines du genre apocalyptique (films-catastrophe, romans de science-fiction, dessins animés japonais, etc.)

Un point-clé du genre apocalyptique semble être que la population est séparée en deux groupes: ceux qui savent (et seront possiblement sauvés) et les autres. Selon DiTommaso, ce genre de pensée devrait demeurer dans la littérature de fiction et ne pas infecter la manière dont nous percevons la réalité. DiTommaso n’hésite pas à dire que, lorsqu’elles se mettent en mode eschatologique, les religions sont comparables au fascisme. Il a insisté sur ce point en disant en gros qu’on devrait se méfier d’une pensée pour laquelle la fin justifie les moyens (fin pourrait se lire dans les deux sens ici). À quoi bon respecter mon prochain… s’il est un mécréant il est voué à de bien pires souffrances, et s’il est un élu alors il aura une récompense au paradis.

Bref: Dieu reconnaitra les siens.

De plus, la pensée apocalyptique des religions semble banaliser et nuire à de véritables enjeux, notamment l’environnement – en effet à quoi bon diminuer notre impact écologique si « ce monde » n’est qu’une illusion qui tire à sa fin?

*DiTommaso donnait récemment une petite conférence devant des étudiants, majoritairement en philosophie, provenant des quatre universités montréalaises. Notre agent du Complot Mondial Athée était sur les lieux.

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2 Commentaires

  1. Michel THYS

    Les textes religieux apocalyptiques ne m’intéressent plus : ils me semblent n’être que l’expression anthropomorphique, et donc simpliste, des notions de commencement et de fin, et de l’inquiétude suscitée par cette dernière, exploitée depuis toujours par toutes les religions pour inciter à la soumission.
    Néanmoins, il y a des raisons, non plus religieuses mais très actuelles, de craindre la disparition de l’humanité et de toute forme de vie sur la planète.
    Non seulement, l’Evolution a hypertrophié le néocortex préfrontal humain au point qu’il a imaginé des dieux protecteurs en concurrence, et dont les adeptes ont des prétentions planétaires, mais il a produit des armes atomiques et bactériologiques que les islamistes iraniens pourraient bien utiliser pour anéantir les mécréants que nous sommes tous, chrétiens, juifs, et athées …
    Eux en même temps, mais le « Paradis » leur est garanti …
    Gardons quand même « foi » (= confiance) en l’Homme … !

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