L’audition et la parole – preuves d’un Créateur?

Ouh lala. Cet article paru sur le site de l’Association de Science (sic) Créationniste du Québec est particulièrement douteux et tordu.

Ses tares sont pluridisciplinaires: linguistiques, biologiques et philosophiques. En gros, l’article assume un paquet de faussetés (qu’il ne se donne pas la peine d’examiner critiquement) dans le but de nous faire accepter sa conclusion (qui est en fait la première prémisse) créationniste. Nous avons corrigé l’article. Vous n’avez qu’à imaginer que le reste de notre propos est écrit au stylo rouge.

La communication s’effectuant par le biais de la parole et le langage d’un locuteur ainsi que par l’audition d’un interlocuteur est fondamentale et omniprésente chez l’être humain.

L’intention est tout à fait honnête: l’auteure démarre en parlant de communication et reconnait à demi-mot que celle-ci ne s’effectue pas nécessairement par la parole et l’audition… pour ensuite dire que ces facultés sont omniprésentes! Une contradiction dans la première phrase, faut le faire!

Que fait notre auteure des muets et des sourds (sans parler de multiples autres troubles de la parole et de l’audition) ? Je crois que cette Julie D. doit des excuses à quelques millions d’humains! Allez Juju*, on s’excuse!

Il est possible de communiquer sans parole (ce texte que vous lisez en est la preuve, le langage signé, qui est un véritable langage soit dit en passant, est une autre preuve). Par conséquent, et c’est une simple déduction logique, on ne peut confondre communication et parole. Ce fait tout simple sera important pour la suite de notre critique.

«Cette communication est-elle le fruit de l’évolution ou a-t-elle été instaurée par la création divine? ».

Cette phrase manque de précision: parle-t-on de la faculté de communiquer (la présence des substrats rendant possible tel ou tel type de communication) ou de la communication elle-même? Ce n’est pas du tout la même chose: la faculté de coudre (ou de tirer à l’arc, si vous préférez) n’est pas la couture (ou le tir à l’arc). On suppose, compte tenu de ce que nous avons vu plus haut, que l’auteure parle en fait de la parole et de l’audition.

Par ailleurs, écrire « fruit de l’évolution » implique que l’évolution s’est déroulée dans le but de mener à ce « fruit », la faculté de communiquer. La phrase correcte aurait été, par exemple: « Les organes et structures neurologiques rendant possible la parole chez l’humain sont-ils une adaptation résultant de pressions de sélection naturelle? »

Et à cette question, je vous répond non.

Il n’existe aucun organe de la parole à proprement parler. Les organes servant à la parole sont simplement recrutés par le système phonatoire. Même les fameuses cordes vocales sont en fait un pli dans la gorge que nous employons pour produire un bruit, qui est ensuite filtré par la bouche de manière à créer les différentes voyelles.

Rien ne nous oblige à employer les plis vocaux comme source de bruit. On peut aussi chuchoter (le bruit blanc produit par l’air sortant du larynx devenant notre source) ou même faire vibrer un pli de la joue en guise de cordre vocale. Demandez à Donald Duck, il connait.

Ce qui est pertinent et intéressant, c’est que rien dans l’appareil vocal n’est une source de bruit, un modulateur, un résonateur, un filtre, etc. Les différentes parties agissent comme une source de bruit, comme un modulateur et ainsi de suite.

Dans l’oreille interne, on retrouve également un arrangement de parties qui relève plutôt du bricolage que de ingénierie. L’appropriation au fil du temps de structures appartenant à la mâchoire par l’oreille interne est bien documentée. On doute cependant que l’auteure connaisse cette évolution puisqu’elle a du mal à comprendre même des données élémentaires concernant l’oreille humaine:

Une onde sonore peut être entendue par son passage à travers l’oreille (qui est divisée en trois sections : l’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne) dans laquelle elle change de forme pour se rendre jusqu’au cerveau, où elle est analysée.

Il y a déjà eu un traitement préalable d’effectué sur l’onde avant son arrivée au cerveau. Considérer nos sens comme un ensemble de capteurs passifs liés à un centre d’analyse est tout à fait naïf (à moins de vivre à l’époque de Descartes!)

L’oreille moyenne est une caisse remplie de liquide contenant les trois osselets reliant le tympan à l’oreille interne

L’oreille moyenne n’est pas remplie de liquide, sauf en cas d’infection, après la baignade, etc. (Suite après le pli)

Ce qui est étonnant, enfin plutôt pour les évolutionnistes que pour les créationnistes, c’est que la force mécanique exercée par les leviers formés des trois osselets sur le tympan produit une augmentation de l’amplitude de l’onde sonore selon un facteur identique au facteur de diminution d’amplitude mentionné ci-haut. Cela a pour conséquence d’annuler l’effet de la diminution de l’amplitude due à l’impédance du liquide et ainsi transmettre à l’oreille interne une onde sonore ayant exactement l’intensité qu’elle avait lors de son émission en milieu aérien. Heureux hasard? Je ne crois pas ! Je crois plutôt que Dieu fait très bien les choses…

L’appariement de l’impédance n’est pas exact, et varie selon la fréquence du son. Le résultat de l’amplification du son par les osselets est que nous pouvons entendre des sons plus faibles, mais le coût est une perte dans les subtilités du son. On a rien pour rien!

Examinons un autre fait particulièrement intéressant au sujet de l’anatomie de l’oreille. Celle-ci agit comme une caisse de résonance et amplifie naturellement certaines ondes sonores ayant une fréquence particulière. On sait d’ailleurs qu’étant donné la configuration de leur oreille, certains animaux comme les chiens peuvent entendre des sons (infrasons et ultrasons) tout à fait inaudibles pour l’être humain.

Les chiens n’entendent pas d’infrasons. On peut se demander aussi pourquoi l’oreille humaine ne capte pas plus de fréquences. N’est-elle pas censée être parfaite?

Quant à elle, l’oreille humaine possède la merveilleuse particularité d’amplifier les fréquences situées entre 1000 et 3000 hertz : ces fréquences sont précisément celles où sont produits les sons de la parole!

Ou encore la parole se fait principalement dans l’ensemble des fréquences plus facilement audibles… encore une fois pourquoi ne pas exceller dans toute la palette des fréquences?

Dieu a donc eu l’ingéniosité de perfectionner l’oreille humaine pour qu’elle soit en mesure de mieux capter la parole humaine ou, à l’inverse, il se peut qu’il ait créé le tractus vocal humain de sorte qu’il produise des sons se situant dans la zone fréquentielle privilégiée par l′oreille humaine. Dans un cas comme dans l’autre, Dieu a une fois de plus signé son œuvre parfaite.

L’auteure (du texte, pas de la création) couvre toutes les possibilités! Astucieux!

En fait, un Dieu n’est pas nécessaire pour expliquer quelque chose de si trivial: si on parlait en employant des fréquences que nous n’entendons pas, alors la communication serait un échec assuré!

En tant que créationnistes, nous devons donc nous demander quel processus évolutionniste aurait bien pu permettre à un premier animal ou être humain de se mettre à parler si personne dans son entourage ne parlait d’abord une langue donnée.

Facile: il n’y a jamais eu ce premier animal. Personne n’a inventé le français actuel, personnage n’a inventé le langage. (Et nous vous épargnons toute considération mythologique impliquant une certaine tour montant jusqu’au ciel…)

Ainsi, si des gestes et des sons plus ou moins primitifs sont suffisants pour que le message passe, quel avantage aurait un humain ou un singe en évolution à utiliser un langage aussi complexe qu’une langue?

En effet, si des sons et des gestes simples étaient suffisants, il n’y aurait pas de langage. Pas de problème ici.

Dans un modèle évolutionniste concernant le langage, il manque donc deux fondements principaux : d’abord la motivation à apprendre et à utiliser un mode de communication plus complexe avec des pairs et ensuite un environnement stimulant servant de modèle aux premiers locuteurs.

L’auteure s’imagine encore un solitaire, inventant le langage en cachette et tentant ensuite de l’apprendre à ses pairs. Ça n’a aucun sens.

Ces faits, ajoutés au récit de la Genèse qui décrit une communication immédiate entre Dieu et l’homme, me permettent de conclure que le langage humain tel qu’on le connaît a été instauré par Dieu au moment de la création.

Le récit de la Genèse ne parle pas de l’origine du langage. Il parle de l’origine des langues, qu’il tente d’expliquer par le mythe de Babel.

« Pourquoi certains animaux supérieurs, comme le singe, ne parlent pas ?»

Belle reformulation du classique « pourquoi y a-t-il encore des singes si l’homme descend du singe » ! Heureusement, l’auteure (il faut lire son petit article, qui est mignon d’ignorance et de naïveté) répond ensuite à sa question: car les singes ne parlent pas car ils n’ont pas ce qui est requis. Ce qui revient pratiquement à dire que les singes sont des singes, et non des humains. Pourquoi, au fond, devraient-ils parler? Le même raisonnement s’appliquer à « pourquoi ils ne fabriquent pas d’outils en pierre », « pourquoi ils ne se fabriquent pas de fringues », « pourquoi ils n’ont pas de iPhone », etc.

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que la ligne d’évolution suggérée habituellement ne correspond pas du tout aux capacités de langage et de communication observées chez les animaux. En effet, les abeilles (insectes soi-disant peu évolués) utilisent spontanément une danse complexe qui leur sert de langage pour indiquer aux autres abeilles de la colonie dans quelle direction et à quelle distance se situe une source de pollen.

Il n’existe pas de « ligne d’évolution » allant du moins complexe au plus complexe (qui serait donc doué de facultés langagières). Ne pas comprendre ça, c’est ne pas comprendre l’évolution biologique.

En ce qui concerne les abeilles, il est intéressant de noter qu’elles ne savent pas qu’elles sont en train de communiquer. Ce n’est pas une faculté langagière à proprement parler.

Les singes (animaux soi-disant les plus évolués, à part l’humain) peuvent utiliser un langage gestuel alors que les animaux comme les chiens ou les chats (situés entre les deux dernières espèces sur la ligne évolutionniste) ont un langage assez pauvre!

J’aimerais bien savoir d’où sort cette « ligne évolutionniste ». Moi qui croyait que le vivant se répartissait en clades!

En somme, cet article reprend le classique « si je ne comprends pas, alors Dieu l’a fait » à la sauce linguistique. Aucun modèle n’est suggéré pour l’origine des langues (faudrait quand même pas parler de Babel!) et aucune explication alternative (autre que Dieu l’a fait) n’est fournie lorsqu’une question est soulevée.

*Nous avons le Juju facile après avoir lu les sornettes d’un autre Juju.

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