Libresansdieu répond à vos questions

Il y a quelques années, des étudiants de niveau collégial ont demandé à m’interviewer.  Il s’agit d’une série de 16 questions, que j’ai séparés en deux billets (la suite ici). J’invite mes lecteurs à répondre eux-mêmes à ces questions.

Voici donc les question 1 à 8, et mes réponses – qui se veulent tout à fait personnelles et n’indiquent aucunement qu’il existe une position athée officielle.

1. Pourquoi n’avez-vous pas la foi?

Foi vient de « fides », ce qui signifie fidélité, confiance. On peut avoir confiance en toutes sortes de chose. Ça ne veut pas dire qu’on est religieux. En ce sens, la foi est un mandat que l’on se donne à soi-même, ou que l’on donne aux autres, c’est un contrat qui dit « Je m’engage à ne pas douter ou remettre en cause telle ou telle chose.» Je veux bien accepter ça en ce qui concerne les gens que j’aime, par exemple si je dis que j’ai confiance en ma copine, ça veut dire que je m’engage envers elle à ne pas douter d’elle, à ne pas remettre en cause l’idée qu’elle m’est fidèle. Bien entendu ça va dans les deux sens.

Au sens religieux, avoir la foi veut dire que l’on croit en quelque chose car on a confiance que c’est vrai. C’est être en amour avec une idée. Ce n’est pas une explication, c’est l’abandon de toute démarche rationnelle en faveur de l’adhésion aveugle à une doctrine.

Avoir la foi, c’est croire sans raison valide. La Bible encourage ce genre d’abandon de la raison. Les seules mentions de « connaissance » dans le Nouveau Testament désignent la connaissance de Dieu. Dans les religions, la réflexion critique n’est pas encouragée, elle est même considérée comme un péché.

Quand les croyants se disent entre eux, « tu dois avoir la foi, mon frère », ils se disent réellement « tu dois croire sans preuve, tu dois t’abstenir de réfléchir. » En tant qu’amoureux de la philosophie et des sciences, je ne peux pas accepter ce genre d’attitude. La philosophie et la science nous apprennent à chercher des réponses par nous-mêmes, pas à accepter aveuglément ce qu’on nous enseigne.

2. Avez-vous déjà eu la foi? (Si oui) Expliquez-nous pourquoi vous l’avez perdue. Quel est l’élément déclencheur?

J’ai grandi dans une famille très croyante et j’ai cru jusqu’à ce que je sois en mesure de comprendre par moi-même. Je ne crois pas pouvoir identifier un élément déclencheur en particulier. On ne peut pas amener quelqu’un, par la raison, à perdre une croyance qu’il a acquis sans faire appel à la raison. Mais du moment où on raisonne sur nos croyances, on peut tout à fait les perdre… ou encore devenir simplement plus convaincu, cette fois de manière rationnelle. Pour ma part c’est le premier scénario qui s’est produit: plus je réfléchissais moins la religion me semblait attirante.

Par aileurs, en étudiant un peu la philosophie, on réalise bien vite que le « prêt-à-penser » qu’offre les religions est peut-être agréable à entendre, mais bien décevant à la longue. Certes, le message de l’évangile, selon lequel j’ai été créé spécialement par Dieu et qu’Il a un plan pour moi, c’est très « vendeur ». Côté marketing, c’est excellent. Mais je préfère ce qui est vrai, pas ce qui fait plaisir à entendre.

3. Quels sont les avantages de ne pas croire?

Il y a un certain avantage sur le plan de la libre-pensée. Mais tout le monde peut réfléchir, pas seulement un athée. Disons simplement que plus on croit, plus on est dogmatique. Et pour un philosophe ou un scientifique ce n’est pas très pratique.

4. Quel est le sens de la vie pour vous?

La question du sens de la vie est intrinsèquement liée à la croyance religieuse: plusieurs croyants diront que la vie n’a aucun sens si on ne croit pas exactement ce qu’ils croient. En réalité la vie a le sens qu’on lui donne. J’aime être en vie. J’ai l’intention de l’être pour encore longtemps. J’ignore quel est le sens de « la vie » mais j’ai des projets pour mon existence, et ça me suffit amplement.

5. Comment réussissez-vous à vivre sainement sans pour autant avoir quelqu’un (tel un Dieu) sur qui vous baser? Comment peut-on vivre sans foi?

Je dirais que je pratique, sur le plan spirituel, la simplicité volontaire. La croyance est un besoin artificiel. Je n’ai pas besoin de boire du Coca-cola, de l’eau suffit. Je n’ai pas besoin de croire en Dieu ou d’avoir la foi, aimer mon prochain ça me suffit amplement.

6. Est-ce que vous pensez que de ne pas avoir la foi vous permet de vous développer davantage sur le plan personnel? Expliquez.

Personnellement le rejet de la foi s’inscrit tout à fait dans ma démarche. J’aime exercer ma curiosité, réfléchir, douter, débattre. Si j’avais des dogmes auxquels je tiendrais mordicus, je ne pourrais pas avoir ce genre de lattitude.

7. Comment percevez-vous la mort? En avez-vous peur?

La mort est la fin de la vie. C’est aussi ce qui lui donne son sens. Bertrand Russel était athée, il est mort heureux à 97 ans (j’espère bien en faire autant!) Personne ne sait ce qu’est la mort, il est donc impossible d’avoir vraiment peur de la mort. Je crains le moment où ma vie se terminera, certes, puisque j’aime la vie et que je souhaite vivre en santé aussi longtemps que possible.

Dans le même optique: puisque j’aime la musique, je crains de devenir sourd. Personne ne veut se faire retirer ce qui lui est important.

8. Qu’est-ce que Dieu?

Dieu est le nom que l’on donne, dans les religions chrétiennes, à un être transcendant, supérieur et créateur de toute choses. Il y a probablement autant de dieux qu’il y a de croyants en dieu, chacun se le représente à sa façon.

Pour plusieurs, Dieu a créé chaque humain spécifiquement, avec un Plan en tête. Une autre croyance est que Dieu est bon, qu’il veut nous aider, qu’il veut notre bien.

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14 Commentaires

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  4. Tharinices

    Bonjour, en effet excellent texte. Les sociétés ont besoin de religion pour pourvoir obtenir et aussi garder le pouvoir sur les humains que nous sommes. Au nom de Dieu il n’y a que des injustices, des mensonges, de l’hypocrisie et ainsi de suite. Croire en une intelligence supérieure ça oui. Les preuves scientifiques démontrent que tout est en inter relations et que le processus de la vie est en constante évolution. Pour certains la vie est belle, je le pense. Mais pour beaucoup d’humains la vie est bien trop oppressante pour survivre et pouvoir admirer ses nombreuses merveilles. Le Dieu d’amour que l’on nous bourre le crâne dès l’enfance, si il existe devrait avoir honte de lui . Dieu d’amour devrait aussi avoir le courage de faire taire les religions qui n’ont qu’un seul désir : dominer par la peur de Dieu ; interdire pratiquement tout ce qui semble être beau et bon dans la vie, et j’en passe. Les religions ont un point commun : au nom de Dieu tout est interdit, les femmes doivent obéissance à leur compagnon, au nom de Dieu on tue les non croyant, au nom de Dieu on opprime des peuples entiers. Dieu lui, ne bronche pas Pourquoi ? Sans doute par inexistence !!!! Je pense que chacun de nous sommes des créatures divines par naissance, mais cela ne fait pas de nous des dieux ou des déesses !!!! Gober ce que les religions ont inventer est un processus très difficile à dissoudre, aussi pire que la « rumeur » …..Mais j’observe que ça commence à se réaliser. Cependant comme tout processus enclencher, le temps est un repère de norme qui ne semble pas vouloir aller vite pour cette évolution : éradiquer les religions et si Dieu existe le laisser enfin présenter ses excuses aux humains pour l’imperfection de sa création en premier. Certains pays ne connaissent que la sécheresse, les cyclones, les inondations , les maladies, la misère et ainsi de suite. Dieu devrait aussi reconnaître que les religions divisent au lieu d’unir. L’amour que l’on affuble Dieu est le plus grand leurre de la vie. Car l’amour c’est accepter l’autre tel qu’il est. C’est l’aider sans rien attendre en retour. C’est lui répondre lorsque l’on parle avec lui. L’amour n’attend rien. L’amour est présent en chaque humain qui vie sans Dieu et cela se voit de plus en plus. Pour cette vie c’est « cuit », les religions à tour de rôle sont les empêcheurs de tourner rond !!!! Prier Dieu cela est absurde. Merci est la plus belle des prières, sourire aussi. Chez certains animaux, la loi du plus fort règne et cela pour « procréer »…. Dieu doit aussi reconnaitre que les humains ne sont pas responsable de tout ce qui existent. En ce sens que tout existent pour occuper chacun de nous ici-bas. Je donne l’exemple : les maladies existent pour que les docteurs s’occupent, pour que les chercheurs s’occupent au même titre que le plombier est nécessaire pour réparer les fuites d’eau; installer les sanitaires et cela pour tout. L’idiot est nécessaire pour que d’autres manifestent leur compassion, lui apporte son aide et là oui, la vie prend le sens qui est : Aimez-vous les uns les autres. Pas besoin de qui que ce soit pour vivre ainsi selon mon observation de ma vie. Belle journée. Tharinices

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  6. libresansdieu

    Chouette, un blog juste pour moi! J’aime beaucoup le passage où vous affirmez qu’il y a des raisons de croire pour ensuite vous rabattre sur les miracles et les prophéties, au fond une manière un peu plus sophistiquée de dire que c’est vrai parce que la bible le dit.

    • lantisecte

      Comme d’habitude, vous vous montrez incapable de vous remettre en cause, et vous essayez de détourner la conversation.
      La valeur probante des miracles et des prophéties, on peut en discuter si vous voulez (et si vous m’aviez lu un peu attentivement, vous auriez vu que je répondais d’avance à la caricature bébête que vous essayez d’en faire : « C’est vrai parce que la bible le dit »).
      Mais, pour l’instant, ce n’est pas de cette discussion là qu’il s’agit…
      Je montre, preuves à l’appui, que vous prêtez à l’Église catholique un discours qui est radicalement contraire au sien.
      Vous prétendez qu’elle dit : « Tu dois croire sans preuve ». Or c’est faux. L’Église met très clairement en avant des signes de crédibilité. Vous en niez la valeur ? Peut être, mais ça ne vous autorise pas à nier le fait que l’Église, elle, les invoque. Or c’est CE FAIT que vous niez.
      De la VALEUR des signes de crédibilité, je suis tout prêt à discuter (comme je le précisais clairement dans mon post), mais A CONDITION que vous commenciez par en admettre l’EXISTENCE. C’est une nécessité logique !
      Comme, par ailleurs, il ne sert absolument à rien de discuter avec quelqu’un qui, par principe, refuse de reconnaître ses erreurs, j’attends que vous vous rétractiez sur ce premier point. On pourra, alors, si vous le voulez, allez plus loin (et je répondrai méthodiquement à votre critique des prophéties et des miracles).
      Sinon, si vous persistez dans votre erreur, inutile d’aller plus loin.

      • libresansdieu

        Ce sont des signes de credibilite dans la mesure ou on est deja catholique. Je ne dis pas qu’il n’y a aucune tentative de justifier les dogmes catholiques, seulement que la valeur de ces « signes » depend de notre capacite prealable a accepter les dogmes catholiques.

  7. lantisecte

    Vous tournez en rond.
    Peut-être que vous estimez, VOUS, que les signes de crédibilité de la foi catholique n’ont pas de valeur objective (et qu’ils ne peuvent convaincre que ceux qui sont déjà convaincus), mais c’est là votre opinion A VOUS, et non celle de l’Église, qui prétend, elle, fournir des signes objectifs et rationnels, propres à convaincre même ceux qui n’ont pas encore la foi.
    Vous pouvez bien sûr défendre votre opinion autant que vous le voulez, mais vous n’avez pas le droit de prétendre que c’est celle de l’Église !
    Or c’est précisément ce que vous faites.
    Notez bien que mon propos ne vise pas (pour l’instant) à savoir si l’Église a tort ou a raison. Il vise seulement à savoir ce qu’elle dit réellement. Or l’Église prétend (à tort ou à raison) présenter des signes de crédibilité OBJECTIFS ET RATIONNELS, qui ne prérequièrent pas la foi. Tandis que vous niez qu’elle ait cette prétention.
    De la valeur de ces signes, encore une fois, je suis prêt à discuter. Mais à condition que vous ne commenciez pas par fausser la position de l’Église – car en ce cas, toute discussion est impossible.
    C’est pourquoi je vous demande, une nouvelle fois, de bien vouloir rétracter vos propos erronés (et déjà réfutés ici : http://betisierathee.wordpress.com/2011/09/23/f-comme-foi/ ).

    PS. —  Il y a quelque chose de vrai dans votre affirmation : « La valeur de ces signes dépend de notre capacité préalable a accepter les dogmes catholiques » : c’est vrai EN CE SENS (et seulement en ce sens) que, selon le proverbe, « On ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif », et que les meilleurs raisonnements du monde ne pourront jamais convaincre celui qui refuse absolument de l’être.
    Si donc vous faites partie de ceux qui affirment que « si Dieu existait, il faudrait l’éliminer », ou de ceux qui ont de fortes raisons personnelles (souvent liées à la morale) de refuser l’enseignement de l’Église, il est vraisemblable, en effet, que vous n’êtes pas dans les dispositions requises pour admettre les signes de crédibilité donnés par l’Église, si objectifs et rationnels qu’ils soient pourtant.

    • libresansdieu

      Meeeuh, juste quand je commençais à m’amuser avec ces histoires de serpents qui parlent, vous voulez que je rétracte? J’ai pourtant publié un billet complet sur la question des serpents parlants.

      Par ailleurs, si on laisse les serpents de côté, il y a moult aspects de la foi chrétienne qui ne peuvent avoir de justification, et cela est admis par l’église catholique elle-même. Je doute que l’expression « saints mystères » vous soit inconnue…

  8. Sénepse

    Voici ma réponse personnelle à la première question.

    1. Pourquoi n’avez-vous pas la foi?

    Foi, trois lettres et tant de significations, de débats, voire de querelles… Sur certains sites, l’on parle uniquement de la foi en tant que fidélité aveugle, mais ce mot revêt bien plus de significations. Une rapide lecture de la page qu’y consacre le CNRTL le fera comprendre.

    Par exemple, si Konrad Lorenz rapporte les résultats d’une expérience qu’il a effectuée, ainsi que ses déductions en s’aidant notamment de son propre savoir acquis, je vous dirai alors que j’ai foi en ce qu’il écrit, parce que je le crois honnête. Foi rejoint ici confiance. Nous touchons un des principaux arguments de quelques croyants religieux à l’encontre des athées : “Vous, athées, avez la foi en votre science ; vous acceptez les résultats d’une expérience sans même l’avoir réalisée vous-mêmes.” Et il est vrai que je ne me vois pas refaire les expériences de Pasteur, de Hubble, de Morley ou encore du Père Damien (pour le côté contagieux de la peste) afin d’assurer la véracité — sur une base autre que la foi et la confiance — de ce qu’ils ont eux-mêmes déduit. Le savoir, de toute évidence, se transmet principalement de manière verticale et horizontale par l’intermédiaire du langage, et non de l’expérience vécue. Il s’agit là du moteur même de la culture et de l’évolution particulière de l’espèce humaine (l’écriture, à ce propos, consiste en l’externalisation de la mémoire individuelle, d’une mémoire transmissible au-delà de la sphère d’influence naturelle d’une personne ; et ce monde trois, selon la terminologie poppérienne, influence les deux autres mondes). Donc, oui, nous avons tous en quelque sorte une forme de foi, quoique beaucoup puissent s’opposer à cette acception du mot.

    Concernant le sens plus précis de la foi sous-entendu dans la question, de mon point de vue, il me semble imprécis. Quand un croyant, de quelque confession qu’il soit, dit qu’il possède la foi, je ne suis pas sûr de comprendre ce qu’il entend par-là. J’ai l’impression parfois que, pour de nombreuses personnes, dire d’avoir la foi consiste plus à exprimer une sensation vague, sans avoir véritablement et profondément réfléchi à ce que cela peut signifier d’une façon claire et précise. J’ai pu constater que lorsque l’on pose la question à certains croyants de savoir précisément en quoi consiste leur foi, ils se trouvent démunis ou ils éludent la question, consciemment ou non. D’autres pensent être plus précis : il s’agit de la conviction en une autre chose, en un domaine sur-naturel, métanaturel qui permet d’expliquer ce qui demeure inexplicable à un moment donné. Mais selon moi, cette autre chose se cocoone dans une brume : il s’agit de Dieu (terme des plus vagues), de ses volontés, de ses pouvoirs, de sa possible intercession dans les affaires naturelles. Cette forme de dieu-bouche-trou, selon l’expression prosaïque, consiste davantage en un manque personnel de connaissances scientifiques. Il semble à certains qu’il existe des domaines pour lesquels aucune intelligence humaine ou multi-humaine ne peut apporter une explication, comme s’il s’agissait d’une propriété intrinsèque. Je l’admets : nos intelligences étant le résultat momentané d’une longue évolution biologique, rien ne peut assurer la capacité de celles-ci à tout pouvoir expliquer en ses termes. Forts du savoir acquis (et je dirais construit) par l’espèce humaine, induire que tout nous est accessible est une gageure que je ne soutiens pas. Mais une fois admis la possible limitation de nos intelligences, pourquoi inventer une explication qui semble peu fondée au regard de nos autres connaissances ? En fait, il se trouve ici un problème de transfert : une confusion entre nos intelligences probablement limitées et la probable limitation de l’“explicabilité” de l’Univers. Ce n’est pas parce que vous ne captez pas les motifs ultraviolets de certaines fleurs, que ces fleurs ne sont pas dotées de formes ultraviolettes ; si l’abeille était douée d’un langage verbal humain, elle vous le dirait. Donc, selon moi, le fait que des phénomènes aujourd’hui demeurent et demeureront peut-être inexpliqués ne m’incline pas à faire appel à une volonté supérieure pour combler les trous de mon intelligence et de mon savoir.

    Certains disent aussi avoir la foi en une entité indéfinie qui nous aime. Nous sommes des animaux sociaux ayant une forte tendance au “groupisme” ; nous avons une propension indéniable à former des coalitions (voir Et l’homme créa les dieux de Pascal Boyer) ; de l’évolution biologique, nous avons hérité des schémas comportementaux, des attentes, des systèmes d’inférences qui ont causé et renforcé cette tendance naturelle. Je pense que le besoin d’être aimé, d’être considéré, de se savoir appartenir à un groupe est fondamental pour nous. L’amour d’un personnage fictif tel qu’un dieu s’insère fort probablement dans ce cadre. Si nous nous sentons rejetés, exilés, étrangers dans la société, ce besoin d’amour se renforce ; il peut même devenir vital. Dieu devient alors une roue de secours. Fictive, certes, mais suffisante.

    D’autres arguments, telle que la complexité ou l’harmonie, sont souvent avancés par les croyants religieux. Concernant le premier, je dirai que la limitation de notre savoir et de notre imagination personnelle à concevoir la totalité d’un phénomène complexe ne nous autorise pas à déduire que cette complexité a dû être voulue par une entité d’une intelligence supérieure (ou simplement différente…) aux nôtres. Une telle déduction serait faire montre de peu d’humilité… À propos du second argument, l’harmonie, je n’en débattrai pas longuement ; un seul ordre suffit : ouvrez les yeux ! Le monde contient de l’harmonie, je ne le nierai pas, mais il n’est pas harmonieux ! Les histoires biologique et humaine forment des contre-exemples suffisants à l’idée d’une harmonie globale. Et si certains croyants souhaitent me contredire, c’est qu’ils ont alors une idée certainement peu flatteuse des capacités de leur être fictif.

    Enfin, je ne puis mettre sous silence la foi en la méthode scientifique, c’est-à-dire en une méthode la plus rigoureuse possible afin d’acquérir des connaissances sur le monde, et des connaissances à l’allure fondée. La méthode scientifique actuelle, d’après ce que j’en sais, se base sur une position matérialiste et fonctionna-liste. Ces deux termes ont des acceptions populaires regrettables, puisqu’elles sont tâchées d’une connotation péjorative : le matérialisme, c’est la décapitation des sentiments ; le fonctionnalisme, c’est la tendance à rejeter tout ce qui ne peut être utile. Lorsque j’utilise ces deux termes, je ne me réfère pas à ces acceptions dissonantes. Être matérialiste signifie ne pas faire appel à des explications surnaturelles pour combler nos ignorances, c’est donc également ne pas chercher des explications irréfutables par la logique ou par l’expérimentation rigoureuses. Ce matérialisme n’entretient aucun lien de quelque sorte que ce soit avec une tendance à minimiser l’importance et la réalité des sentiments animaux, et plus particulièrement humains. Quant au fonctionnalisme, c’est la prise de position selon laquelle les parties, les éléments acquièrent leurs propriétés et leur importance dans les relations qu’ils tissent entre eux. Par exemple, la conscience humaine est le résultat d’une organisation neuronale, et non une propriété intrinsèque, un je-ne-sais-quoi indépendant.

    Pourquoi avoir cette foi qu’aucune logique ne peut pleinement justifier de manière intrinsèque ? Parce que cette méthode scientifique nous a apporté bien plus que les fois religieuses, parce qu’elle a déjà prouvé son efficacité. J’entends déjà des croyants religieux lever les bras au ciel : “Mais la science, c’est aussi les infâmes manipulations génétiques, la bombe nucléaire,… !” Je leur répondrai qu’il ne faut pas faire un dommageable amalgame entre la science destinée à accroître notre savoir et à nous expliquer quelles sont nos limites comportementales afin de vivre sans trop de heurt avec le reste de la biosphère, et l’usage que l’on fait de cette science. Cette foi en la méthode scientifique, en la connaissance objective, en la rationalisation ne se départit aucunement d’une indispensable prise de position éthique. Au contraire, elle la requiert instamment.

    Cette foi, selon moi, entraîne indubitablement une conception athéiste de l’Univers. Parce qu’au fond, l’athéisme est peut-être une foi, mais c’est surtout une prise de position philosophique. Et il s’avère que cette prise de position peut expliquer pourquoi la foi religieuse nous préoccupe tant (voir Et l’homme créa les dieux, op citatum).
    Pour résumer, je dirai que la foi religieuse peut servir pour certain de colmatage à leur manque d’érudition scientifique. Mais je ne peux la limiter à cela : la foi religieuse, c’est aussi pour beaucoup le dernier rempart contre le désespoir. Toutefois, la biosphère a davantage besoin d’humains prêts à adapter leurs comportements sur base des concepts actuels du savoir scientifique, d’humains capables de trouver dans l’action un regain d’espoir, que d’humains éperdus qui préfèrent prier dans leur chambre en attendant que la vie passe et se fane, ou qui préfèrent se considérer d’office comme des pécheurs. (Attention, je ne dis pas ici que tous les croyants religieux demeurent inactifs et n’aident pas leurs semblables ; je dis simplement que prier en restant chez soi est une attitude possible lorsque l’on a des croyances religieuses, que celles-ci concordent avec les dogmes officiels ou non.)

    Je conclurai en disant que, pour moi, l’athéisme est un axiome.

    Sénepse

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