Débat Onfray-Kristeva

Le Nouvel Obs présente un débat Onfray-Kristeva tournant autour du dernier livre d’Onfray, celui dans lequel il critique Freud.

Les deux participants me semblant, dans l’éclairage de ce débat, également cons (ont pourrait dire qu’ils sont équicons) je ne prendrai pas parti mais il ne faudrait pas en déduire que j’endosse le modèle freudien.

Zoom sur une réponse d’Onfray. On lui demande en gros ce qu’il pense des neurosciences et de l’approche qu’on nomme « cognitiviste » en France. Réponse:

M. Onfray. – Je ne crois pas à la vérité brute et impérialiste des neurosciences, un être ne saurait se réduire à un agrégat sommaire d’atomes simplistes. Certes, l’homme est un homme neuronal, mais les neurones ne sont pas une idée de plus dans l’arsenal spiritualiste dans lequel se trouvent souvent, à leur corps défendant, les tenants du tout-neuronal.

La vérité brute et impérialiste? L’homme neuronal? Mais c’est quoi ces conneries? Il serait plus simple pour Onfray d’avouer qu’il n’y comprend rien. Ce serait moins brut et impérialiste. Plus simple aussi d’avouer (il le fait, au fond) que tout processus mental a un substrat neurologique. L’idée que tout s’explique par les neurones demeure aussi stupide que d’affirmer que tout s’explique par des atomes; ce qui compte est l’organisation et l’interaction de ces neurones (ou atomes, pour reprendre la comparaison boiteuse d’Onfray) et groupes de neuronne. Mais ça on le savait déjà.

La psychothérapie (au sens étymologique : le soin et la guérison de l’âme) mérite moins une nouvelle religion, qui serait religion moléculaire, qu’une psychologie nouvelle capable d’intégrer ce qu’enseignent les sciences contemporaines, dont les neurosciences, mais pas seulement. L’éthologie par exemple a beaucoup de choses à nous apprendre pour comprendre la logique de la psyché humaine.

On passe la partie au sujet de la « religion moléculaire » (du n’importe quoi) pour aller à la mention de l’éthologie. Onfray affirme ici qu’il faut tenir compte du lien entre l’individu et son environnement. C’est vrai, et la psychologie le fait. Il y a tout un champ de recherche à quelque part entre l’éthologie, l’écologie béhaviorale et la psychologie. Différentes controverses font toujours rage sur ce territoire et ont été étudiées par la philosophie, notamment en philo des sciences. Onfray le sait-il? Probablement pas.

Ah, j’oubliais… Onfray est athée, bravo. Cela ne l’autorise pas à raconter n’importe quoi.

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2 Commentaires

  1. Michel THYS

    J’ai aussi l’impression que les philosophes actuels, dont Michel ONFRAY, André COMTE-SPONVILLE, Henri PENA-RUYS, et tant d’autres, sont encore rétifs à une approche neuroscientifique du phénomène religieux.
    Pourtant, sans vouloir simplifier ou réduire l’infinie complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs, n’est-il pas légitime de compléter son approche traditionnelle (philosophique, métaphysique, théologique, psychanalytique, anthropologique, sociologique …) par les observations neuroscientifiques actuelles ?

    Entendons-nous bien : les neurosciences ne visent évidemment pas à démontrer l’inexistence de « Dieu » (par définition, aucune inexistence n’est démontrable). Mais il est vrai, du moins à mes yeux, qu’elles peuvent inciter à conclure à son existence subjective, imaginaire et donc illusoire.
    Aussi partielle soit-elle, cette nouvelle approche permet déjà, à mon sens, d’élaborer des hypothèses explicatives quant à l’origine et la fréquente persistance de la foi, et donc à l’anesthésie, partielle ou totale, de l’esprit critique en matière de religion.

    Actuellement, selon moi, la liberté constitutionnelle de conscience et de religion est actuellement plus symbolique qu’effective. En effet, l’émergence de la liberté de croire ou de ne pas croire est généralement compromise, à des degrés divers. D’abord par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, légitime mais unilatérale-et communaurariste. Ensuite par l’influence d’un milieu éducatif croyant unilatéral, excluant toute alternative humaniste non aliénante. L’éducation coranique, exemple extrême, en témoigne hélas à 99,99 %, la soumission y étant totale.
    Après Desmond MORRIS, qui l’avait déjà pressenti en 1968, Richard DAWKINS estime que la soumission est génétique : déjà du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’évolution n’avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu.

    Les neurosciences tendent à confirmer l’ imprégnation neuronale du sentiment religieux :
    Déjà en 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, avait constaté (son successeur actuel Vassilis SAROGLOU le confirme) qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l’âge adulte en dépend ( et donc l’aptitude à imaginer un « Père » protecteur, substitutif et anthropomorphique (cfr Freud !), fût-il « authentique, épuré, Présence Opérante du Tout-Autre » …).

    Des neurophysiologistes ont constaté que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, mais que les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker des souvenirs inconscients, et donc les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. L’IRM fonctionnelle suggère que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.

    Ce qui expliquerait l’imperméabilité des croyants, notamment créationnistes, à toute argumentation rationnelle ou scientifique, et donc la difficulté, voire l’impossibilité de remettre leur foi en question, sans doute pour ne pas se déstabiliser (cf le pasteur évangélique Philippe HUBINON à la RTBF : « S’il n’y a pas eu « Création », tout le reste s’écroule … ! ».

    Il est logique dès lors que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l’éducation religieuse, bien qu’a priori sincère et de bonne foi, comme une malhonnêteté intellectuelle et morale. Henri LABORIT l’avait bien compris : « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais.(…) Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! ».

    Dans cette optique, les conversions religieuses deviennent compréhensibles : même si l’on ne peut pas actuellement expliquer le processus biochimique qui enclenche le “switch », l’interrupteur qui fait basculer de l’incroyance vers la croyance, le fait est là : dans tous les cas, un bouleversement des neurotransmetteurs (dopamine, …) a lieu, un peu comme dans le cas du coup de foudre amoureux. Comment expliquer par exemple la conversion de Paul CLAUDEL, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris ? J’émets une hypothèse explicative audacieuse : indépendamment de sa brillante intelligence et de son intellect, tout se passe comme si l’environnement sensoriel (grandes orgues, odeur d’encens, decorum, …- avait provoqué un bouleversement émotionnel au point de faire « disjoncter » son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel.
    Les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont d’ailleurs des localisations voisines. Les exemples sont nombreux, dans d’autres circonstances, par exemple la conversion du docteur Alexis CARREL, qui avait perdu la foi pendant ses études, et qui l’a retrouvée lors d’un voyage à Lourdes, ou celle d’Eric-Emmanuel SCHMITT perdu sous le firmament glacial du Sahara. Contrairement à un Henri LABORIT, par exemple, aucun d’eux n’avait compris le fonctionnement de leur cerveau …

    Pour que les libertés de conscience et de religion, et en particulier celle de croire ou de ne pas croire, deviennent plus effectives que symboliques, il faudrait, selon moi, s’orienter enfin vers un système éducatif pluraliste proposant à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte sur les différentes options religieuses ET sur les options laïques actuellement occultées, l’humanisme laïque, la spiritualité laïque, etc …

    L’école compenserait ainsi l’influence familiale, certes légitime mais unilatérale et donc communautariste, chacun pourrait choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques (OU religieuses puisque le droit de croire restera toujours légitime et respectable, a fortiori si cette option a été choisie plutôt qu’imposée).
    Cela permettrait enfin la recherche de valeurs communes, « universalisables », parce que bénéfiques à tous.
    Mais cela impliquerait de devoir repenser les notions de neutralité de l’Etat et de libre choix des parents … !
    Dans une génération, peut-être … ?

    Michel THYS à Waterloo michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org

    Références bibliographiques.

    Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi qu’à sa fréquente persistance neuronale sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :

    – Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966.
    ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.
    – Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
    Religion et développement humain »,. 2001.
    – Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
    – Jean-Didier VINCENT : « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » Odile Jacob 2007.
    – V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
    – Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994
    – Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».
    – Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.
    – Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
    – Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
    – Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by
    electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
    – Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.
    – Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
    – John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
    – Francis CRICK « Une vie à découvrir »
    – Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ». Etc.

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