L’homme intelligent tire des choses intelligentes du trésor de son intelligence

Il va y avoir des heureux: je suis sur le point d’affirmer (presque) que j’ai « foi en la rationalité ». Je vais même aller jusqu’à m’appuyer sur un passage de la Bible pour marquer un point rhétorique. Ça s’est passé ainsi.

En pleine discussion avec un étudiant en théologie, j’ai réalisé que plusieurs de ses arguments étaient « acceptables » mais irrationnels. J’entends par ce « acceptable » que ces arguments ne contenaient pas de contradiction logique apparente, que si leur conclusion découle assez logiquement de leurs prémisses. Voici un exemple de mon cru inspiré de ce type d’argument:

« Ma table de travail contient seulement des choses qui existent. Justement, il y a en ce moment un Extra-Terrestre sur ma table de travail. Par conséquent, les Extra-Terrestres existent. »

Cet argument farfelu n’est pas invalide sur le plan strictement logique. La conclusion découlent des prémisses et de leur structure (qui ressemble à « tous les A sont des B, C est un A donc C est un B »). L’argument a quand même des problèmes, notamment le fait qu’on ne peut conférer l’existence à quelque chose de cette manière, comme nous dirait Kant.

La théologie est remplie d’arguments de ce type – on pourrait pratiquement dire qu’elle en est constituée. Par exemple, plusieurs arguments sont basés sur l’idée que Dieu serait en-dehors du temps. Or, comme nous en avions discuté l’été dernier, parler d’un Dieu en-dehors du temps amène quelques problèmes, principalement qu’on ne peut agir sans temps.

Ah mais qu’est-ce que j’entends… Dieu peut agir quand même sans temps? Je serais bien heureux qu’on m’explique comment. Le problème est que je ne pourrai jamais piger l’explication (à supposer qu’elle existe) puisque moi, je ne suis pas en-dehors du temps. Je ne peux penser sans temps. C’est ainsi pour tous les êtres humains. Par conséquent, tout argument mettant Dieu en-dehors du temps, même si cet argument est parfaitement structuré sur le plan logique, va toujours demeurer irrationnel.

On pourrait continuer longtemps ainsi et parler des contradictions découlant nécessairement de tel ou tel point de doctrine. Dans tous les cas il est possible de colmater la brèche idéologique en sortant de notre poche un petit argument théologique qui n’est basé sur rien sinon que sur le désir de soutenir une conclusion décidée à l’avance. Ces arguments sortent du domaine de la rationalité et fonctionnent seulement si on croit déjà, si on a la foi. Bref, c’est la croyance forte (la foi) qui parle à-travers le croyant, l’exercice de la raison est laissé de côté.

Certes, il est possible à ce moment de répondre que les athées ont foi en la rationalité, etc. Je ne suis pas d’accord avec cette utilisation du mot « foi ». Pour moi, foi aveugle est un pléonasme (par définition!) et la foi est nécessairement opposée à la rationalité. Dire que j’ai foi en la raison est plutôt une figure de style; on pourrait dire que je me base sur la raison dans ma recherche de la vérité et que je n’adhère pas à des croyances qui ne me semblent pas fondées. Cela ne signifie pas toujours que ces croyance sont fausses, mais simplement qu’il n’est pas possible de trancher la question par l’exercice de la raison.

Je termine avec une interprétation style libre d’un passage de la bible:

L’homme bon, du bon trésor de son cœur de sa rationalité, tire ce qui est bon, et celui qui est mauvais, de son mauvais fond, tire ce qui est mauvais ; car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche. (Luc 6:45, trad. Jérusalem)

Voilà, j’ai corrigé le passage. La raison est la meilleure voie vers la vérité, et possiblement aussi la seule. Du trésor de l’entendement humain on tire de bonnes choses. En revanche, si on parle à partir du « trop-plein » de son coeur, sans évaluer rationnellement nos propos, ce ne sont plus de bonnes choses qui sortent, mais plutôt le reflet de nos désirs et penchants.

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8 Commentaires

  1. Déréglé temporel

    Il me semble que le Big Bang pose sensiblement les mêmes problèmes épistémologiques que le Fiat Lux biblique: Qu’il a-t-il avant le Big Bang? Peut-il y avoir un effet sans cause?

    À te lire, il faudrait en tirer la conclusion que le Big Bang est irrationnel par définition, parce qu’échappant à l’humain qui est lui, soumis aux lois du temps telles qu’elles existent après le Big Bang.
    Pourtant, ce dernier fut inféré d’un fait observable, soit l’expansion de l’Univers. Cette inférence appartient normalement à l’univers de la raison.
    Comment expliquer ce big bang de schrödinger, à la fois rationnel et irrationnel?

    • libresansdieu

      Il me semble que le Big Bang pose sensiblement les mêmes problèmes épistémologiques que le Fiat Lux biblique: Qu’il a-t-il avant le Big Bang? Peut-il y avoir un effet sans cause?

      Tout à fait vrai! Avant un certain point les lois de la physique ne s’appliquent plus donc on ne peut comprendre exactement ce qui s’est produit. Je n’exclus pas la possibilité de comprendre éventuellement mais c’est un problème épistémologique bien réel.

      Je crois que le chrétien avec qui je discutait confondais un problème épistémologique avec un problème ontologique, le vide dans nos connaissances (pour moi) étant l’endroit où le surnaturel commence (selon lui). D’où le besoin selon lui d’invoquer un « dieu bouche-trou » pour prendre la relève à l’endroit où la rationalité ne fonctionne plus. Il y a beaucoup à dire sur cette stratégie et les contradictions qu’elle entraine, principalement le fait qu’elle prend l’ignorance comme base (on ne peut savoir!) mais avance ensuite une explication (mais si en fait on sait: c’est Dieu!).

      >À te lire, il faudrait en tirer la conclusion que le Big Bang est irrationnel par définition, parce qu’échappant à l’humain qui est lui, soumis aux lois du temps >telles qu’elles existent après le Big Bang.
      >Pourtant, ce dernier fut inféré d’un fait observable, soit l’expansion de l’Univers. Cette inférence appartient normalement à l’univers de la raison.

      Ça serait en effet assez naïvement empiriste que d’exiger de tout percevoir. Je n’ai pas de problème avec les inférences (même la perception la plus simple en est une) ce qui me « bug » est la pseudo-inférence faite à partir de notre ignorance, du genre je ne sais pas alors Dieu. Il y a un tas de choses qu’on ne comprend pas vraiment, parmi lesquelles certaines ne pourront peut-être jamais être comprises. De là à conclure « donc dieu existe », il y a une marge 😉

  2. homme

    1/ Un point d’origine précis : le cosmos connaît un «commencement».

    Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.

    2/ La terre d’abord informe et vide, ensuite entourée d’un océan chaud sous une vaste nappe de vapeurs; une vie microscopique marine apparaît et les grands courants d’air s’établissent à la surface de la planète.

    La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

    3/ Pénétration de la lumière au fur et à mesure que les vapeurs se condensent ou s’échappent dans l’espace; distinction entre le jour et la nuit due à la rotation de la terre sur son axe.

    Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

    4/ Formation d’une véritable atmosphère; l’océan se refroidit, l’évaporation est réduite et une couche de véritables nuages se forme.

    Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.

    5/ Contraction de l’intérieur de la terre, la surface se cabosse : les continents et les fosses marines apparaissent.

    Dieu dit: Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Dieu appela l’étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le second jour. Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi. Dieu appela le sec terre, et il appela l’amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.

    6/ Apparition dans un ordre précis des 3 formes principales de la vie végétale sur les continents.

    Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

    7/ Clarification de l’atmosphère au point que les astres et le soleil deviennent nettement visibles de la terre; les saisons sont bien définies.

    Dieu dit: Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années; et qu’ils servent de luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi. Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres. Dieu vit que cela était bon.

    8/ Prolifération de la vie animale marine et des premières créatures volantes.

    Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’étendue du ciel. Dieu créa les grands monstres marins et tous les etres vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon. Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le cinquième jour.

    9/ Apparition dans un ordre précis de la vie animale terrestre.

    Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

    10/ Apparition de l’homme.

    Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

    Dix étapes! C’est comme si l’on devait ranger de façon exacte les dix doigts sur ses mains. A première vue, le hasard que doit affronter un homme appelé à décider de l’ordre exact de dix phénomènes ne semblerait pas insurmontable. Mais faisons un petit calcul!
    Si, avant demain matin, vous deviez choisir seulement entre deux possibilités, A et B – sachant qu’il en va de votre vie – je suis convaincu que vous passeriez la nuit blanche! Vous auriez cependant autant de chances d’avoir raison que d’avoir tort!

    S’il s’agissait de trois objets à ranger dans un ordre exact, vous auriez alors à choisir entre six possibilités. Vous seriez dans la même situation qu’un homme devant jeter un dé de manière à obtenir instantanément et sans faute le numéro souhaité.
    Si vous aviez à ranger cinq objets dans un ordre prédéterminé, sans que vous ayez le droit de vous tromper une seule fois, vous auriez à choisir entre non moins de cent vingt possibilités!
    Quel homme sur cette terre envisagerait de réussir, au péril de sa vie et infailliblement, un tel hasard ?
    Pourtant, réfléchissons! Pour celui qui doit ranger sans faute dix phénomènes dans un ordre précis, il existe 3 628 800 solutions possibles!
    Cela signifie que l’auteur de la Genèse, en nous présentant les dix faits saillants de la création, a dû tout d’abord découvrir ces dix faits et ensuite les ranger en choisissant entre plus de trois millions et demi de possibilités… et il a trouvé non seulement les faits mais aussi leur gradation exacte. S’il avait confondu l’ordre
    de deux seulement de ces dix étapes, la validité de l’ensemble aurait été nulle. Comment prétendre que l’auteur de cette première page de la Bible a eu simplement «de la chance»? Le hasard n’est même pas pensable. Le suggérer comme explication révèle une attitude irréfléchie et particulièrement bornée.

    Quelle est l’explication la plus raisonnable: que ce document primitif est le fruit d’un hasard?…
    ou qu’il a été inspiré par un créateur qui aime la race humaine et qui désire lui communiquer la vérité sur elle-même et le monde qu’elle habite?
    Mais la question ne s’arrête pas là; car la Genèse nous présente non moins de 23 étapes dans la formation de notre planète et dans l’apparition de ses différentes formes de vie.
    Or, celui qui cherche à ranger 23 phénomènes dans une succession précise se trouve
    confronté à 25 797 936 392 212 096 640 000 solutions possibles.
    Autrement dit: il a plus de 25 mille millions de millions de millions de chances de se tromper contre une seule chance de trouver l’ordre juste.

    • dede59

      Le chapitre 2 de la genèse est en contradiction avec le n°1 à propos de l’apparition de l’homme: « …il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé… » puis « … alors yahvé modela l’homme avec la glaise du sol… » et « … yahvé planta un jardin en Eden à l’orient et il y mit l’homme qu’il avait modelé. »
      Plus loin, on trouve: « yahvé modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel… »
      Pourquoi une telle contradiction? Il y en a encore sûrement d’autres. Si quelqu’un a des infos, merci de mettre les références.
      Une autre hypothèse veut que la genèse soit une copie des mythes babyloniens où ce sont des dieux secondaires, serviteurs des dieux principaux qui créent à leur usage des esclaves: les hommes. Pourquoi pas? Etudier les cosmogonies des diverses civilisations peut se révéler passionnant et la genèse en est une aussi assurément, mais certainement pas parole divine.

  3. Déréglé temporel

    C’est marrant ces missionnaires qui se pointent en croyant avoir un argument massue et qui sortent des trucs de ce genre.
    C’est pourtant évident qu’un tel argumentaire ne tient pas debout, pour au moins deux raisons, qui en plus sont indépendantes les unes des autres et suffisent chacune à elles seules à l’invalider.
    Première raison: cet argumentaire suppose que les « étapes » présentées n’ont aucun lien entre elles et que la mise en ordre se fait nécessairement au hasard. Il nie donc à l’humain toute capacité de raisonnement et d’inférence. Absurde.
    Deuxième raison: il suppose que chaque « étape » présentée est juste, et que l’interprétation faite aujourd’hui à la lumière de la science est fidèle à l’interprétation qu’on en faisait il y a des milliers d’années. En plus, il néglige le biais de confirmation du croyant (nécessairement interpréter le texte de la manière la plus favorable à son point de vue).

    Comme dit plus haut, ces deux raisons sont indépendantes, mais mises ensembles, elles mettent aussi en valeur une belle contradiction: on suppose qu’il est quasiment impossible pour l’humain de mettre les étapes en ordres, mais ensuite on cherche la confirmation de son hypothèse dans la connaissance humaine…

    • libresansdieu

      En effet, l’ensemble est arbitraire et ne tient pas compte de la cosmogonie des auteurs du texte. C’est tout comme si on prétendait que les hébreux de l’âge de bronze avaient toutes les connaissances dont on dispose maintenant. C’est digne des Flintstones!

  4. Gabriel

    Intéressante comparaison avec le Big Bang… Le seul commentaire qui me laisse perplexe est celui de ce … homme…

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