Des organismes bidons anti-avortement

Sur enlignetoi.com, Sophie Bouchard nous apprend d’abord que les africaines violées (toutes, évidemment!) se réjouissent d’être enceinte puisque cela est une ample compensation pour crime subi:

Avez-vous vu il y a quelques années dans un reportage à Radio-Canada, ces Africaines victimes de viols de guerre ? Elles se répondaient en chantant leur joie de serrer contre leur cœur un enfant, fruit du viol subi, parce que celui-ci était une bien grande consolation comparativement au viol subi…

Le ton à la fois mièvre et cruel de l’article est assez révoltant. Si ce que raconte Bouchard est en train de faire l’apologie du viol… dans la mesure où la victime tombe enceinte. T’es pas contente, petite? T’as qu’à apprécier ce beau cadeau de la vie…

Le clou du spectacle dans ce billet, c’est le lien proposé. Le site Tu n’es pas seule, qui n’est ni plus ni moins qu’un portail redirigeant les internautes vers l’un de quatre sites.

Ces sites présentent des façades religieuses, des organismes bidons au sein desquels des catholiques et des évangéliques se déguisent en ressources pour les femmes enceintes. On devine que, désespérées, des femmes seraient susceptibles de tomber sur ces organisations, qui ne sont manifestement pas en mesure de fournir des informations objectives.

Petit topo des 3 organisations de nature douteuse (la 4e étant un site concernant l’adoption).

Le centre naitre ou ne pas naitre

Le nom de cet organisme indique qu’il aurait pour but d’informer et d’aider les femmes à faire un choix éclairé concernant leur grossesse. Il s’agit en fait d’une oeuvre fournissant des ressources aux jeunes mères. À la question « naitre ou ne pas naitre », il n’y a qu’une réponse acceptable (vous devinez laquelle) pour cette organisation liée aux Soeurs du Bon Pasteur.

On trouve aussi sur leur site quelques témoignages, dont certains sonnent incroyablement faux. Ceux d’Hélène et de Caroline semblent écrits de la même plume et reprennent si intégralement la rhétorique anti-choix qu’on ne peut plus vraiment douter que ce sont les bénévoles eux-mêmes qui rédigent les « témoignages ».

Hélène affirme:

J’ai choisi d’être manipulée verbalement pour accéder à leur point de vue plutôt que de réfléchir aux choix qui s’offraient. On ne m’a pas donné d’options. On a trouvé une clinique rapidement pour s’occuper de notre petit « problème. »

Caroline nous confie ceci:

Bien que j’aurais voulu avoir mon bébé, mes parents m’ont poussée à subir l’avortement. Après plusieurs heures de contractions, j’ai donné naissance à un bébé garçon mort. Dire que cela a eu un impact majeur sur ma vie est un euphémisme.

Ce qu’on retrouve ici, c’est la vision que les Soeurs du Bon Pasteur ont de la grossesse: toutes les femmes veulent, au fond, avoir leur enfant, et ce en tout temps à tout âge et en toutes circonstances. Mais à cause de la manipulation du milieu (ou de la pure paresse) elles décident parfois d’avorter.

La Roselière

Comme le Centre Naitre, la Roselière est un « organisme » de la région de Québec. Le modus operandi est toutefois différent. D’après ce qu’on apprend sur leur site Web, La Roselière est un de ces centres qui hébergent les femmes le temps qu’elles puissent faire un choix éclairé (devinez lequel), comme on en retrouve aux États-Unis:

Conscients du tourbillon de la vie quotidienne et des pressions sociales, nous t’offrons un temps d’arrêt dans un lieu discret et accueillant, assurant la confidentialité. Chez nous, tu reçois un accueil personnalisé et une aide ajustée à tes besoins. Nos bénévoles sont formées et outillées pour pour t’accompagner (toi, ton partenaire, ton couple, tes proches) dans ton processus de décision face à une grossesse imprévue comme dans la recherche d’un mieux-être à la suite d’un avortement. (emphase ajoutée)

Et sur la page mission:

Par l’accueil, l’écoute, l’échange et la communication d’informations, nous souhaitons :

  • Pendant : aider la femme qui vit une grossesse imprévue à prendre une décision éclairée;
  • Après : aider la femme qui a vécu un avortement à mieux vivre avec son choix.

Partout sur le site on nous parle de « blessures », de pressions du milieu, d’accompagnement spirituel et de crise morale.

La Roselière a aussi préparé des ateliers pour les écoles, avec une vidéo qui présente trois témoignages liées à trois « options ». L’échantillon est pour ainsi dire… biaisé:

Le premier témoignage brise un grave tabou de notre société en donnant la parole à Diana qui regrette profondément son avortement. «J’ai anesthésié ça (son avortement) presque 18 ans. Le travail intérieur qui s’est fait a été difficile pour moi. Parce que oui, c’est après tout ce temps-là que j’ai ressenti de la culpabilité, de la peine, de la haine envers moi-même.»

Marie nous touche droit au coeur par son témoignage fracassant, rare dans notre monde. Enceinte à 17 ans, elle avait d’abord choisi l’avortement, mais a finalement opté pour l’adoption. (…) Moi, j’ai pris la décision pour les deux: le mien et celui de l’enfant» conclut-t-elle, sereine.

Encore aux études il y a deux ans, Annabelle et Jonathan, ont choisi de garder leur enfant. (…) «Jamais je ne regretterai ma décision. Quand tu vois un petit bébé en dedans, (échographie) qui bouge…»

Choix éclairé? Disons plutôt qu’ils veulent que toute grossesse soit menée à terme, quitte à user de mensonge et de manipulation pour y arriver. Ils ont même « Une missionnaire de la rue, membre de notre groupe, rencontre régulièrement des jeunes filles enceintes et les encourage à mener à terme leur grossesse. » (source)

Options Grossesse

Le nom impliquerait un organisme pro-choix, mais non, encore une fois une façade anti-avortement. Et qui prêche l’abstinence, mesdames et messieurs:

Le meilleur moyen de prévenir une MTS ou une grossesse est de s’abstenir d’avoir des relations sexuelles. Lorsque tu seras dans une relation durable et engagée (mariage), où les deux partenaires sont monogames et non-infectés, tu n’auras pas à te préoccuper de te protéger d’une MTS. Aimerais-tu parler à quelqu’un de ta relation? Nous sommes là pour toi? Sens-toi à l’aise de nous contacter.

Le mot « mariage » entre parenthèses était déjà dans le texte. J’vous le jure! Sur l’autre version du site bâtie entièrement en Flash (misère!), ils emploient même cette fichue analogie « le sexe, c’est comme le feu… » Pour ce qui est de l’information de qualité, on repassera.

Tout en prétendant fournir de l’information neutre, Options Grossesse est clairement anti-avortement et avoue ne jamais référer les femmes à des cliniques d’avortement. Seulement à des ressources concernant l’adoption et la poursuite de la grossesse. C’est pro-choix, selon eux: grossesse ou adoption, il y a un choix à faire.

Comme c’est le cas pour plusieurs « cliniques » de ce genre aux États-Unis, Options Grossesse offrent de tests de grossesse. On suppose que des femmes pourraient s’y aventurer pour avoir le test gratuit, et se faire raconter ensuite un beau lot de baratin.

Advertisements

11 Commentaires

  1. Pingback: Les religieux et leurs façades | Le blog Libre sans dieu!
  2. Pingback: Yves Bolduc ne lit pas libresansdieu | Le blog Libre sans dieu!
  3. Pingback: La roselière: « Fail  | «Le blog Libre sans dieu!
  4. Marcelle Laflamme

    Et on pourra rétorquer que les organismes ‘pro-choix’ n’offrent qu’une seule option : l’avortement. Une amie, étudiante en médecine, a été très choquée par une formation offerte par SOS-Grossesse : « vous savez, il y a des moments dans la vie où c’est ok d’aller contre ses valeurs, de penser à soi ». Évidemment, aucune pression n’est directement exercée sur la femme. Face à elle même, isolée, on devinera quelle option apparaitra la plus facile, à ce moment. Plusieurs personnes autour de moi ont vécu des symptômes liés au choc post-traumatique suite à un avortement. Ce n’est que lorsque j’abordais cet évènement en terme de blessure qu’elles pouvaient enfin s’ouvrir : leur mal, nommé par la parole, pouvait exister. Vous êtes des milliers de personnes à articuler ces problématiques EXACTEMENT de la même manière. Vous pouvez bien vous croire libre de tout dogme… le fait est que la principale caractéristique du système auquel vous adhérez est de se faire passer pour neutre et rationnel.

    • libresansdieu

      Ce que vous affirmez est essentiellement que (1) SOS-grossesse pousse les femmes à se faire avorter, allant contre leur autonomie (2) il n’y a pas de suivi post-IVG et on encourage les femmes. Ces accusations assez sévères! Du coup, semblez conclure que les organismes bidons mentionnés par l’article sont justifiés dans leur pratique. On parle ici d’organismes qui font semblant d’offrir un choix alors que leur but réel est l’endoctrinement et la culpabilisation, ou simplement de gagner du temps jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de procéder à un avortement – voilà qui va directement contre l’autonomie des femmes!

      Le discours anti-choix soutien que la femme doit avoir des enfants, cela étant dans sa nature. L’avortement est donc vu comme contre-nature. C’est un discours essentialiste qui impose aux femmes ce qu’elles doivent faire de leur corps. Je ne doute pas que l’avortement peut être une expérience traumatisante pour certaines femmes. Mais l’appel au choc post-traumatique fait justement partie de l’arsenal de propagande des masculinistes et des anti-choix!

      • Marcelle Laflamme

        Par omission, le système de santé et certains organismes qui y sont rattachés contribuent bel et bien à orienter les femmes vers l’avortement. Dans les CLSC, dans les hôpitaux, la travailleuse sociale est chargée de valider la décision (on coche des cases sur une liste). Autre que le suivi médical relié à l’intervention chirurgicale, il n’existe bel et bien AUCUN suivi post-IVG au Québec. J’aurais aimé pouvoir dire le contraire, mais les données que j’amasse depuis quelques mois prouvent cela. J’ai un cas de « vous savez, madame, ici, au Québec, les femmes sont libérées ». J’ai un cas où on rappelle la femme à DEUX REPRISES pour s’assurer qu’elle ne veut pas d’un avortement (sans jamais lui proposer un accompagnement digne de ce nom). Un autre cas où on félicite la femme d’avoir fait un choix si responsable. Un autre cas où la travailleuse sociale fait le budget avec la femme et lui dit : « vous avez raison, vous n’avez pas les moyens d’élever un enfant ». Tout ça dans la seule ville de Québec, et dans mon entourage de surcroît.

        Pour moi, poser le débat en opposant un camp « pro-vie » à un camp « pro-choix » relève du terrorisme intellectuel. Vous n’avez AUCUNE IDÉE à quel point un tel discours condamne au silence les femmes qui ont souffert d’un avortement.

        Le discours relié au planning des naissances est mensonger. On fait croire aux femmes que la contraception les protège de la grossesse, ici conçue comme une maladie, voir un cancer. Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’aucun traitement médical ne peut être efficace à 100%. De fait, une femme sexuellement active finira un jour ou l’autre par tomber enceinte. C’est pourquoi le tiers des femme québécoises passeront un jour ou l’autre par l’avortement, qui est devenu le prix à payer pour un style de vie qu’on nous présente comme étant la panacée.

        Je connais très bien La Roselière et y ai référé, depuis l’automne, deux personnes qui ont été TRÈS SATISFAITES des services rendus. L’auteure de cet article n’a aucune idée de ce dont elle parle et ne fait que répéter les idées pensées dans des cercles élitistes dont elle rejette pourtant les autres politiques.

      • berlherm

        Une femme avant de concevoir devrait établir un contrat natal avec la société pour le bienêtre du futur enfant, future personne, futur associé. Le désir de la femme doit passer après l’enfant, la personne, l’associé. Si la société ne signe pas, ne veut pas signer, ne faites pas d’enfant.

        Concevoir un enfant c’est jouer à la loterie sur le dos d’une autre personne, c’est faire prendre des risques morbides et mortels à une autre personne. C’est donc hors les droits de l’homme. Mais le désir d’une femme n’est pas encore un enfant, et quand il est conçu, c’est trop tard à moins d’avorter. (égalité homme-femme: un homme ne peut avorter…!)

        Bébé pile ou face : Une chance sur deux d’avoir un QI inférieur ou supérieur à 100. Une chance sur N, très grande, d’être mal formé. 100% de « chances » de mourir au bout du compte pour rien puisque l’univers n’a aucune utilité en soi, et que chacun une fois au monde fait son utilité par lui-même, pour lui-même, après 18 ans d’esclavage parental, pour devenir chair à boulot, chair à impôt, chair à canon. Merci mamans!

        Le libre arbitre n’existe pas, puisque l’univers ne peut faire de lois, de mécanismes, allant à l’encontre de ses propres mécanismes, lois. Personne n’est donc responsable, mais tout le monde est éducable (mal mais à peu près).

  5. Marcelle Laflamme

    De toutes évidences, vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez. Je ne nie pas vos bonnes intentions, je les aies partagées pendant longtemps. Ça m’a pris plusieurs mois, voir deux ans, changer de position à ce sujet. Force est de constater que la réalité est BEAUCOUP plus complexe que ce qu’en laissent croire les mouvements pro-vie et pro-choix.

    Je déplore que vous placiez tous ces organismes dans le même panier. Je suis présentement en communication avec La Roselière et je peux assurer que c’est un organisme exceptionnel. On y trouve des femmes de coeur et d’expérience, pas des jeunes femmes bienpensantes dotées d’une Technique d’intervention. La Roselière offre un espace de réflexion avant l’intervention. Téléphonez, vous verrez. Elles sont déjà aller faire le ménage de l’appartement d’une jeune femme afin qu’elles puissent avoir les idées claires. Elles ont défrayé les frais de séjour dans un monastère pour une autre. Et savez-vous quoi? L’issu de cette grossesse a été l’avortement. Oui oui. La jeune femme est allée dans un monastère et a pu choisir l’avortement tout en se sentant soutenue et respectée. Contrairement à SOS Grossesse, celles qui gardent leur bébé auront aussi accès à du soutient matériel et humain.

    Dans le cadre de mes recherches de deuxième cycle, je m’intéresse à ce qui se trouve derrière le discours « pro-choix » qui se dit TELLEMENT neutre. En anthropologie, la neutralité n’est jamais neutre. En anthropologie, le discours neutre est celui qui légitime l’institution. Avec le tiers des femmes qui va se faire avorter dans sa vie, nous ne sommes pas en face d’une intervention marginale dont il faudrait accroître l’accessibilité. Il est maintenant temps de se poser des questions.

    J’ai eu accès au powerpoint d’une conférence présentée par SOS Grossesse. On y trouvait les services offerts par l’intervenante. Je cite :

    -Test de grossesse
    -Aide au choix lors d’une grossesse imprévue
    -Rencontre suite à une IVG
    -Deuil périnatal

    SOS Grossesse est un organisme d’accompagnement à l’avortement. Lorsque la femme décide de garder son enfant, on la renvoie au CLSC. Ce n’est pas qu’elles font de l’accompagnement à l’avortement qui me dérange, c’est le fait qu’elles se cachent derrière un discours supposément a-idéologique dont les implications sont grandes.

    Je suis en contact avec des femmes qui ont avorté, d’autres pas. Celles qui n’ont pas avorté on porté leur enfant au prix d’une lutte avec le système de santé. La maternité y est conçue comme une menace à l’avancement social des femmes (elle l’est). Au lieu de changer les structures de la société, on pose la maternité comme étant un évènement à éviter à tous prix. On pose les conditions nécessaires pour faire entrer les femmes dans la société industrielle/individualiste, qui avait été conçue à l’origine pour les hommes.

    Votre discours montre que vous ne connaissez pas l’objet dont vous parler autrement qu’à travers le spectre idéologique matérialiste/postmoderne.

    L’autonomie n’est pas la valeur sur laquelle je fonde ma vision du monde. Si tel était le cas, je serais beaucoup plus « à droite ». Le discours « pro-vie » traditionnel ne soutient pas que la femme doit avoir des enfants. Le discours « pro-vie » soutient qu’il est de notre devoir de protéger la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle.

    Vous conviendrez qu’on ne tombe pas enceinte comme ça. Ça ne tombe pas du ciel.

    Aujourd’hui, j’en ai beaucoup plus contre l’illusion contraceptive qui laisse croire aux femmes qu’elles sont ‘autonomes’, qu’elles maitrisent leur propre corps. Ce n’est pas vrai. La contraception n’est pas sûre à 100%. Une femme active sexuellement finira un jour par tomber enceinte. Ce ne sera pas un ‘accident’.

    J’en reviens aux conséquences de l’avortement. Si on dit que le tiers des femmes subira un avortement dans sa vie, si on dit que le tiers d’entre elles le vivra comme un choc post traumatique (études de psychologie de l’UDM), ça veut dire q’environ 10% des femmes québécoises souffrira d’un deuil dont elle ne pourra jamais discuté dans l’espace public.

    Pourquoi?

    Parce que, pensez-y.
    Si ce n’est qu’une simple intervention qui sert à éliminer ‘rien’, il n’y a pas de deuil à faire. Pas de souffrance à éprouver.

    Une étape fondamentale de tout rite post-avortement consiste à réhumaniser le foetus pour qu’il puisse exister dans l’expérience de la femme.

    Alors bref.

    Avec tout ça, j’espère avoir semé quelques doutes dans votre esprit.

    J’ai été alimentée par la même hargne que vous pendant plusieurs années. La haine du monde finit par se transformer par la haine des autres, et la haine des autres, par la haine de soi.

    À tout politiser, on en oublie l’essentiel.

    Bonne journée!

  6. Marcelle Laflamme

    Un peu de lecture :

    « Le sujet de la citoyenneté est l’individu. Étymologiquement « individu » veut dire « qui ne se divise pas ». (…) Le système juridique et l’accès à la citoyenneté sont donc basés sur le corps masculin, qui ne génère pas, qui ne se divise pas, qui est ‘individu’. Les femmes, au contraire, se divisent. Leur corps est capable de contenir et de nourrir un autre, de se dédoubler, d’être deux en un jusqu’au bout, même après la naissance : deux êtres liés par un cordon qui sera coupé physiquement et symboliquement. Les femmes ne sont pas ‘individus’. Il y a donc un manque initial dans notre société et dans notre culture qui n’a jamais été comblé. C’est une incapacité à concevoir et inclure la maternité, qui reste une sorte d’anomalie de la citoyenneté, d’exception à la règle, où la règle est le corps qui ne se reproduit pas. Dans le monde occidental, les femmes sont entrées dans le flux de l’individualisme de masse, en maintenant pourtant toutes les ambiguïtés dues au manque que nous avons signalé. L’émancipation a ignoré la contradiction et a épousé sans réserve l’homologation au modèle masculin. De cette manière, la maternité continue d’être quelque chose de non pensé, un ‘plus’ très privé qui ne concerne en rien la dimension publique. » Le côté obscur de la maternité, Eugenia Roccella

    «  »Un tel mouvement obéit sans doute à des objectifs louables, mais il entraine, du même souffle, une sorte de banalisation de l’éthique, dans la mesure où celle-ci ne relève plus d’un idéal à atteindre face à une liberté de choix, devenant plutôt l’énumération d’une série de préceptes minimaux auquel il faut se conformer.

    La nouvelle Loi sur les services de santé et services sociaux du Québec, qui oblige chaque établissement à se doter d’un code d’éthique, est, à nos yeux, une illustration patente d’une forme inacceptable de banalisation et de récupération de l’éthique pour donner bonne conscience aux professionnels et aux membres du personnel d’un établissement, sans pour autant les inciter à remettre en question leurs gestes et leurs pratiques au quotidien. Ainsi, plutôt que de réfléchir sur sa façon d’agir et de faire, ce qui constitue l’objectif légitime de l’éthique, le personnel peut se sentir moralement réconforté par le seul fait qu’il se conforme aux règles minimales contenues dans un code d’éthique. De la sorte s’installe l’empiétement du juridique sur l’éthique, d’où la nécessité de rappeler avec insistance la distinction entre l’un et l’autre. » » Martin Hébert, Le légal et le Moral

    «  »La dénonciation par les femmes des contraintes sociales entourant la maternité a été interprétée comme une remise en cause de cette expérience en tant que telle, c’est-à-dire comme si la maternité en soi était, selon une lecture féministe réductrice, le fondement de la situation d’infériorité des femmes. Certaines auteures ont par ailleurs favorisé une telle lecture. Ainsi en est-il de Simone de Beauvoir (1951) et plus récemment d’Elisabeth Badinter (1986). D’une telle analyse découle forcément une perception de la mise au monde des enfants comme un problème dont les femmes doivent être libérées. Il ne s’agit plus alors de les aider à choisir de vivre ou à de ne pas vivre la maternité, ou à choisir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir, mais plutôt d’éviter la maternité, son contingent de problèmes et les limites sociales qu’elle impose. »

    Maria de Koninck » »

    « Ce faisant, on marque un certain pouvoir sur le corps, en s’en autonomisant quelque peu par le support de la technologie. C’est ainsi que se marque une sorte de triomphe sur le corps qui ne doit rien ici aux mythologies de l’immatérialité nourrie par la vie de l’esprit, ou même de la vie des esprits. Il s’agit bien davantage du triomphe du « comme si’ nous n’étions pas un corps, de cette forme de représentation qui s’ancre dans la procuration ou dans l’imaginaire harnaché à ce que lui propose l’univers des représentations virtuelles. Et ici l’idéologie trouve un formidable terrain de jeu, puisque ce que la virtualité suggère, c’est que tout peut advenir, et surtout, puisque l’idéologie, en soi, comme on le sait, confère un pouvoir magique aux mots. Magie des mots, magie de la virtualité, double magie de l’idéologie et de la pseudo-immatérialité. » Luce Des Aulniers, La Fascination

  7. Pingback: L’anti-avortement, recouvert d’une couche intello | Le blog Libre sans dieu!
  8. berlherm

    Cela fait déjà quelque temps que je fais la promotion du contrat natal. Peut-être que cette idée pourrait être creusée! L’idée de base est que la paix soit recherchée avant de concevoir un enfant plutôt que de faire subir à cet être qui n’a pas demandé à vivre tous les aléas de la vie, misères et souffrances incluses, et qui participera plus tard lui-même à la gabegie générale. La paix doit régner sur Terre avant de concevoir un enfant. Tant que la paix n’est pas assurée, alors pas d’enfant. Si une femme avant de concevoir un enfant établissait un contrat natal avec la société, cet enfant aurait une vie correcte assurée par contrat. Les femmes sont maitresses de leur corps, elles sont aussi maitresses de la conception et de l’enfant, notre associé, qu’elles conçoivent par seul désir personnel sans demander l’avis social. Sur une petite ile, la conception est vite contrôlée. La Terre est une ile, la conception doit être contrôlée. Les femmes conçoivent des enfants sans contrôle, comme tout animal, alors que cet enfant est l’associé de tous et que l’humanité tente de basculer vers autre chose que l’animalité. La conception est le premier acte social, ce n’est pas qu’un acte individuel. La conception n’est pas qu’une liberté personnelle, puisqu’elle implique un autre être humain, notre associé à tous sur la planète. Il est temps de contrôler ce premier acte social.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s