Rédiger un sermon, c’est facile et amusant!

Doit-on être impressionné par l’effort intellectuel requis pour rédiger un sermon? On parle ici d’un vrai sermon comme on en entend dans les églises protestantes, d’une durée d’environ 45 minutes et parfois plus. Comment le pasteur peut-il établir autant de lien pertinents entre des passages bibliques? Comment arrive-t-il à appliquer un récit hébreux datant d’il y a plus de 3000 ans à la vie actuelle? Et comment peut-il faire tout ça avec une apparence de facilité?

La réponse: ce n’est pas une apparence de facilité. C’est réellement facile. N’importe qui peu le faire. Le secret? Avoir les bons ouvrages de référence, plus particulièrement une bonne concordance et, pour les plus motivés, une bible avec commentaires.

Une concordance est un ouvrage répertoriant les occurrences d’un certain terme (et parfois d’un concept) à travers un ouvrage.  Vous entrez quelque chose comme « foi » et la concordance vous indique tous les versets utilisant le terme « foi », et parfois aussi les passages apparentés à ce thème. La concordance Strong’s n’est probablement pas la meilleure mais elle est très répandue (une version en ligne ici).

Faisons un petit test. Je prends un thème qu’on retrouve souvent dans la psycho-pop et les magazines féminins: la confiance en soi. Je tape donc « confidence » dans la concordance. C’est merveilleux! Le site internet me permet d’effectuer beaucoup plus rapidement mon travail de théologien de bistrot – en temps normal il faudrait ouvrir trois ou quatre ouvrages pour avoir cette information. La colonne « dictionnaire » me donne des définitions qui seront utiles:

1. (n.) The act of confiding, trusting, or putting faith in; trust; reliance; belief; — formerly followed by of, now commonly by in.

2. (n.) That in which faith is put or reliance had.

Et puis:

6. (n.) Having self-reliance; bold; undaunted.

7. (n.) Having an excess of assurance; bold to a fault; dogmatic; impudent; presumptuous.¸

Vous avez compris où je vais en venir? Je vais mettre en opposition la « bonne » confiance (avoir foi en Dieu) et la « mauvaise » confiance (être présomptueux, avoir foi en soi-même). Je vais illustrer ces deux opposés avec différents passages et histoires bibliques. J’ai déjà un titre potentiel: Les deux types de confiance.

Maintenant, il faut aller à la pèche aux extraits bibliques. La tradition veut qu’on utilise au moins un passage de l’Ancien Testament et un passage du Nouveau. Le tout sert à montrer donner l’impression d’une continuité dans l’ensemble du texte biblique. Et aussi peut-être que la personne qui prêche connait vachement bien sa Bible (ce qui n’est pas nécessairement vrai, pour la raison que vous connaissez maintenant.)

La Bible nous fournit heureusement plusieurs récits d’hommes ayant eu un excès de confiance en eux et qui se voient humiliés à la fin; ou encore des hommes qui ont placé leur confiance en Yahvé et ont été récompensés.

C’est le cas d’Ézéchias, roi de Juda. Assiégé par le roi d’Assyrie qui raille la confiance des hébreux en leur dieu Yahvé, il demeure ferme dans sa foi. Finalement, Yahvé protège la ville et les assyriens sont vaincus. C’est dans 2 Chroniques. Il faudra d’ailleurs reparler de Sankhérib, le roi d’Assyrie, car ce gars est brillant:

En quoi vous confiez-vous, que vous demeuriez assiégés dans Jérusalem? 11 Ézéchias ne vous incite-t-il pas, pour vous livrer à la mort par la faim et par la soif, en disant: L’Éternel, notre Dieu, nous délivrera de la main du roi d’Assyrie? (…) 13 Ne savez-vous pas ce que j’ai fait, moi, et aussi mes pères, à tous les peuples des pays? Les dieux des nations des pays ont-ils bien pu délivrer leur pays de ma main? 14 Lequel d’entre tous les dieux de ces nations que mes pères ont détruites, a pu délivrer son peuple de ma main, pour que votre Dieu puisse vous délivrer de ma main? 15 Et maintenant, qu’Ézéchias ne vous trompe pas, et qu’il ne vous séduise pas de cette manière, et ne le croyez pas; car aucun dieu d’aucune nation ni d’aucun royaume n’a pu délivrer son peuple de ma main ni de la main de mes pères; combien moins votre Dieu vous délivrera-t-il de ma main!

(Je n’aurais pu dire mieux. Sankhérib est mon nouveau héros biblique.)

Sankhérib a eu confiance en ses propres moyens… car il ne s’était pas encore heurté au Seul Vrai Dieu ™. On ne rigole pas avec Yahvé.

Cependant, avoir Dieu de son côté ne veut pas dire qu’on peut agir impunément. Romains 2:19 nous le rappelle:

toi qui te flattes d’être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres,20 le docteur des insensés, le maître des ignorants, parce que tu as dans la loi la règle de la science et de la vérité; 21 toi donc, qui enseignes les autres, tu ne t’enseignes pas toi-même!

(Oui je sais qu’en faisant ça j’ignore complètement le contexte de Romains 2. Mais le but n’est pas de faire une bonne analyse textuelle… c’est de balancer un verset qui semble concorder.)

On a donc appris deux choses:

  1. Il faut placer sa confiance en Dieu et non en l’homme;
  2. Il faut demeurer humble, même si on croit avoir Dieu avec nous.

Pour conclure, il serait approprié de balancer quelques passages à propos de Paul en prison. Ou de Jésus dans le jardin avant sa crucifixion. Les récits de « confiance en Dieu » abondent.

Voilà donc une sermonette composée en quelques minutes. En ajoutant des anecdotes personnelles, peut-être tirées de sites d’anecdotes de sermon (ça existe!), et autres illustrations amusantes, on obtient un sermon complet.

Soyez bénis.

Le tout a été un exercice amusant que je compte répéter, cette fois en faisant bon usage d’anecdotes plus ou moins éculées. Avec un peu de chance, vous aurez droit à l’étudiant-qui-conteste-le-prof-et-s’avère-être-Einstein.

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7 Commentaires

  1. Déréglé temporel

    Je suis partagé sur ce billet. Il est intéressant, et il y a une réelle valeur à montrer les outils utilisés pour rédiger les sermons.
    Par contre, l’argument est basé sur le principe que l’ouvrier travaillant avec de bons outils a moins de mérite… après tout, des outils de ce type, il en existe pour faciliter la vie des auteurs dans pratiquement tous les genres littéraires. Dira-t-on d’un poète qu’il est moins inspiré parce qu’il utilise un dictionnaire de synonymes?

    Coq à l’âne: au cas où cette nouvelle t’aurais échappée, je t’amène du matos, avec cet histoire d’enfant mort d’un rituel d’exorcisme. On manque de détails, mais tu seras sûrement intéressé à suivre l’affaire si des développements devaient survenir: http://www.cyberpresse.ca/videos/?mediaid=739211#go

    • libresansdieu

      Le but est vraiment de montrer que les sermons ne sont pas vraiment « inspirés par l’esprit saint » mais plutôt le fruit d’un travail de recherche documentaire au fond assez simple pour ne pas dire simpliste (il y a moult sermons disponibles sur le Web qui en attestent). Les liens entre les versets sont souvent superficiels, et tiennent rarement compte du contexte.

      Je me mets sur le cas de cet exorcisme.

  2. Marc Hodapp

    En effet, il est possible de faire un sermon ainsi ! Je pense que ce serait bien triste d’en rester à cet exercice sans chercher à édifier les auditeurs. Je crois que la Bible est la Parole de Dieu et que le Saint Eprit peut l’ utiliser pour toucher nos coeurs endurcis.

  3. Alain D.

    OUI IL EST BIEN QUESTION ICI DE RELIGION ET DE SERMON CAR UN VERITABLE ENFANT DE DIEU N’A PAS BESOIN DE PREPARER QUOI QUE CE SOIT IL SE PRESENTE DEVANT UNE ASSEMBLEE AVEC SA BIBLE ET L ESPRIT DE DIEU LUI COMMUNIQUE CE QU IL DOIT DIRE

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