Il ne faut pas « y » penser!

Difficile, de ne pas penser à quelque chose. Vous connaissez peut-être « The Game » (le jeu), un jeu mental dont le but est justement de ne pas penser au jeu. On joue tous au jeu, 24 heures sur 24. Si on pense au jeu, on a perdu, jusqu’au point où on a oublié le jeu, alors on revient en situation de victoire

Évidemment, personne ne peut vraiment gagner le jeu au sens de gagner délibérément… il faudrait pour cela complètement oublier l’existence du jeu et alors on ne pourrait pas savourer consciemment notre victoire.

Plusieurs études dont celle de Wegner (1987) ont montré que la suppression d’une pensée a un effet paradoxal: on a alors tendance à penser d’avantage à l’objet auquel il ne faut pas penser. Le problème est que, même si l’esprit parvient à supprimer la pensée, le mécanisme d’élimination contient lui-même la pensée indésirable, ce qui entraîne une boucle récurrente.

Ça me rappelle la premier fois où j’ai diné avec un couple d’homosexuels. Je mettais un tel effort à éviter tout le champ lexical des termes insultant envers les gais! Du coup, j’ai passé la soirée à demander qu’on me passe le pédé, euh pardon, le poivre. Mais je digresse.

Imaginons une pensée à supprimer qui soit elle-même particulièrement tenace puisque liée à des mécanismes instinctifs, pulsionnels. Tenez, le sexe, par exemple. On a déjà l’effet paradoxal sus-mentionné: plus on essaie de ne pas y penser, plus on y pense. Et, pour aggraver la situation, le sexe est une réalité biologique. Ce n’est pas comme si c’était Critique de la Raison Pure.

En ne tenant pas compte de la réalité « telle qu’elle est », les partisans de l’abstinence sexuelle mettant en danger la santé de nos enfants. Certes, l’abstinence demeure une pratique sécuritaire. Évidemment, on ne veut pas ordonner à des pré-adolescents de s’engager dans des comportements sexuels à risque simplement parce qu’ils le peuvent.

Mais, lorsqu’on présente l’abstinence comme la seule option avant le « mariage », on est à côté de la plaque. Ils vont baiser quand même. Ils « le » font presque tous. Nous, les adultes responsables, avons la mission d’éduquer et d’informer les pré-ados au sujet de la sexualité, d’une manière claire et non-moralisatrice. Ne pas le faire, en éduquant nos enfants simplement à « attendre avant le mariage », c’est un grave manquement sur le plan éthique:

We believe that abstinence-only education programs, (…) are morally problematic, by withholding information and promoting questionable and inaccurate opinions. Abstinence-only programs threaten fundamental human rights to health, information, and life. (Santelli et al, 2006).

Enseigner l’abstinence, ça ne fonctionne pas. Il y a en fait plusieurs bonnes raisons de croire que cette obsession de l’abstinence sexuelle (chez les évangéliques, notamment) entraîne une diminution de l’âge des premiers rapports sexuels, ainsi qu’une augmentation des IST et grossesses non-désirées. (On en a déjà parlé).

Par ailleurs, la construction d’un concept de la femme axé sur la pureté virginiale traduit ou entraine une objectification, voire une marchandisation de la femme. L’homme apprend alors à considérer les femmes comme de la marchandise « usagée », « endommagée », ou « neuve ». (Wilson & Daly, 1992, p.310), ce qui renforce l’idée que la femme est un bien de consommation. Le fait de coucher avant le mariage est alors vu comme une violation de la propriété du futur mari de la demoiselle – conception très louche qui est souvent ré-affirmée explicitement dans la propagande pro-abstinence. (Plus sur ce sujet dans un billet précédent). S’inscrivant bellement dans la lignée de l’hypersexualisation des adolescentes, cette marchandisation de la femme ne peut certainement pas encourager des comportements responsables face à la sexualité.

Sources:

Publicités

Un commentaire

  1. Sainte Ironie

    Je me permets de reprendre juste un point de votre message : il n’est pas possible d’être en situation de victoire à « The Game ». En fait, on ne peut pas gagner à « The Game ». On peut simplement ne pas participer. 🙂

    Voilà, voilà. Sinon, j’aime beaucoup la réflexion que vous développez.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s