Ces pasteurs qui ne croient pas

Dan Dennett a publié un article plus tôt cette année. Une petite étude de cas (N=5) avec un sujet inusité: les pasteurs qui sont secrètement athées. Dennett est athée, et ce n’est pas vraiment un secret. Sa collaboratrice Linda LaScola, qui a co-écrit l’article avec lui, est également athée. Ils ont quand même une fascination pour le phénomène religieux ainsi que leurs entrées, fascination qui a motivé cette étude.

Les participants, représentant différentes expressions de foi, ont été trouvés via un organisme (le Center for Progressive Christianity) qu’on pourrait qualifier de centre pour chrétiens modérés. D’autres ont été référés par Dan Barker, lui-même un ancien pasteur devenu athée.

Parmi les cinq pasteurs, trois étaient disons agnostiques, ou du moins le plus loin qu’on puisse être sur le spectre des convictions pour ne pas être considéré comme carrément incroyant. Deux étaient plus ou moins athées.

Les témoignages sont touchants, un peu pathétiques par contre. La dissonance cognitive est palpable. Quand on en est à parler de Dieu comme d’un « mot », un « poème écrit par les humains », c’est qu’on est athée. Le reste, c’est du déni.

L’article parle de la formation des pasteurs et des contradictions qu’il y rencontrent avant même d’avoir rédigé un seul sermon. S’il s’agit d’une formation universitaire (pas des séminaires bidons) on peut s’attendre à ce que le futur pasteur croise des conceptions philosophiques qui jurent avec sa vision du christianisme. Il va bien y avoir des cours d’histoire ou d’archéologie. Et le constat inévitable que la Bible contient nécessairement du contenu mythologique. On peut se demander s’il est possible de savoir tout ça et d’être un fondamentaliste. Probablement pas.

Le doute a quand même un prix. Être pasteur peut être assez lucratif. C’est un emploi qui a l’air, au fond, assez cool. Quitter tout ça en raisons de questionnements existentiels, quand on a l’hypothèque à payer et des enfants à envoyer à l’école, ce n’est pas nécessairement une bonne idée. L’article compare même le sort de ces pasteurs à celui des homosexuels dans le placard.

Ainsi un pasteur va exprimer une critique en disant que c’est « son oncle athée » qui lui a dit telle ou telle chose, sachant très bien que son interlocuteur est conscient qu’il s’agit en fait de sa propre opinion. Ou il y a toujours l’humour… des doutes exprimés sur le ton de la blague. Toujours possible ensuite de s’en tirer en disant que c’était du second degré.

Source: Dennett & LaScola, Preachers who are not Believers. Evolutionary Psychology, 2010. [PDF]

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