Le trou en forme de crucifix

Louise Mailloux signe un billet superbe sur cette histoire de prière au conseil municipal de Saguenay et de crucifix (ou kirpan, etc) à l’Assemblée Nationale. Attention, c’est une prof de philo et elle maîtrise bien l’ironie socratique. Il faut lire avec soin et jusqu’au bout.

Mailloux, ironique, donc, nous parle de cette manie de croire que les symboles religieux québécois sont une sorte de vaccin contre les religions qu’on suppose être apportées au Québec par les immigrants récents (alias « les races », dans le langage des débiles légers qui s’attachent soudain à leur crucifix alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds à l’église depuis leur confirmation).

C’est la peur du trou, voire du Trou, laissé par le retrait de la religion des institutions publiques. On a peur que le Trou soit comblé par d’autres symboles religieux ne correspondant pas à l’Héritage Catholique Québécois ™. Solution? On laisse les symboles catholiques en place, comme de grosses pancartes « espace réservé, défense de stationner »:

Il n’en fallait pas plus pour que notre crucifix prenne du galon, et de religieux quasi insignifiant qu’il était, il se transforme soudainement en symbole national. C’est d’ailleurs le message que nos députés ont envoyé à tout le Québec le jour même du dépôt du rapport Bouchard-Taylor, en s’empressant de voter dans la plus grande unanimité pour le maintien du crucifix au Salon bleu de l’Assemblée nationale. Au diable la laïcité ouverte, après tout, nous sommes les Romains! C’est vous dire comme les Jean Tremblay étaient nombreux dans cette salle.

La stratégie du crucifix bouche-trou risque plutôt de mener à un résultat inverse de ce qui est visé: les groupes religieux se basant sur la présence de signes catholiques pour justifier l’introduction de leurs propres religions dans l’espace public.

Le maire de Saguenay est, au fond, est un bel hypocrite. Au début de la saga de la prière à Saguenay, il nous parlait de spiritualité, de recueillement, etc, et ne manquant pas de nous parler de la fois où il a proposé un espace à un couple de musulmans pour qu’ils puissent faire leur prière*. Mais quand on lit un peu entre les lignes, Tremblay est clairement un partisan de la stratégie du crucifix bouche-trou. Et c’est, au fond, un ti-peu xénophobe et de mauvaise foi tout ça. Ou simplement un signe de stupidité.

Après tout, on parle quand même d’un maire qui, lors d’une émission d’affaires publiques, a déclaré que Jésus était l’inventeur de la démocratie.

*J’ai du mal à m’imaginer la scène. Comment ça s’est passé exactement?

2 Commentaires

  1. Feel O'Zof

    Tu l’as dis, c’est de la xénophobie. La preuve étant que ces croyants ne sont pas très pratiquants et ne se définissaient peut-être même plus comme catholiques avant la «crise» des accommodements. C’est donc pour se différentier le plus possible des étrangers, pour créer une barrière symbolique entre eux et nous, qu’ils se mettent à magnifier ce qui les différencient d’eux. C’est plus de là, d’après moi, que vient ce soudain attachement envers les résidus de la grande noirceur.

  2. Pingback: Marche chrétienne et le fait de tasser les autres | Le blog Libre sans dieu!

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