Violences envers un prof

Dans l’est de Londres, un prof de sciences religieuses a été battu à coup de barre de fer et laissé pour mort par quatre musulman enragés. Il va survivre, mais sera sans doute défiguré. Son crime: avoir osé parler de l’Islam dans une école de jeunes filles.

Ce qui est troublant est que les coupables ont commis cet acte de violence en raison de leur religion. L’acte était prémédité et motivé par des croyances religieuses. Ils étaient convaincus (et le sont probablement toujours) qu’ils devaient tabasser le prof car un être suprême le réclamait.

On a quatre adultes qui sont probablement, mis à part ce léger détail, sains d’esprit. Ces quatre hommes estiment néanmoins qu’un agent surnaturel ayant le nom d’Allah leur commande de faire une agression à main armée, ce qu’ils décident de faire. J’ignore si la religion peut vraiment avoir un pouvoir causal, mais si oui alors convenons que cette attaque a été causée par la religion. Pas « au nom de la religion », mais bien à cause de la religion.

6 Commentaires

  1. Feel O'Zof

    C’est vrai qu’il y a une nuance importante entre «au nom de» et «par». Aussi bonne qu’une croyance ou qu’une idéologie puisse être, il y aura toujours des gens pour commettre des atrocités en son nom. Mais si la croyance ou l’idéologie en question contient en elle-même les germes de ces atrocités, c’est pire.

  2. Sigmund

    Votre Honneur, qu’il me soit permis ici de défendre la religion. Je ne suis pas d’accord avec le lien de causalité qui a été établi par ce tribunal, et j’entends ici démontrer pourquoi.
    Vous tous qui êtes ici, et moi-même, avons en commun de nous en remettre à la raison. Or, la raison la plus élémentaire nous dit que dans toute violence, le premier responsable est celui qui a porté les coups. L’intention vient après : c’est une circonstance aggravante, ou un élément à décharge si le dommage n’était pas intentionnel. Car, comme nous le savons tous, quelle que soit l’intention, rien n’excuse le geste ; à l’inverse, on ne juge dans un tribunal que les faits, pas les intentions qui ont concouru à leur réalisation.
    Or, accuser la religion d’avoir poussé ces hommes à battre à mort ce prof de sciences religieuses reviendrait à les décharger quelque peu de leur responsabilité. C’est justement ce que le fanatique recherche : dans son invocation du respect de la « vraie foi », des principes fondamentaux de sa religion, c’est sa propre violence qu’il dissimule sous l’excuse de la religion. C’est ainsi qu’en Inde ou en Afghanistan, on brûle ou on défigure des femmes à l’acide au nom de l’honneur. Aussi, ne soyons pas dupes une seule seconde : ce prof a été agressé par des hommes, à cause de leur propre violence et de leur intolérance, et la religion n’est ici qu’un prétexte.
    Alors certes, la religion, en définissant une communauté fermée de croyants, sépare celle-ci du reste de l’humanité et pose les conditions du rejet de l’Autre. Mais des millions de croyants, dont je ne fais pas partie du nombre, vivent leur foi de manière tout à fait paisible ! Pis, cette pratique aimable et non-violente, non prosélyte, leur vaut parfois, en certains points du monde, d’être maltraités par ceux qui se proclament comme les « vrais » fidèles.

  3. meteo

    @ Sigmund

    Non, les violences COMMANDEES PAR LES TEXTES D’UNE RELIGION ne sont pas le fait d’individus mauvais qui auraient de toute facon ete violents meme sans cette religion. J’ai suffisamment d’experience avec les croyants fondamentalistes pour affirmer cela. Souvent ce sont des gens tout ce qu’il y a de plus bons par ailleurs, soucieux de faire le bien. Mais on leur a appris que la definition du bien voulu par Dieu se trouvait dans tel document, et ce document contredit l’ethique naturelle actuelle sur bien des points. Si bien que ces gens commettent des actions horribles tout en etant persuades de faire le bien et de plaire a leur dieu. Actions qu’ils n’auraient pas commises sans leur religion.

  4. Sigmund

    @Meteo :
    Je serais d’accord si les textes de référence, le Coran ou la Bible, étaient monolithiques, forts d’une cohérence intrinsèque. Or, il s’avère bien vite que ces textes forment des agrégats dont les versets, d’un bout à l’autre du document, se contredisent souvent. C’est pour cela que depuis des siècles, s’est développée la discipline de l’exégèse, qui vise à unifier l’interprétation à partir de textes et de messages apparemment divergents. Donc ceux qui ont à coeur de mener un djihad ou une croisade peuvent tout à fait piocher les versets qui leur conviennent. Soit dit en passant ils ne font aucun cas du fait que ces textes ont pu être écrits à une époque où la situation politique et les moeurs étaient différentes de celles d’aujourd’hui… Encore une fois, si ces textes commandaient, de manière univoque, aux fidèles de se livrer à la pire des violences, pourquoi tous les chrétiens, musulmans ou juifs ne sont-ils pas constamment en guerre ? Pourquoi, au Canada, en France et dans le reste du monde occidental, n’y a-t-il pas de snipers sur les clochers ? Parce que l’immense majorité des croyants a compris que croire est avant tout une recherche personnelle plutôt qu’un combat, quoi qu’en disent les fondamentalistes de tous bords. Et ceux qui tuent au nom de la religion, l’auraient fait sous un autre prétexte, tout simplement parce qu’ils n’ont pas un sens critique assez aiguisé pour distinguer la folie de l’acte de piété.

  5. meteo

    @ Sigmund

    Oui, il y a le manque de precision des textes religieux que je n’ai pas pris en compte dans mon precedent raisonnement. Cela tempere un peu ce que j’ai dit, mais sans plus. Je maintiens que ceux qui ont une interpretation fondamentaliste ne sont pas des gens mauvais qui auraient de toute facon ete violents sans leur religion. Si les textes sur lesquels sont senses etre bases les croyances sont ambigus, les croyances elles-memes (non ecrites) ne le sont pas.

    Pour preuve que les aberrations de certains croyants ne sont pas le fruit de leur propre mauvaise volonte, on peut mentionner les cas ou ces croyants sacrifient quelque chose pour leur religion alors que les textes ne sont pas clairs sur la necessite d’un tel sacrifice ou pas. Exemple: en islam, selon certains hadiths, la musique serait interdite. Les avis des theologiens divergent sur ce sujet. Et certains musulmans ont renonce a la musique, ils sont persuades que Dieu le leur interdit. S’ils l’ont fait, ce n’ai pas que ca les amuse, ou qu’ils auraient deja eu envie, independamment de leur religion, de renoncer a la musique. C’est horrible de renoncer a la musique. C’est un immense sacrifice. Il est evident que jamais ils n’auraient fait ca sans la religion. Et bien ils l’ont fait alors meme que les textes islamiques ne sont pas clairs sur ce point. Oui, car eux, ils croient sincerement que Dieu interdit la musique, que c’est ce que disent les hadiths.

    Cela montre que les contradictions et manques de clarte des textes religieux n’empechent pas de croire sincerement en une interpretation fondamentaliste sans pour autant suivre ses propres desirs ou etre quelque’un de mauvais qui aurait de toute facon commis les memes erreurs sans religion.

    Moi-meme j’ai grandi dans un milieu evangelique, donc « chretien fondamentaliste » (entre guillemets, car ce que l’on appelle fondamentaliste dans le christianisme est sans commune mesure avec ce que l’on rencontre habituellement dans l’islam). Nous etions persuades qu’il fallait tout faire pour convaincre le plus de monde possible, que seuls les croyants a cette religion-la et elle seule iraient au paradis, que tous les autres iraient en enfer. Nous etions persuades que c’est ce que la Bible disait. Quand on a grandi dans un milieu ou cette croyance va de soi, et bien on y croit, pas besoin d’etre quelqu’un de mauvais, ou un intolerant par nature, a l’esprit ferme, qui l’aurait ete de toute maniere meme sans sa religion. Non, on croit sincerement a cette interpretation.

    Quand plus tard j’ai remis en question ma foi et fait des recherches sur l’islam, j’ai ete choque des vues de beaucoup de musulmans que je rencontrais. En principe, les vrais musulmans, qui connaissaient leur religion, defendaient par exemple la peine de mort pour ceux qui quittaient l’islam. Je trouvais cela horrible, mais si c’etait ce que Dieu voulait, il devait en etre ainsi. Dieu savait mieux que nous ce qui est bon ou pas. J’aurais tres bien pu me faire avoir par les apologistes de l’islam, je ne pense pas etre particulierement intelligent et au vu de ce que j’ecrivais a l’epoque, je l’etais moins encore qu’aujourd’hui. La propagande des missionnaires musulmans etait suffisamment bien faite pour que j’accorde un certain credit a la these selon laquelle il y avait des preuves que l’islam etait la verite. Et ce que je comprenais de l’islam, notamment par ce que m’en disaient des musulmans que je rencontrais, etait fondamentaliste. Si j’avais, par manque d’intelligence (car ces choses la sont bien plus une question d’intelligence que de morale), mordu a l’amecon, j’aurais pu devenir un musulman fondamentaliste, et ce le plus sincerement du monde. Alors meme que je detestais ce fondamentalisme. Mais bon si c’etait la verite, il n’y avait pas a discuter. Comme le dit un proverbe de la Bible (je ne sais plus lequel):

    « Confie-toi en l’Eternel de tout ton coeur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse ».

    De meme, ceux qui justifiaient l’instauration d’un etat islamique, l’application de la charia, la peine de mort pour les apostats, etc…, etaient des gens par ailleurs tres gentils. Mais le systeme de croyance auquel ils appartenaient etait fondamentaliste sur bien des points.

  6. Sigmund

    Merci pour cette réflexion, et ce témoignage, qui sont très intéressants. J’imagine à peine ce à quoi cela peut ressembler, de vivre et grandir au sein d’une famille « fondamentaliste ». Puisque tu parles des chrétiens évangéliques, j’en viens à penser aux prédicateurs, notamment les plus célèbres, qui animent des shows télévisés depuis leurs megachurches : que seraient-ils devenus sans l’appui du christianisme évangélique ? Seraient-ils seulement pasteurs ?
    A les voir hurler, invoquer et réclamer l’obole du fidèle, je me dis que ces gens-là auraient tout aussi bien pu être vendeurs dans une concession automobile, forains ou même avocats. Peut-être sont-ils en fait un peu des trois à la fois… Mais ce qui est sûr, c’est que dans leurs discours très bien calculés, dans leur scénographie et leur fausse repentance, on ne sent guère l’esprit du message du Christ. Là aussi, la religion est prétexte à l’expression de penchants beaucoup moins nobles comme l’appât du gain et la volonté de puissance sur les masses.

    Au Brésil, ce business émerge également, et met en scène des enfants de 7 à 12 ans prétendument « inspirés » ou « habités » par Dieu, et qui font commerce de leurs prêches sous formes de CDs, DVDs, T-Shirts et shows exclusifs, sous l’oeil de leurs parents qui emmagasinent une manne qui n’a rien de céleste… Je pense que la religion est un bon business pour pas mal de gens sur Terre, qui trouvent là une occasion qu’ils n’auraient peut-être pas trouvée ailleurs. Et lorsque leur puissance est telle que des fidèles prennent leurs volontés pour paroles d’Evangile (ou de Coran), pourquoi se priver ?

    Oussama Ben Laden n’a pas fait autrement : formé par la CIA dans le cadre d’une guerre aux contours strictement nationalistes (libérer l’Afghanistan des Russes), il a poursuivi le combat en transformant sa lutte en un djihad afin, pensait-il, de rallier à lui l’ensemble du monde musulman… En vain, d’ailleurs, puisque plusieurs sensibilités de l’Islam ne l’ont pas rejoint, et l’ont même combattu.

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