Marjorie n’est plus

Marjorie Raymond, 15 ans, s’est enlevée la vie il y a quelques jours. J’entends par là que, par sa propre action, elle a cessé d’être. On peut encore employer le signifié « Marjorie Raymond », mais le signifiant n’est plus la même chose qu’alors qu’elle était vivante. Avant: c’était une adolescente, un être conscient, une écolière, une victime de bullying, etc. Après: un souvenir, pour ceux et celles qui l’ont connu. Pour la plupart d’entre nous, un phénomène médiatique lié à la question de l’intimidation dans les écoles et sur les réseaux sociaux.

Dans une lettre destinée avant tout à sa mère et publiée dans les journaux, l’adolescente démontre une croyance certaine en un monde meilleur qui l’attend. Cette croyance est à plusieurs reprises utilisée pour justifier son suicide. On remarque qu’il n’y a aucune mention de bullying. Deux passages font référence aux maux de ce monde: « C’est juste que la vie, je n’en peux plus » et, à la fin « C’est la faute de la vie et des gens jaloux, qui veulent seulement gâcher le bonheur des autres. »

Raymond croyait qu’elle allait continuer à exister et veilleur sur sa mère, comme un « ange gardien ». Insatisfaite de ce monde, elle affirme carrément que « [sa] place est en haut » et qu’elle partait « pour un monde meilleur » où elle pourrait rejoindre des être chers récemment décédés.

La question des applications sociales en-ligne excite beaucoup les journalistes – qui demeure au fond les seuls véritables utilisateurs de Twitter. Comme plusieurs journalistes voient à-travers leur lentille de Facebook-Twitter, ils réécrivent la mort de Marjorie Raymond de manière à parler de Facebook et de Twitter, ramenant ainsi le sujet à leurs obessions quotidiennes.

Vous ne m’en voudrez donc pas trop si je ramène ce sujet à l’athéisme. Pour moi, ce suicide exemplifie la notion nietzschéenne de haine de soi, haine qui devrait être tournée vers autrui mais que la morale chrétienne nous a conditionné à rediriger vers soi. Résultat: ça bouille et ça explose. La haine du corps au profit de « l’âme » (qu’est-ce que l’âme sinon une des choses que fait notre corps?) offre un soutient à l’idée que nous pouvons tuer notre corps et néanmoins continuer à exister. Nietzsche nous enseigne à aimer ce monde, nous parle de la futilité de chercher des « mondes derrières les mondes ». Pas de monde magique où tout serait meilleur.

3 Commentaires

  1. Sylvain

    Dites-moi, monsieur Libresansdieu, vous ètes bien anticlérical voire antichrétien, mais certainement pas athée, nous sommes d’accord ? Le fait que l’église chrétienne puisse révélée certains travers critiquables, ou que certains de ses membres puissent avoir des comportements aberrant, n’a rien avoir avec l’existance de Dieu ou de ses propres actes.
    Si vous vous dites formellement athée, il est possible alors de nous expliquer la phrase « Raymond croyait qu’elle allait continuer à exister » et votre conviction sur le fait que le Paradis n’existe pas (une démonstration solide à fournir ?).
    Ce qui est arrivé à cette petite fille est très moche, quoique banale pour une adolescente de 15 ans (on peut quand même lui souhaiter d’avoir eu la chance de trouver ce qu’elle cherchait). Mais cette tragédie ne doit pas servir de prétexte pour attaquer l’église ou la foi en général.
    Nietzsche a vécu une époque où l’église chrétienne avait un discour différent, un peu plus « stricte », mais même à l’époque la plus sombre du christianisme il n’a jamais été enseigné une haine de la personne. Nietzsche a toujours été un vieux bonhomme avec des propos brutaux, tranchants et sans concession. L’église actuelle enseigne surtout à aimer la vie, les autres, ce passage sur Terre qui est pour les chriétiens une bonne occasion de grandir en eux-même (par les épreuves qu’il n’existe qu’ici-bas par exemple), et également que le suicide est un acte abominable. Elle prétend même que les suicidés n’ont pas acces au Paradis.
    Comme des millions d’ados avant elle (dont moi-même), cette fille avait une vision très sombre de la vie et décida d’y mettre un terme. Mais si elle avait été athée, crois-tu que cela aurait enlevé quelque chose à sa mélancolie et à sa dépression ? Penses-tu que c’est le simple fait de croire au Paradis qui l’ait pousser au suicide ? Je pense que ce n’était pour elle qu’un prétexte, une « raison de plus ». Tous ceux qui croit en une vie meilleur après la mort ne s’y précipite pas ! Tu as fait le rapprochement entre deux choses (foi et suicide) qui n’ont aucun lien !! (tu aurais pu aussi conlure que c’est la faute des « des gens jaloux » si ce drame est arrivé)

  2. Pierrej

    Euh … J’ai pas compris ? Vous allez vous servir d’un suicide pour jeter la pierre aux chrétiens ? QUOI ??? Je veux tout d’abord dire que le christianisme est une religion qui respecte énormément le corps en tant que temple de l’Esprit-Saint. La haine de soi n’est pas chrétienne. Ce qui est dit est plutôt : « Dieu m’aime. Donc je suis une merveille pour Lui. Donc je dois respecter ma vie, mon corps, mon âme, mon coeur. » Et je tiens à souligner que le christianisme exige la mort du vieil homme. Mais ce n’est pas le suicide ! C’est la destruction du péché. Pas de l’âme et du corps. Et la mort du vieil homme est suivie de la naissance de l’homme nouveau. De l’homme vivant. Sur Terre. En ce qui concerne le privilège de l’âme sur le corps, j’explique. Vous avez fait des études de philo, etc. Vous le savez bien mieux que moi. Nous sommes constitués d’un corps et d’une âme. Si la corps ou la sensibilité décident, l’intelligence, la volonté et le coeur profond sont lésés. Et on se met à commettre des actes contre nature. L’âme doit être dominante sur le corps. Nous ne sommes pas des animaux. Le christianisme est la religion de la vie. Pas de la mort. En fait, il ne faut pas confondre chrétiens et cathares. Eux poussent au suicide pour se détacher complètement de leur corps.

    Il faut aimer le monde mais il ne faut pas suivre son esprit. Le monde va t’intoxiquer par des monticules de mensonges. C’est comme un poison. Il va te faire croire que la mort domine sur la vie (regarde ce qui est dit en permanence aux infos !) Il va te faire croire que l’homosexualité est « normale », que l’euthanasie est « normale », … Ce n’est pas normal du tout ! Je ne veux pas du tout juger les homosexuels (les vrais, pas ceux qui s’affichent homosexuels) qui souffrent énormément de leur état, mais l’homosexualité n’est pas du tout normale. La mort est horrible. La preuve de l’intox ? Je relève : « Ce qui est arrivé à cette petite fille est très moche, quoique banale pour une adolescente de 15 ans (on peut quand même lui souhaiter d’avoir eu la chance de trouver ce qu’elle cherchait) ». On nous fait croire que le suicide est BANAL ??? Les médias sont vraiment dangereux …

    Les chrétiens ne se haïssent pas. Ils détestent cependant le péché qui les détournent de l’Amour et est malheureusement ancré en eux à cause du péché originel.

    Bon, j’espère que j’ai été clair.

    Soyez bénis.

    @+

    • François Brunot

      « Nous ne sommes pas des animaux » ?????

      Je crois rêver ! Homo sapiens appartient une famille qui comprend 5 espèces : chimpanzés, orangs-outans, bonobos, gorilles et l’homme. Il est plus qu’évident, au vu de nos caractéristiques physiques et génétiques, que nous sommes des animaux, mais pas n’importe lesquels il est vrai : des grands singes de la famille des hominidés.

      Pour rappel, notre espèce a 300 000 ans et nous sommes les derniers survivants de plusieurs espèces d’hommes aujourd’hui disparues. Ce qui devrait d’ailleurs nous donner à réfléchir un peu sur notre sort.

      Une précision : demander si l’homme descend du singe est aussi incorrect que de demander si le saumon descend du poisson. L’homme ne descend pas du singe : l’homme est un singe (voir la page Wikipédia sur homo sapiens).

      Et enfin l’homosexualité est répandue dans le règne animal. C’est un fait. Ce qui est contre-nature, c’est d’essayer de supprimer le comportement des individus qui l’expriment. Pour le coup, c’est porter atteinte au règne du vivant. Et je doute que l’approche chrétienne, respectueuse du vivant, soit compatible avec une telle conception.
      Condamner l’homosexualité, c’est comme fantasmer sur l’existence d’un être humain imaginaire qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui pensent qu’homo sapiens n’exprime pas, d’un point de vue objectif, un tel comportement. C’est objectivement une erreur d’appréciation et un aveuglement. J’émets l’hypothèse que n’importe quelle approche éthologique le prouvera probablement.

      D’avance, bonne année 2013.

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