La tache aveugle mentale et le « saut de foi »

Une position populaire parmi les croyants avec qui je discute, de même que dans les commentaires reçus sur ce blog, est que l’athéisme est dogmatique, cherchant à tout expliquer par la science et la raison. Une proposition assortie à cette critique est de considérer un certain groupe d’assertions surnaturalistes ou irrationnelles comme étant valides. Une fois examinées avec sincérité, ces assertions apparaîtront comme vraies. C’est le « saut de foi »: assumer que des affirmations qui semblent absurdes sont en fait pleines de sens, de manière à réaliser qu’elles sont réellement pleines de sens.

L’idée que les croyants ont accès à des connaissances privées n’est pas formellement impossible. S’il y a un ou plusieurs êtres suprêmes, il n’est pas exclus qu’ils puissent communiquer à leurs « fans » des réalités inédites. Mais il y a des problèmes. Je vais en soulever deux.

D’abord, il semble que, si j’effectue le « saut de foi » et que j’adopte finalement une attitude critique vis-à-vis de l’ensemble de croyances qui me sont proposées, le croyant serait tout à fait en mesure d’affirmer que je n’ai pas réalisé correctement ou sincèrement le saut de foi. Cela entraîne une impasse dans le dialogue puisque mon interlocuteur juge que si j’avais vraiment « compris », alors j’aurais pu expérimenter toute la vérité de son système de croyance et je serais d’accord avec ce système. Comme je ne suis pas d’accord, alors je ne dois pas avoir « compris ». Je mets des guillemets au mot compris car il ne s’agit pas vraiment de compréhension rationnelle, laquelle éliminerait le besoin de faire un « saut de foi ». On remarque qu’il y a déjà, comme croyance sous-jacente, l’idée que l’on peut atteindre une vérité sans faire usage de la raison, simplement en s’imprégnant de cette vérité inexprimable.

Ce qui me mène à mon second problème avec le « saut de foi ». S’il faut être chrétien pour « comprendre » le christianisme, musulmane pour « comprendre » l’islam, etc, alors je vois un triste avenir pour toute forme de dialogue entre des personnes de religions différentes, et un avenir encore pire pour tout débat entre athée et croyant. Le saut de foi implique qu’il y a une « tache aveugle » dans l’esprit de l’individu ne faisant pas partie du groupe religieux X. Cette faille cognitive m’empêche de saisir toute la vérité de la religion X.  Et c’est là le problème: pratiquement toutes les religions me disent qu’il faut que j’adopte leur système et que, ensuite, je vais « comprendre ». Pour être cohérent, il faut admettre que tout le monde possède une tache aveugle mentale l’empêchant de « comprendre » les croyances de l’autre. Ça tombe vite dans le relativisme le plus plat, et empêche toute discussion argumentée puisque les éléments requis pour échanger font partie des choses que nous ne pouvons comprendre, nous qui ne partageons pas cette « foi » particulière.

Un petit exemple. Supposons Christian, un chrétien, et Muslima, de foi musulmane. Pour véritablement saisir la religion de Muslima, Christian devrait, finalement, faire le saut de foi et se convertir à l’islam. Réciproquement, Muslima (si on se fie à la logique interne de l’argument par le « saut de foi ») devrait être chrétienne pour avoir une appréciation authentique des croyances de Christian. Autrement dit, Christian comprend Christian et Muslima comprend Muslima; la communication est impossible.

Pour l’athée, le « saut de foi » est une nuisance qui freine l’examen critique des religions sur la base que nous ne pouvons simplement pas comprendre, nous, vulgaires infidèles. Pour le croyant, le « saut de foi » rend impossible la communication de sa foi à autrui et relègue la religion au même statut que les traditions et particularités culturelles. Conséquences qui me semble assez indésirables, hormis pour des religions déjà très laïcisées (cathos non-pratiquants, juifs culturels, etc.)

Ah, et bonne année 2012!

 

 

18 Commentaires

  1. Santander

    Ha Ha Ha…
    J’y croye pas.
    Le discours se tient, il a du sens, il nourrit la réflexion
    et voilà que pouf, tout implose, tout s’écroule ou tout devient hélas clair…
    Les seuls interlocuteurs valables sont les cathos non pratiquants et les juifs culturels. Lol, mdr, trop hilarant!
    Bon allez, je vous en veux pas, chacun son fun.
    Et puis, il y a quand même eu Jean Rostand, l’athée qui voulait croire…
    ça fait l’équilibre
    Bien à vous
    Evangelicussanrancunus

  2. Temanu Boissy

    j’ai beaucoup apprécier vos écrits, car j’ai (bien trop) souvent entendu ce genre de propos lors de mes débats avec des chretiens. En tout cas, cet article va me permettre de trouver des pistes pour repondre à ces gens ! Merci beaucoup…

  3. domnin

    Deux remarques:
    1) Le constat de l’irrationnel est absolument rationnel. Je veux dire que l’être humain est à la fois rationnel et irrationnel, parfois plus, parfois moins, parfois l’un après l’autre, parfois les deux ensembles. Nous sommes faits comme cela, c’est un constat, qu’il est vain de nier et qu’il au contraire parfaitement rationnel d’accepter. Notre irrationnel peut (en toute première approximation) ressembler à l’inconscient, que l’on sait être beaucoup plus vaste que le conscient rationnel. Dés lors, pourquoi n’accepter que la rationalité, et refuser la moindre parcelle de savoir à l’immensité irrationelle qui est en nous? Pour ma part je n’en vois pas la raison, et je trouve extrèmement irrationnel de réserver la vérité au rationnel.
    2) C’est précisément cela que les croyants pensent que les athées n’ont pas compris. La foi en Dieu se trouve au coeur de l’homme. La croyance est une émotion, un sentiment, un besoin, un choix, un mystère. Elle plonge ses racines au plus profond de notre irrationalité. Dieu ne se prouve pas, ni ne se déprouve. L’idée de Dieu n’est pas rationnelle. En revanche sa présence est massive au sein de notre humanité, partout sur la planète, dans toutes les civilisations, depuis que nous sommes sapiens. Cette quasi-unanimité étonnante mais incontournable nous montre que l’idée de Dieu est constitutive de notre nature humaine. Des milliards d’êtres humains, de tous temps, ont trouvé l’idée de Dieu au fond de leur coeur. Mais cela, les athées ne le comprennent pas car ils n’écoutent que leur raison. Ils se sont volontairement amputés de leur coté irrationnel, qui est pourtant la part la plus importante de chacun d’entre nous. C’est pour cela que l’athéisme restera toujours marginal.
    Cordialement,
    Domnin Courbons

    • Sylvain

      Domnin, A mon tour je me permets deux remarques quant à votre message :
      Premièrement, votre « 1) » ressemble à une jolie soupe de « rationnel / irrationnel » qui n’est pas très digeste. J’aurais plaisir à vous lire à travers des écrits plus clairs dans l’avenir.
      En tant que déïste, vous semblez commettre une confusion qui me chatouille un peu, même si elle commise par beaucoup de croyants (mais dans leur cas cela semble normal) mais encore plus par des athées qui ne doivent absolument pas faire cette faute !!
      Tu écris que « La foi en Dieu se trouve au coeur de l’homme » ce qui est vrai et incontestable. Mais tu poursuis avec « L’idée de Dieu n’est pas rationnelle » ce qui de mon humble avis est faux. Tu confond donc ici « la foi » et « l’idée de l’existance d’un dieu » ce qui pour un déïste est bien différent ! La foi pour moi est bien une affaire d’homme, de sentiment, de chose admise sans raison ni critique, abondant de soi-même à un dogme, de hiérachie humaine appellée église, etc. « L’idée d’un Dieu » ou l’idée qu’un dieu puisse exister, en revanche, n’est pas irrationnel même si on est pas non-plus dans une science expérimentale où tout se démontre par A+B. Je pense que l’on peut construire une conviction personnelle (et l’a transformée en argumentation solide et convainquante, comme le font beaucoup de scientifiques) en l’existance d’un dieu par une étude des sciences et des philosophies, soit en ne se reccrochant qu’à la raison et la logique. Mais si je devais avoir « la foi » un jour, il faudrait alors que je fasse beaucoup de concession concernant de nouvelles « vérités » et que j’abandonne ma logique.

      (Merci à tous les athées de bien considérer que Dieu n’est pas seulement une affaire de foi et de religion, que vous prenez beaucoup de plaisir à railler, mais aussi une affaire de savoir et d’argumentation logique)

      • domnin

        @ Sylain: tu as raison…
        1) En effet mon point 1) était indigeste. Il se résume à sa 1ère phrase: « Le constat de l’irrationnel est absolument rationnel ». Le reste cherchait juste à réhabiliter l’irrationnel humain.

        2) C’est vrai que j’ai assimilé « foi » et « idée de Dieu ». J’ai eu tort, mais pour moi elles ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. L’idée de Dieu est la plus importante des deux, c’est elle qu’on trouve en premier lieu dans son coeur, avant les livres. C’est une idée irrationnelle parce que l’existence de Dieu est impossible à trancher par la raison. Choisir Son existence est une foi, choisir l’inexistence en est une autre. Pour ma part, j’ai choisi l’existence de Dieu parce que j’en ai trouvée l’idée dans mon coeur. Peut-être en suis-je l’inventeur? On dit bien que celui qui trouve un trésor est son « inventeur », justement l’idée de Dieu me semble un des plus fabuleux trésor de notre humanité…

        3) « Avoir une foi » ne signifie pas croire « sans raison ni critique » comme tu le dis. Je pense que l’être humain est intelligent et pragmatique, il a toujours des raisons pour croire ce qu’il croit. Si toutes ces raisons disparaissaient, il changerait d’avis… Pour ma part, en complément de mon choix de l’existence de Dieu, j’ai fait un second choix qui est celui de la foi catholique. Avec raisons et critiques. Parce que cette croyance est celle que je connais le mieux. Parce que la pensée chrétienne possède une connaissance abyssale de l’être humain. Parce que je veux profiter de la sagesse accumulée des penseurs chrétiens qui construisent depuis 2000 ans. Les critiques iraient surtout à l’Institution (on a toujours besoin de critiquer ses prochains) mais elles ne sont pas du tout suffisantes pour me faire changer d’avis.
        Cordialement

  4. PierreJ

    Je crois que moi aussi je vais rire. En fait, qui t’a dit que tu devais te convertir pour comprendre le message d’une religion ??? Il suffit de prendre le bouquin de référence et de le décortiquer … Du genre, si tu veux comprendre le christianisme, tu prends la Bible. Si tu veux comprendre l’islam, tu prends le Coran. En fait, je ne me suis pas converti à l’athéisme, et je comprends tout à fait les athées. Le seul petit problème, c’est qu’ils n’ont pas de livre de base, donc… chacun construit son athéisme. Et c’est le problème des athées : ils essaient tellement de se rattacher à leur religion qu’ils en deviennent incohérents. Genre : ils essaient de trouver des prétextes bidons pour dénigrer des religions qui ont un vrai fondement. Je ne vois pas ce qui empêchent la compréhension, m’enfin … Si tu veux comprendre le catholicisme, c’est simple : aime en vérité. Tu as l’exemple parfait : Jésus. De toute façon, étant donné le nombre de fois où l’on parle de vérité dans le Nouveau Testament et de choses cachées qui vont être révélées, que l’on ne peut pas prétendre que des secrets sont réservés aux « fans ». Ah si : un secret. Dieu t’aime. Mais bon, tant que tu ne consens pas à lui dire oui, comme à n’importe qui d’autre, tu ne sauras pas qu’il t’aime vraiment. Si tu veux vraiment le comprendre (même si le christianisme ne se comprend qu’avec le coeur), prend la personne qui t’aime le plus dans ta vie, multiplie par +l’infini, et tu auras l’Amour de Dieu. Mais bon, personne ne le comprend. Cependant, les chrétiens le vivent.

    • libresansdieu

      L’idée que l’on doit croire pour comprendre, que la foi précède la connaissance de Dieu, est une des doctrines importantes dans plusieurs variantes du christianisme. Vous pouvez rire, c’est pas moi qui le dit!

      • Sylvain

        Bien répondu ! Pour avoir de nombreux amis chrétiens, je sais qu’il faut se laisser (au moins un peu) imprégner par Dieu (ou faire naitre l’idée sincère et profonde que Dieu et avec nous) pour comprendre quelque chose à ce micmac que sont le Saint Esprit, l’amour infini, le pardon, la grâce, le besoin visceral de chanter pour remercier Dieu, etc.
        Mais l’homme est fait ainsi, il ignore absolument ce qu’il n’a jamais expérimenté lui-même (ou appris par défaut). Si vous croisez quelqu’un qui a un coeur de pierre, qui n’a jamais aimé qui-que-ce-soit ni été amoureux, asseyez donc de lui expliquer que l’amour c’est super, que la vie à deux apporte quantité de choses, qu’être mariés et avoir des enfants c’est votre rêve… Il va vous regarder comme un athée de base regarderait un chrétien s’agenouiller devant une croix.
        Cela ne veux pas dire pour autant que les chrétiens détiennent des « secrets » ! Quels secrets auraient-il que les athées ne puissent découvrir ??! Les croyants n’ont pas de secrets puisque leur foi ne repose sur presque rien de tangible (à par un livre écrit il y fort longtemps par quelques inconnus). Il aime simplement Dieu, ou plutôt il aime croire en Dieu, et un athée ne peut pas comprendre cela.

      • sergiuspneumusSantander

        Bonjour libre sans Dieu,
        tu as tout à fait raison, tu n’es pas loin de la vérité…
        D’ailleurs c’est pour cela que je dois connecter mon ordinateur à Internet afin de pouvoir te répondre.
        affection chrétienne à un athée sympathique
        Evangelicosansrancunos

  5. pierrej

    D’accord, si tu veux, on t’a dit qu’il faut croire pour comprendre. Le christianisme, en long, en large et en travers, c’est la religion de l’Amour. Sous tous ses aspects : le désir (Eros), la charité (Agapê) et l’amitié (Philia). Crois-tu en l’Amour ? Si tu as un vrai ami : quelqu’un que tu n’aimes pas par intérêt, si tu as une femme, … enfin : si tu as fait une vraie expérience de l’Amour (et pas QUE du désir sensuel, ou du désir de possession …), alors c’est bon. Tu crois. Maintenant, tu peux comprendre. Enfin bon, après, il y a tous les mystères : de la lumière que les ténèbres ne peuvent comprendre. Pour rentrer dans ces mystères, eh bien même les chrétiens ne connaissent pas la porte d’entrée … Si tu veux en savoir plus, pour rentrer dans les mystères, une des meilleurs pistes est de redevenir un enfant. En clair : être simple, tout donner et même se donner à ses frères, aimer en toutes circonstances, être joyeux (même heureux !), toujours dire merci … Je ne vais pas t’expliquer ce qu’est un enfant …🙂 Si tu veux de supers livres (des témoignages chrétiens réellement vécus, pour comprendre un peu plus de la foi, je te conseille « L’Avenue de la louange » de Don Gossett, « Mon Amie la Bible » de John Sherill, et, le nec plus ultra : « Le Courage d’avoir peur ». Tu peux trouver des tonnes de témoignages. Enfin, des trucs terribles, qui te redonnent la pêche.😉 Bon, après, tu n’es pas obligé de dépenser tout ton temps et ton argent dans de la littérature spi …😄

    Pour répondre à M. Sylvain, une personne du genre « coeur de pierre », qui hait tout le monde, ça n’existe pas. C’est plutôt quelqu’un qui a énormément souffert de n’avoir pas été aimé et qui se forge sa carapace de misanthrope. Je connais trois personnes : un ancien drogué (LSD/haschich), un ex-voleur de chevaux et un ancien braqueur de banque qui ont été convertis et sont devenus prêtres. JE SUIS SERIEUX !!! Alors ne me faites pas croire que vous n’avez jamais aimé. Vous vous êtes juste enfoui sous des raisonnements archi-compliqués, à la limite de la torture mentale, et vous avez perdu votre simplicité d’enfant, votre si grand amour.
    M. Sylvain, si tu lis « Le Courage d’avoir peur » que j’ai évoqué ci-dessus, tu comprendras (si tu t’y mets un peu au moins) « le mic-mac » que tu as évoqué.

    Au fait, veuillez excuser mon style pas très académique😀

  6. berlherm

    Avant de croire, de penser, à quoi que ce soit il faut s’assurer qu’on est libre de croire, de penser. Le libre arbitre n’existe pas. C’est une impossibilité technique. L’univers ne peut faire de mécanismes allant à l’encontre de ses propres mécanismes.
    La prière est de la télépathie. Les croyants revendiquent (la plupart), le libre arbitre, mais pas la télépathie. Pourquoi la justice ne sanctionne-t-elle pas la télépathie, de la même façon que la responsabilité induite par le soi-disant libre arbitre? (je ne sais pas si tout ça est clair…)

    • domnin

      Pourquoi faudrait-il obligatoirement être libre pour penser? De toute façon le libre arbitre humain existe. Il n’est pas absolu, certes, mais il existe sans conteste, puisque j’aurai pu dire l’inverse.

  7. berlherm

    Le monde se décrit, et pour le décrire nous avons tous des capteurs et des systèmes d’analyse qui se ressemblent, mais ne sont pas identiques, dans chacun de nos corps. Les scientifiques décrivent le monde, et pour avancer ils font des hypothèses, des théories, qu’ils défendent par des arguments. Quand il est démontré que les arguments sont foireux, les scientifiques passent à d’autres hypothèses, d’autres théories.

    La création est une théorie non validée, totalement invalidable.puisque personne ne peut imaginer ce qu’est la création, ni ce qu’est un créateur. Personne n’a vu la création se faire, mais tout le monde peut voir l’évolution en oeuvre. Dire que peut-être il y a un dieu n’est pas équivalent à surement il y a un dieu. Les croyants construisent pourtant avec certitude des maisons pour leurs dieux supposés. Comme si nous devions construire des écuries à licorne pour de supposées licornes!

    Quand un État nous force à payer des impôts pour une religion, il nous demande de participer à la construction d’écuries à licorne.

    • domnin

      Dieu existe puisque nous sommes en train d’en parler. Il existe infiniment plus que les licornes, que toi ou que moi parce qu’il y a infiniment plus de gens qui parlent de Lui que des licornes, de toi ou de moi.

  8. François Brunot

    A Berlherm,

    Si les licornes étaient des concepts surnaturels efficaces, homo sapiens aurait remplacé le Christ par des licornes. Or, ça n’est pas le cas. Pourquoi ?

    Pourquoi est-ce qu’un agent intentionnel surnaturel comme le Christ est aussi efficace ? Pourquoi le fait de créer inconsciemment cet agent intentionnel, cet être imaginaire qui est donc au niveau psychologique une « personne », provoque t’il des effets physiologiques comme des sensations de bien-être ou d’apaisement ?
    Quels sont les neurones, systèmes de neurones, assemblées de neurones ou, de manière plus abstraite, les systèmes mentaux impliqués dans ce mécanisme ?
    Ça fait beaucoup de questions. Les approches scientifiques apportant des pistes de réflexions sont aujourd’hui du côté, entre autres, de la psychologie et de l’anthropologie (Pascal Boyer notamment, « Et l’homme créa les dieux »). J’espère qu’un jour les neurosciences pourront expliciter le traitement, par nos systèmes nerveux centraux , des stimuli internes et externes qui permettent la formation d’images mentales, du dialogue intérieur, etc. Je pense que dans 100 ans maximum ça sera fait.

    Ceci ne retirera rien à la pratique religieuse. La science explique comment le graphite des mines de crayons peut se déposer sur du papier et l’art du dessin n’a pas disparu pour autant.
    C’est pourquoi je pense que l’explication rationnelle des croyances ne menace en rien la religion mais pourrait même au contraire rendre le débat entre tenants et opposants plus calme et plus objectif.

    Questions à tous les lecteurs(trices) du blog : existe-t-il des approches scientifiques des croyances semblables ou proches de celle de Pascal Boyer, s’il vous plaît ? Merci.

    Bonne nouvelle année 2013.

  9. berlherm

    Il y a du mérite à se conduire bien sans espérer quoi que ce soit, et aucun à se conduire bien en espérant une récompense formidable, le paradis. Une signature obtenue avec un pistolet sur la tempe n’a aucune valeur. Signer pour le paradis avec l’enfer sur la tempe n’a aucune valeur.

    Le libre arbitre n’existe pas puisque l’univers ne peut faire de mécanismes allant à l’encontre de ses propres mécanismes. Sans libre arbitre, tous nos discours ne sont que blablas et chacun peut éventuellement comprendre l’inanité de la croyance en quoi que ce soit.

  10. domnin

    Le libre arbitre est à échelle humaine, pas besoin d’y mettre tout l’univers. Le libre arbitre existe puisque, ad minima, je peux choisir de marcher à droite ou à gauche de la route. Le libre arbitre est limité puisque, ad minima, je ne peux pas voler vers le sommet de cette montagne. Les croyances sont indispensables puisque nos connaissances ne peuvent pas dépasser l’échelle humaine qui reste infiniment limitée. Perso, j’ai décidé de croire au Christ. Et je n’ai vraiment pas besoin d’enfer sur ma tempe pour avoir envie de paradis. Cordialement.

  11. François Brunot

    1 . Au sujet du libre-arbitre, de la volonté, tout dépend vraiment des critères subjectifs de « vérité » utilisés pour approcher le « réel ».

    Une approche scientifique du « réel », béhavoriste, éthologique, comportementaliste, de tradition philosophique réaliste, matérialiste post-cartésienne ou positiviste, pourra se passer du libre-arbitre ou de la volonté comme conditionnant l’action humaine. L’individu de l’espèce homo sapiens est considéré comme traitant des stimuli, internes ou externes, et adoptant des comportements en réponse. Nul besoin de volonté ou de libre-arbitre dans cette approche pour expliquer l’action humaine.
    Dans cette approche, nous avons l’illusion de prendre des décisions. Nous sommes les observateurs conscients de sensations mentales ou corporelles que nous nommons « libre-arbitre » ou « décision », l’initiation de nos actions relevant de processus physiologiques non conscients (voir les cours du Dr Stanislas Dehaene sur le site du collège de France).

    Une approche théologique du « réel », ou de tradition philosophique cartésienne par exemple, pourra affirmer pour sa part que l’action humaine est conditionnée en grande partie par la volonté, la décision et le libre-arbitre.
    Domnin s’inscrit dans cette approche : « Le libre arbitre existe puisque, ad minima, je peux choisir de marcher à droite ou à gauche de la route ».

    2 . Concernant maintenant le rapport à l’affirmation de l’existence d’un dieu, ancêtre, esprit ou même de la lune, tout est là encore une affaire de positionnement philosophique vis-à-vis du « réel ».

    L’approche scientifique du réel, indispensable à l’élaboration d’hypothèses et de théories (gravité, évolution, etc), et au progrès des techniques, nécessite la croyance en l’existence d’objets, dans un monde extérieur à l’observateur, et indépendamment de toute croyance, opinion et représentation de l’observateur (John Searle). La lune est ainsi considérée, dans la méthode scientifique, comme un objet existant séparément de l’observateur, en ignorant toute croyance préalable de l’observateur sur l’existence de la lune.
    Il est paradoxal néanmoins de réaliser que la croyance est nécessaire à l’affirmation « La lune existe ». A la suite de Platon on peut en effet affirmer que la connaissance est une croyance vraie et justifiée. La connaissance « La lune existe » exige donc au préalable de croire en l’existence de la lune. Puis des critères arbitraires, tels que des énoncées appelés « preuves », sont appliqués pour faire de cette croyance une croyance vraie et justifiée, donc une connaissance, un savoir.
    C’est une évidence mais j’ai découvert sur le tard que l’école française avait fait de moi un croyant et un adepte du réalisme et du matérialisme à mon insu. On m’a dit que la lune est un satellite de la terre : fort bien ! Mais qu’entend t’on par « lune » exactement ? Voilà la question.
    Berlherm, par exemple, exploite une approche réaliste ou matérialiste du « réel », compatible avec la méthode scientifique.

    L’approche constructiviste pour sa part considère que toute connaissance est élaborée et conçue par l’homme. Elle est compatible avec l’empirisme qui affirme qu’il n’existe rien « a priori ». Elle est compatible avec toute approche qui affirme que l’existence d’une chose ne peut être affirmée que par un traitement subjectif (entendement pour E. Kant). La théologie peut exploiter cette approche du réel.
    L’affirmation de l’existence d’un être dit « surnaturel’ ne nécessite alors qu’un traitement, ou qu’une validation, subjective. L’individu peut donc affirmer l’existence d’un être à partir de la connaissance qu’il a de ses « effets » (Saint-Thomas d’Aquin).

    3 . Enfin il existe, je pense, des critères d’efficacité à exploiter telle ou telle approche.

    L’approche constructiviste ne me semble pas adaptée à la méthode scientifique : elle est, dans ce cadre, contre-productive. Il faut admettre l’existence d’objets considérés comme « réels » pour découvrir des lois naturelles.

    De même, pour tirer le maximum de la théologie et de ses conséquences physiologiques (sensations, émotions, intuitions, etc), il me semble nécessaire d’adopter d’autres approches sur le réel : constructivisme, empirisme, etc. D’autres approches pourraient se révéler contre-productives.

    PS : tout jugement de « vrai » ou de « faux » ne peut se faire que relativement à l’emploi d’une approche philosophique sur le « réel ». D’un point de vue « réaliste », il est « faux » d’affirmer l’existence a priori d’un être surnaturel comme Dieu. De même, d’un point de vue « empirique », il est « faux » d’affirmer l’existence a priori de la lune.

    Commentaires bienvenus.

    Soyez heureu(ses)x.

    François BRUNOT.

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