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L’argument par la nécessité d’une morale religieuse

L’argument pro-religion le plus populaire actuellement va comme suit:

  1. Tous les peuples ont un fondement spirituel, une base de croyances, qui sert de base pour leur société.
  2. Appelons ce fondement une « religion ».
  3. La religion est donc nécessaire.
  4. Les humains doivent donc tous avoir une religion.
  5. Les humains qui n’ont pas de religion ne connectent pas avec le fondement spirituel de leur société.
  6. Ah et religion veut dire « relier »! 🙂
  7. La société individualiste est causée par un rejet des valeurs religieuses.
  8. Il faut donc retourner à la pratique religieuse.

Cet argument se retrouve déjà chez Locke, qui souhaite exclure les athées puisque, n’ayant pas de base morale, ne peuvent être considérés comme fiables. Au Québec, la thèse de Locke a probablement influencé l’ignoble serment du test. On trouve une itération contemporaine de l’argument chez Taylor, chez Grondin ainsi que chez plusieurs de nos sophistes (éditorialistes, pardon). En fait, c’est l’argument de n’importe quel mononc’ ou matante qui se plaint que la société « n’a pu d’allure » parce que « ya pu d’valeurs ». Argument qui est souvent énoncé, avouons-le, par des athées qui sont dans le placard, ou des athées qui souhaitent que le reste de la société adopte une religion – eux étant supérieurs et n’ayant pas besoin de cette béquille morale.

Réponse de Platon

Plusieurs siècles avant Jésus, un certain Platon avait déjà expliqué (et réfuté) une version de l’argument, remplaçant l’arbitraire des dieux par un principe rationnel de moralité. Dans l’Euthyphron, Platon fait formuler par Socrate un dilemme:

  • Soit la morale dépend des préférences des dieux et est donc arbitraire.
  • Soit les préférences des dieux dépendent d’un principe de morale qui leur est supérieur.

Socrate ne formule pas directement son opinion, mais on comprend qu’il opte pour la seconde voie, et qu’il nous encourage à employer notre âme rationnelle pour découvrir ce qu’est le bien. Cela revient à court-circuiter les dieux, intermédiaires maintenant inutiles, sinon que pour un rôle de promotion de valeurs morales qui sont intrinsèquement bonnes.

C’est justement un problème pour Socrate, puisque les dieux grec sont loin d’être des modèles de vertu. Il faudrait donc retirer aux dieux leurs défauts et, finalement, l’ensemble de leurs attributs anthropomorphiques, afin qu’ils soient réellement des modèles dignes de louange. Autrement dit, Socrate, dans l’Euthyphron, fait vraiment une critique rationnelle de la religion. C’est sur la base de la raison, et non de la religion, que le citoyen doit comprendre comment il doit agir. Par extension: sur la même base rationnelle doit-on fonder l’organisation d’Athènes.

Le plus beau dans tout ça est que nous n’avons vraiment pas de raisons de croire que Platon ou Socrate étaient athées. Par ailleurs, Euthyphron ayant la réputation d’être un extrémiste religieux, on peut croire que Platon a soigneusement choisi cet interlocuteur pour son dialogue afin de pouvoir critiquer la morale religieuse sans critiquer la religion en tant que telle (je me fie ici à Beversluis, Cross-Examining Socrates). Ce qui est critiqué dans l’Euthyphron, c’est la croyance en un fondement religieux (nécessairement religieux) pour la société.

(Je présenterai ma propre réponse dans un autre billet…)

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L’anti-avortement, recouvert d’une couche intello

Une lectrice a répondu à un ancien billet sur les « organismes » anti-avortement par un texte longuet auquel il vaut la peine de répondre.

Le commentaire peut être lu ici dans son intégralité et dans le contexte.

On y retrouve avant tout l’habituelle panoplie d’ad hominem:

  • « De toutes évidences, vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez. » Ne pas être d’accord = être ignorant;
  • « Je ne nie pas vos bonnes intentions, je les aies partagées pendant longtemps. » Je pensais comme vous avant, mais j’ai vu la lumière;
  • Même chose, mais avec psychanalyse à rabais:  « J’ai été alimentée par la même hargne que vous pendant plusieurs années. La haine du monde finit par se transformer par la haine des autres, et la haine des autres, par la haine de soi. »
  • On m’accuse même d’avoir une vision matérialiste ET post-moderne. Les deux en même temps, rien de moins: « Votre discours montre que vous ne connaissez pas l’objet dont vous parler autrement qu’à travers le spectre idéologique matérialiste/postmoderne. » (tiens, on croirait lire Paul Gosselin… j’y reviendrai).

C’est l’essentiel du message, finalement: m’insulter avec une violente condescendance, m’attribuer des idées et, finalement, répéter la thèse anti-choix en boucle et à la virgule près.

L’auteure est-elle consciente qu’elle répète la thèse anti-choix comme un perroquet?

D’ailleurs, quelle est cette thèse? La même chose que d’habitude. Discours contre la contraception (pas efficace!), contre l’avortement, allusion au stress post-traumatique comme justification du mouvement anti-choix. On nous répète à quel points les nones sont hyper-sympas (qui a dit le contraire?) comme si cela justifiait leurs pratiques (ça ne les justifie pas).

Un seul passage du commentaire me laisse songeur:

L’autonomie n’est pas la valeur sur laquelle je fonde ma vision du monde. Si tel était le cas, je serais beaucoup plus « à droite ». Le discours « pro-vie » traditionnel ne soutient pas que la femme doit avoir des enfants. Le discours « pro-vie » soutient qu’il est de notre devoir de protéger la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle.

C’est intense. Elle affirme d’abord que l’autonomie de la femme n’est pas si importante et qu’elle n’est pas obligée d’avoir des enfants (c’est possiblement la seule allusion directe à ma réponse précédente). Faisons 2+2: la maternité n’est pas obligatoire, mais on oublie la contraception et l’avortement. Reste le célibat. L’auteure du commentaire enchaîne en disant que la vie doit être protégée dès la conception. La « vie » d’un tube neural prime sur l’autonomie de la mère, semble-t-il, et je crois que cela suffit pour associer cette lectrice aux autres religieux qui viennent déverser leur fiel sur ce blog. La différence est l’enrobage intello, mais en quoi cela change-t-il de, disons, Paul Gosselin?

Justement. L’auteure du commentaire a également un blog, sur lequel elle a récemment publié un billet (pro-vie, on s’en doute) qui cite nul autre que le créationniste Paul Gosselin. Si on se base sur les écrits de Gosselin pour comprendre ce qu’est la postmodernité, il n’est guerre étonnant de lire des absurdités telles que « spectre idéologique matérialiste/postmoderne. » (Note: ce ne sont pas des synonymes).

Paul Gosselin, peut-être sans le réaliser, propose un christianisme tout à fait postermoderne tout en prétendant critiquer la postmodernité. Il n’hésitera pas à tomber dans un relativisme primaire si cela peut le sortir (en apparence du moins) de l’embarras. Cette histoire de paille et de poutre, les chrétiens gagneraient à bien la comprendre et l’appliquer dans leur vie.

Markuze / Mabus: diagnostic et traitement

Lu sur le blog de la fondation Randi: L’évaluation de Dennis Markuze à l’institut Pinel est terminée. Bonne nouvelle: non, Markuze n’est pas un dangereux psychopathe, mais aurait des problèmes de santé mentale, lesquels auraient été aggravés par l’abus d’alcool et de drogues.

Markuze, alias « Mabus », est maintenant en centre de désintoxication pour son problème d’abus de substance et ne retournera donc pas devant le juge avant le 2 décembre.

Lire aussi: Mabus passe devant le juge.

Salman Rushdie contre trois Batman (batmen?)

Avant de poursuivre avec d’autres extraits des Versets Sataniques, nous vous présentons un merveilleux film: International Gorillay (parfois vu sous le nom de International Guerilla).

Ce film pakistanais met en scène un personnage censé représenter Salman Rushdie et qui prend plaisir à torturer des musulmans. Trois guerriers (parfois habillés en Batman) décident donc de l’éliminer.

Un reportage sur la sortie du film:

Et un numéro musical tiré du film. Le tout se déroule dans une discothèque. Superbe!

L’abbé Gravel critique « Heureux sans Dieu »

L’abbé Raymond Gravel* signe dans un petit hebdo local une critique de l’ouvrage collectif Heureux sans Dieu dont nous vous parlions dernièrement.

Gravel n’a pas aimé, mais là pas du tout. Il déplore surtout que le niveau intellectuel est très faible. Sa critique semble se résumer à dire que l’ouvrage n’est pas du calibre qu’il espérait. Pas assez fouillé, trop dans l’anecdote. Gravel souhaite l’arrivée d’un athéisme plus « mûri » par la réflexion. Nous saluons l’admission qu’il peut y avoir un travail intellectuel bien fait du côté des athées – ça tombe bien puisque de nombreux auteurs athées font de l’excellent travail en philosophie et en théologie.

Mais qu’en est-il du livre, Gravel a-t-il raison d’être aussi sévère dans sa critique?

Sans savoir lu Heureux sans Dieu en entier, nous en avons parcouru quelques pages. La critique de Gravel est fondée… dans la mesure où on s’attend à un ouvrage hautement intellectuel. Mais le livre se veut un recueil d’expériences personnelles, pas une dissertation sur la possibilité de prouver ou non l’existence (ou l’inexistence) de Dieu. Des personnalités connues discutent autour du thème du bonheur et de l’irréligion. C’est ce que Gravel n’aime pas, mais c’est justement la formule du livre! On ne va quand même pas critiquer Picasso pour avoir fait du Picasso.

Ceux et celles intéressés par une telle dissertation philosophique de haut niveau sont probablement déjà plongés dans la Critique de la Raison Pure de Kant. Soit. C’est une excellente lecture. Ça ne veut pas dire que Heureux sans Dieu est sans valeur, mais seulement que Gravel y cherche quelque chose qui ne s’y trouve pas (quoi, on se le demande). Ce n’est pas une faute de la part des éditeurs Daniel Baril et Normand Baillargeon, mais plutôt un choix éditorial.

*On raconte que l’abbé Gravel, qui a tenté sa chance en politique, a dû abandonner car le Vatican ne l’a pas autorisé à être en curé au moment de l’élection.

Le fond raciste des créationnistes

Plusieurs créationnistes de la terre jeune croient que les variantes dans la pigmentation de la peau chez l’humain découlent de « races », lesquelles ont été créées par l’action divine. Chez Anwers in Genesis, notamment, on affirme sans rigoler qu’il existe trois types raciaux découlant des trois fils de Noé: Sem, Cham et Japhet.

Sem aurait engendré les peuples sémitiques ainsi que caucasiens. Cham (Ham dans d’autres traductions), les Noirs, et Japhet les Asiatiques. La Bible nous dit que Cham, ayant vu la nudité de son père, fut puni. Ses descendants seront toujours dominés par les deux autres « races ». Et une justification raciste pour l’esclavage, une! Avant qu’on nous accuse de citer hors-contexte, allons voir le passage en entier:

Gn 9:22- Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et avertit ses deux frères au-dehors.
Gn 9:23- Mais Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leur épaule et, marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père; leurs visages étaient tournés en arrière et ils ne virent pas la nudité de leur père.
Gn 9:24- Lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce qui lui avait fait son fils le plus jeune.
Gn 9:25- Et il dit : Maudit soit Canaan ! Qu’il soit pour ses frères le dernier des esclaves !
Gn 9:26- Il dit aussi : Béni soit Yahvé, le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave !
Gn 9:27- Que Dieu mette Japhet au large, qu’il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave !

C’est dans la Bible, ça doit être vrai. Mouarf. Encore sceptiques? Regardez cette photo prise au musée créationniste de Answers in Genesis:

Magnifique! Leur illustration inclut même le mot Negro (nègre), avec une flèche sortant de l’Arche de Noé. Ce qui confirme que  les zozos de chez Answers in Genesis croient qu’il existe de véritables races humaines; ils ouvrent grand la porte au racisme.