Catégorie: déconversion

Les modérés

Je ne sais pas trop quoi penser des chrétiens que je qualifie de « post-chrétiens », i.e. ceux et celles qui rejettent une interprétation littéraliste, ne veulent pas imposer leur religion, ne sont ni sexistes ni homophobes, etc.

C’est une surprise pour moi. J’ai grandi dans un milieu plutôt fondamentaliste. C’est des années plus tard que je découvre qu’il existe toute une herméneutique (que je qualifie affectueusement de la « thèse du Jésus hippie ») selon laquelle les littéralistes ont tort, la Bible n’est pas la parole de Dieu, l’homosexualité c’est cool, Dieu est amour, etc.

Non mais, les post-chrétiens, vous étiez où quand j’avais 15 ans et que je commençais à développer une vision critique du christianisme? Probablement en train de se poser les mêmes questions que moi – mais vous êtes arrivés à des conclusions différentes. Que s’est-il passé de différent?

Et c’est là le cœur de ce que je n’arrive pas à comprendre. Vous avez amorcé une démarche critique et avez conclu que le christianisme c’est quand même cool?

Ça demande de gros efforts pour y arriver, j’en suis persuadé.

Le post-christianisme est une discipline intellectuelle de haute voltige qui exige de réinterpréter une bonne partie des doctrines chrétiennes afin de les rétro-ajuster à sa guise, le tout en faisant généralement allusion à d’obscurs « contextes historiques » dont très peu d’historiens semblent attester.

C’est, pour être honnête, ni plus ni moins que de la religion cafétéria, on prend ce qui nous arrange. Pourquoi se tourner vers cette interprétation de la Bible quand il en existe d’autres qui me semblent tout aussi crédibles mais qui distillent la haine? Parce que ça parait mieux. L’autre possibilité serait d’admette que c’est le christianisme qui est vicié, à la base, et qu’à force de trier ce qu’on jette et ce qu’on garde ça devient du sur-mesure, ce qui va à l’encontre du concept même de religion.

Rendu à ce point, pourquoi ne pas poursuivre la démarche, juste un petit pas de plus vers la cohérence? Vous êtes presque athée. Assumez.

Ces pasteurs qui ne croient pas

Dan Dennett a publié un article plus tôt cette année. Une petite étude de cas (N=5) avec un sujet inusité: les pasteurs qui sont secrètement athées. Dennett est athée, et ce n’est pas vraiment un secret. Sa collaboratrice Linda LaScola, qui a co-écrit l’article avec lui, est également athée. Ils ont quand même une fascination pour le phénomène religieux ainsi que leurs entrées, fascination qui a motivé cette étude.

Les participants, représentant différentes expressions de foi, ont été trouvés via un organisme (le Center for Progressive Christianity) qu’on pourrait qualifier de centre pour chrétiens modérés. D’autres ont été référés par Dan Barker, lui-même un ancien pasteur devenu athée.

Parmi les cinq pasteurs, trois étaient disons agnostiques, ou du moins le plus loin qu’on puisse être sur le spectre des convictions pour ne pas être considéré comme carrément incroyant. Deux étaient plus ou moins athées.

Les témoignages sont touchants, un peu pathétiques par contre. La dissonance cognitive est palpable. Quand on en est à parler de Dieu comme d’un « mot », un « poème écrit par les humains », c’est qu’on est athée. Le reste, c’est du déni.

L’article parle de la formation des pasteurs et des contradictions qu’il y rencontrent avant même d’avoir rédigé un seul sermon. S’il s’agit d’une formation universitaire (pas des séminaires bidons) on peut s’attendre à ce que le futur pasteur croise des conceptions philosophiques qui jurent avec sa vision du christianisme. Il va bien y avoir des cours d’histoire ou d’archéologie. Et le constat inévitable que la Bible contient nécessairement du contenu mythologique. On peut se demander s’il est possible de savoir tout ça et d’être un fondamentaliste. Probablement pas.

Le doute a quand même un prix. Être pasteur peut être assez lucratif. C’est un emploi qui a l’air, au fond, assez cool. Quitter tout ça en raisons de questionnements existentiels, quand on a l’hypothèque à payer et des enfants à envoyer à l’école, ce n’est pas nécessairement une bonne idée. L’article compare même le sort de ces pasteurs à celui des homosexuels dans le placard.

Ainsi un pasteur va exprimer une critique en disant que c’est « son oncle athée » qui lui a dit telle ou telle chose, sachant très bien que son interlocuteur est conscient qu’il s’agit en fait de sa propre opinion. Ou il y a toujours l’humour… des doutes exprimés sur le ton de la blague. Toujours possible ensuite de s’en tirer en disant que c’était du second degré.

Source: Dennett & LaScola, Preachers who are not Believers. Evolutionary Psychology, 2010. [PDF]

« Suis-je en train de devenir athée? »

Sur les forums du Top Chrétien, une intervenante se pose une question importante:

Suis-je en train de devenir athée?

Au lieu de grandir dans la foi, c’est l’inverse qui se produit. Je pers mes convictions au fur et à mesure, et je ne sais plus trop à quoi me raccrocher.

J’ai fréquenté une « église »pendant quelques temps, pour me rendre compte maintenant, longtemps après l’avoir quittée, qu’elle est engagée dans des dérives sectaires graves, heureusement pas du tout représentatives du mouvement dans lequel elle s’inscrit. Ces dérives ont également infiltré, même si ce n’est de façon que très marginale, la deuxième église que j’ai rejointe par la suite, mais ça a suffit pour m’éloigner une nouvelle fois. Je n’ai pas réussi à me sentir bien ailleurs. Je n’arrive plus à faire confiance aux églises, ni à Dieu d’ailleurs.

Ce qui m’anéantit maintenant, c’est le fait que ce que je croyais être un exaucement à une prière ne l’est plus. Dans un moment de doute, j’avais demandé à Dieu une preuve de son amour pour moi. Le lendemain, j’ai décroché un emploi, alors que je venais d’abandonner tout espoir à ce sujet. J’ai considéré ça comme un « signe » de Dieu. Pourtant, mes certitudes s’écroulent une nouvelle fois, car je me retrouve de nouveau sans emploi, à l’issue d’un CDD. Pour moi, ce n’est pas une question de survie sur le plan matériel, car je suis mariée, sans souci financier, mais je me retrouve sans objectif dans la vie. J’aimais beaucoup mon travail, je me suis donnée à fond, j’avais des collègues que j’appréciais, et voilà que j’ai tout perdu. J’ai cru pouvoir rebondir sur un autre emploi de suite, car des opportunités se sont présentées, mais rien ne se concrétise pour le moment.

J’ai aussi été ébranlée par le fait de voir tant de chrétiens atteints de maladies graves. Certains les ont cachées, comme des secrets honteux, ce qui n’a fait qu’aggraver ma stupéfaction devant un tel manque de transparence. Je me demande aussi pourquoi Dieu permet que des personnes jeunes, tellement engagées pour lui, souffrent autant ?

Ce message, s’il est authentique (et il est tout à fait raisonable de croire que c’est le cas) représente bien le questionnement par lequel ont passé beaucoup d’ex-croyants. Chez certains, ce questionnement demeure sur un terrain intellectuel, philosophique. Plusieurs ressentent toutefois une angoisse bien réelle face à l’effacement graduel de leur foi.
Nous offrons ici une réponse à « Sidonie », cette intervenante sur le forum Top Chrétien.

Réponse athée à une chrétienne évangélique qui doute

Chère Sidonie,
Douter de sa foi n’équivaut pas nécessairement à devenir athée, et on ne devient pas nécessairement athée car on a remis sa foi en cause. Il est tout à fait sain que tu doutes. En tant que personne qui valorise beaucoup l’usage de la rationalité, j’estime que douter devrait être un exercice pratiqué par l’ensemble des croyants. De nombreux croyants (qu’on dit souvent « libéraux ») sont, dans une mesure ou une autre, d’accord pour dire que le doute est une bonne chose.
Étant athée, ce n’est pas mon travail de trouver des justifications théologiques pour tenter de minimiser les événements frustrants que tu as vécu récemment. Il y a des événements qui sont totalement hors de notre contrôle. L’erreur est de s’imaginer qu’un dieu en est la cause, car il souhaiterait nous punir ou nous envoyer un message. Il s’agit d’une erreur de pensée engendrée par tes croyances religieuses.
De même le fait d’avoir prié peu avant l’obtention d’un poste ne signifie pas que la prière en est la cause. Ces deux événements (prière et emploi) n’ont pas de lien réel sur le plan de la causalité. C’est un réflèxe de croire que A cause B si A précède B mais ce n’est pas toujour le cas; par exemple ce n’est pas parce que le coq chante que le soleil se lève.
Tu n’as pas perdu ton emploi en raison d’un manque de foi, et les autres chrétiens que tu mentionnes ne sont pas tombés malades en raison d’un châtiment divin. Ces événements sont arrivés pour des raisons que tu peux très bien identifier – et qui n’ont rien à voir avec ton Dieu. C’est ainsi, les religieux attribuent des choses à leur dieu. Autrefois on croyait bien que Zeus envoyait la foudre, plus maintenant. Dieu rapetisse avec le temps et devient de plus en plus abstrait et lointain.
J’en arrive à mon plaidoyer pour l’athéisme. Il me semble clair que la religion n’apporte rien de positif à ta situation actuelle. Au contraire, cela semble plutôt engendrer de la frustration et de l’anxiété. Les religions se targuent d’apporter un sens à la vie, d’apaiser les craintes et l’angoisse. Visiblement cela ne fonctionne pas dans ton cas. Tu n’es pas la seule. Dans le milieu évangélique, la déconversion est monnaie courante.
Si c’est la voie que tu choisis, bienvenue!

Remplacer les idées religieuses destructrices par des idées humanistes constructives

Un concept important dans la thérapie cognitive-comportementale est l’identification d’idées causant de l’anxiété et de la détresse, puis leur remplacement par des idées positives contribuant au bien-être de l’individu. Cela en fait une approche qui semble avoir été taillée sur mesure pour venir en aide aux personnes souhaitant en finir avec leur endoctrinement religieux.

Un livre sur le sujet a été écrit par la psychologue Marlene Winell, qui aide d’anciens religieux intégristes depuis plus de 25 ans, en plus de contribuer occasionnellement à des blogs comme ex-christians dot net et debunking christianity. Dans Leaving the fold, Marlene Winell donne une liste d’idées négatives récurrentes dont les déconvertis voudrant se défaire. Nous avons adapté cette liste pour le blog libre sans dieu. Ces changements de « paradigme » sont intéressants puisqu’ils mettent en exergue la différence entre l’humanisme et intégrisme religieux dans la conception de l’être humain. À méditer!

Trois groupes de croyances qui polluent l’esprit

Croyance: l’individu n’est pas important. C’est le groupe religieux qui compte. Le développement personnel n’est pas important, il importe plutôt de se conformer aux idéaux du groupe religieux.

Réalité: chaque individu est important. Le développement personnel est primordial, puisqu’il contribue à la société entière.

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Croyance: les humains sont fondamentalement mauvais, faibles, dépendants de l’action de Dieu pour être « sauvés ». Le corps humain (« la chair ») est dégoutant, sans valeur et doit être châtié au besoin.

Réalité: chaque personne est précieuse en vertu de son appartenance à l’espèce humaine. Le corps humain est digne de respect.

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Croyance: on ne peut rien faire par soi-même, sans Dieu rien n’est possible. On ne peut pas changer ou s’améliorer sans l’assistance divine.

Réalité: le potentiel humain (raison, connaissance, empathie, créativité, etc.) est immense. Un changement positif est possible chez ceux qui utilisent ce potentiel.