Catégorie: théologie

La doctrine du péché: une invitation au narcissisme

Vanité des vanités ! tout est vanité ! – L’Ecclesiaste, 1:2.

On ne retrouve pas, dans le christianisme, de concepts comme celui, chez les Bouddhiste, de Bodhisattva, qui place l’éveil spirituel des autres avant le sien. Chez les chrétiens, la foi a un aspect « chacun pour soi ». L’individu est responsable de son salut et doit lutter contre le « péché », cette lutte étant conçue comme individuelle. Accompagné souvent d’une croyance forte au libre-arbitre, ce déplacement vers l’individu de la responsabilité de son sort mène vers une forme aiguë de narcissisme jouant sur notre vanité naturelle.

Je pense particulièrement au discours des chrétiens évangéliques. C’est toujours « ma relation personnelle avec Dieu », « mon péché » et « le salut de mon âme ». C’est facile de jouer sur la vanité des humains en leur proposant le salut de leur âme et la vie éternelle. Après tout, nous sommes des bestioles imbues d’elles-mêmes, nous les homo sapiens, et avons la conviction fondamentale que nous devons, comme individu et comme espèce, exister pour toujours.

Il y a certes, dans le christianisme, une incitation à ne pas mener les autres vers le péché… car c’est là en soi un péché. Il n’y a pas de motivation intrinsèque à s’abstenir d’être une « occasion de chute ».

Ne serait-il pas plus altruiste de dire qu’agir avec compassion est sa propre récompense? Que nous n’avons pas besoin d’un incitatif externe pour être une bonne personne? Pas dans le christianisme, la religion du « je, me, moi ».

 

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Pourquoi existe-t-on?

Quand j’entends le cliché « la science explique comment, la religion explique pourquoi », je me marre doucement, pour pas te réveiller.

La prétention chrétienne a expliquer le pourquoi des choses est assez rigolote. Si on prend le pourquoi central du christianisme: « pourquoi est-ce que j’existe? » on se rend compte que la théologie chrétienne n’explique rien.

Alors posons la question: pourquoi est-ce que j’existe? Et quand je dis « je », je veux dire moi, sous ma forme actuelle. Avec un corps, de la matière tout ça. Réponse chrétienne: la vie sur terre, donc dans une forme matérielle, est une sorte de test visant à déterminer les « bonnes » personnes à envoyer au Paradis. Problème avec cette réponse: ça n’explique toujours pas pourquoi j’existe. S’il est seulement question de faire un test, alors pas besoin de créer le monde. Dieu aurait pu simplement créer des âmes immatérielles* et les tester. Non seulement ça aurait pu fonctionner, mais le résultat aurait sûrement été plus fiable.

La condition humaine crée de l’injustice

Prenons par exemple une caractéristique découlant de notre condition humaine: la faim. Je peux voler, mentir, et même tuer parce que j’ai faim. Certains ont tué et mangé leurs congénères. Sans parler du péché de gourmandise! La faim est donc une « occasion de chute », une source de péché découlant de notre condition humaine. Comme nous n’avons pas tous le même accès à la nourriture, cela introduit une inégalité dans le système d’arbitrage céleste. Celui ou celle qui a accès à de la nourriture de qualité à prix abordable, de même qu’à de l’information de qualité concernant la nutrition, et bien cette personne ne va pas tuer ou voler pour manger. Et elle ne va pas tomber dans l’excès de nourriture.

On peut continuer pour chaque besoin physique imaginable: à chaque fois cela crée des injustices dans le système de pointage déterminant qui va aller au ciel et qui va brûler en enfer. Pire: certaines personnes ont des besoins charnels plus pressants, des pulsions plus difficiles à surmonter, et ce par leur nature même. L’eunuque, par exemple, n’a pas de problème avec le péché sexuel. Certes, la Bible dit d’éliminer les sources de tentation, mais ce n’est pas toujours possible.

Pourquoi chacune de mes caractéristiques, et pour chaque trait propre à l’humanité, je peux demander: en quoi cela permet-il d’accomplir le supposé plan divin? S’il n’y a pas de réponse (autre que « les vois de l’Éternel sont impénétrables ») je peux toujours vous proposer une autre solution: il n’y a pas de plan divin pour ma personne, il n’y en a pas plus pour l’humanité.

Le problème de la contingence

Bref, on ne comprend toujours pas, selon une grille d’analyse chrétienne, pourquoi j’existe. Pourquoi Dieu ne m’a-t-il pas simplement créé sous une autre forme, laquelle permettrait vraiment d’évaluer mon « âme »?

Je vois une solution simple: Dieu aurait nous créer comme il l’a fait pour les anges. Les anges, parait-il, sont purs esprits. Ils ont néanmoins un « libre-arbitre », comme l’atteste la rébellion du tiers des anges, dirigée par le fameux Satan.

Postuler un Créateur est supposé mettre fin aux questions concernant la forme actuelle du monde. Cela devrait arrêter les questionnements sur le « pourquoi » des choses, mais il n’en est rien. Rien n’explique pourquoi Dieu a créé le monde sous sa forme actuelle. Quelques possibilités:

  • Pourquoi ne pas créer sept milliards d’humain tout d’un coup, leur annoncer le message de l’évangile, les laisser vivre leur vie, puis les juger?
  • Pourquoi Dieu a-t-il besoin d’autant d’humains? Il aurait bien pu se contenter d’un seul. Ou de deux.
  • Dieu aurait aussi bien pu créer un nombre infini d’âmes, ou de cerveaux dans des cuves, tant qu’à spéculer…
Si on ne peut pas expliquer pourquoi nous sommes dans le monde actuel, plutôt que dans l’un des scénarios décrits plus hauts, alors on ne peut certainement pas expliquer le « pourquoi » du monde. Expliquer le pourquoi implique de montrer pourquoi ce monde doit être tel qu’il est, pas autrement, pour un ensemble de raisons. Le christianisme n’est pas en mesure de fournir une telle explication.

*Je vais supposer qu’une âme peut exister, et qu’elle peut le faire sans substrat matériel.

Selon le livre de la Genèse, les serpents parlent

Genèse 3 commence au milieu d’une conversation entre le serpent et Ève:

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?

Et sur ce, Ève répondit « AAAAH UN SERPENT QUI PARLE! » Ou peut-être pas… En fait, Ève trouve tout à fait normal que ce serpent parle. Et oui, il parle. Il est clairement indiqué que le serpent est rusé et qu’il parle.

La parade officielle est de dire que le serpent ne parle pas, mais que c’est Satan qui parle à-travers le serpent. Cette explication ne tient pas la route.

Ce passage ne relie pas le serpent à « Satan », le Diable, etc. En fait, aucun passage de la Bible n’établit ce lien (malgré ce qu’on peut affirmer, sur ce site notamment) entre le serpent de la Genèse et le diable. Par ailleurs, le serpent n’est pas possédé par le démon, c’est grâce à la ruse qu’il va convaincre Ève de manger du fruit, et non pas une intervention surnaturelle. Bref, ce n’est pas Satan ou un agent de Satan, c’est un animal des champs. Qui parle.

Après avoir mangé le fruit, Ève ne blâme pas le diable, mais le serpent:

Yahvé Dieu dit à la femme : Qu’as-tu fait là? et la femme répondit : C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé.

Yahvé ne s’adresse pas, ensuite, au diable ou à Satan, mais au serpent en tant que représentant de son espèce, laquelle est désormais maudite.

Alors Yahvé Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.

La conclusion est simple: les serpents devraient parler et marcher. Cependant, ils ont été maudits. Par essence, ils parlent!

Du côté du Nouveau Testament, la thèse du serpent-diable n’est pas appuyée. 2 Corinthiens 11:3, par exemple, reprend le thème du serpent qui séduit Ève par la ruse:

Mais je crains que, en quelque manière, comme le serpent séduisit Eve par sa ruse, ainsi vos pensées ne soient corrompues et détournées de la simplicité quant au Christ.

Une fois admis que (1) le Serpent n’est pas le diable (2) le Serpent n’est pas possédé (3) le Serpent particulier est un représentant tout à fait normal des serpents en général, on doit conclure que c’est vraiment un serpent qui parle, que c’est dans la nature des serpents de parler.

Selon la Genèse, qui est un récit mythologique on s’entend, les serpents parlent.

 

Problème du mal théologie contemporaine

J’ai déjà abordé l’Euthyphron et ses deux « pointes ». J’aimerais aborder une solution possible au problème du mal qui s’écarte un peu du traditionnel Dieu De La Bible afin de ne pas s’empêtrer dans des contradictions logiques. Il s’agit de la process theology. Je ne suis pas un expert, loin de là. Un ami catholique m’a transmis son intérêt alors que j’étais à l’université. Depuis, tout en demeurant résolument athée, j’ai tendance à rediriger les croyants fondamentalistes que je croise vers la théologie de la process puisque, tant qu’à croire des choses absurdes, aussi bien qu’elles aient un minimum de cohérence.

Le Dieu chrétien, tel que perçu par la l’oeil de la process, n’est pas tout-puissant, il est le plus puissant, c’est-à-dire le plus puissant qui puisse être en conformité avec la logique. Du coup, on évite d’entrée de jeu les problèmes de bistrot du genre « Dieu peut-il créer une pierre tellement lourde qu’il ne pourrait lui-même la soulever ». La réponse est non, il ne peut pas, car Dieu est limité par la logique et ne peut faire de choses qui sont par définition impossibles. On dira aussi que Dieu est capable de calculer quel est le bien maximal en fonction de la situation actuelle et cherchera toujours à atteindre ce bien, le plus souvent en agissant indirectement de manière à préserver le fameux libre-arbitre.

Ainsi, concernant le séisme en Haiti, on peut dire que c’est simplement une catastrophe naturelle et que Dieu n’y pouvait rien. Mais n’est-il pas censé être omnipotent? Oui et non, dirait un partisan de la process theology. Je vous offre ici une solution au problème du mal inspirée de ce courant théologique contemporain. Il s’agit d’une solution en deux parties, lesquelles ne sont pas mutuellement exclusives. Cependant, elles entraînent toutes deux un lot de problèmes.

Notez qu’il ne s’agit pas d’une solution associée à un théologien particulier, ni une doctrine propre à la process. Il s’agit d’une création personnelle, un homme de paille utile, inspiré de la process, avec une bonne dose de Leibniz. Jetons donc un coup d’oeil à ce monstre:

  1. Dieu n’est pas omnipotent, il est plutôt le plus puissant qu’il soit logiquement possible d’être.
  2. Dieu a renoncé, dans ce monde, à une partie de sa toute-puissance, de manière à permettre le libre-arbitre. Mais, dans au moins un autre monde, Dieu demeure tout-puissant. Les catastrophes sont le « moins pire » compromis permettant de maximiser le bien et préserver le libre-arbitre.

Comme je le disais, les deux étapes de cette solution amènent leur lot de problèmes:

Problèmes avec la première partie de la solution

Cela implique que Dieu est lui-même soumis aux lois fondamentales de l’univers (ci-après LFU) et a créé le monde du cadre de ces lois. Or, s’il existe des lois morales, elles font partie ou du moins découlent des LFU. Dieu n’a pas décidé, par exemple, que mentir est mal. On pourrait alors dire avec Platon qu’un dieu se doit d’être lui-même soumis au Bien Suprême.

Il devient donc possible de sauter par-dessus ce coûteux intermédiaire et découvrir nous-même ce qui est bon. Conclusion partielle à la première partie de l’argument: Dieu, s’il existe, n’est pas nécessaire à la moralité. Il devient au mieux une hypothèse inutile.

Problèmes avec la seconde partie de la solution

D’emblée, c’est un peu abuser de la logique modale. Quand on parle de mondes possibles en logique, on ne veut pas vraiment dire des mondes comme lorsqu’on parle du monde au sens de « notre univers ». Certains auteurs essaient même d’éviter l’expression « monde possible », parlant plutôt de scénario.

Qu’on les appelle comme on veut, les mondes possibles employés en logique sont des outils conceptuels sans existence propre. En ce sens, dire que Dieu habite dans un monde possible est à peu près aussi idiot que de dire qu’il habite dans un plan cartésien ou qu’il dort sur une courbe de Bézier. Je conviens que « monde possible » fait plus sérieux, pour ne pas dire « matheux », et, si on se base uniquement sur la rhétorique, rend l’argument plus convainquant. Pour le grand public, parler d’univers parallèles serait beaucoup moins sérieux. C’est pourtant exactement ce que fait cette portion de l’argument. (C’est marrant:  incapable de prouver l’existence de Dieu dans la réalité – en terme matheux dans « le monde actuel » – on tente de la démontrent plutôt dans un autre monde tout droit sorti de l’imagination!)

Mais bon. Supposons qu’il existe effectivement un monde parallèle avec un dieu tout-puissant dedans, lequel a décidé qu’il était préférable de se faire discret dans ce monde-ci afin de préserver notre libre-arbitre. Pourquoi a-t-il eu besoin de faire cela? Aurait-il pu faire autrement, par exemple être tout-puissant dans le monde actuel ET préserver notre libre-arbitre? Deux choix:

  • Oui? Alors il a décidé arbitrairement d’opter pour une solution qui entraine ou du moins permet le mal accidentel. On avait convenu que Dieu devait tenter à chaque instant de maximiser le bien, il semble qu’il a raté son coup. Ou peut-être est-il méchant?
  • Non? Alors Dieu n’avait pas le choix en raison de contraintes résultant des LFU. On se retrouve avec le problème lié à la première partie de la solution: il existerait alors des principes plus grands que Dieu, principes que nous pourrions découvrir par nous-même. Par ailleurs, si on se fie au mythe dans la chute des anges (c’est dans la Bible) Dieu est capable de préserver le libre-arbitre tout en exerçant sa toute puissance. Il l’a déjà démontré au moins une fois, il y a longtemps, alors que le Satan a décidé de se barrer avec le tiers des anges.

Comme je l’ai indiqué au départ, cette solution au problème du mal est un homme de paille utile. Il n’en demeure pas moins que si je devais formuler ma propre solution théologique au problème du mal (avec un flingue pointé sur ma tempe, par exemple) c’est probablement ce que je sortirais de moins con.

En fait je n’ai jamais trouvé une seule solution au problème du mal qui me semble intellectuellement satisfaisante tout en ne réduisant pas le dieu concerné à une hypothèse coûteuse et inutile.

Dilemme d’Euthyphron

Le dilemme d’Euthyphron (ci-après DE) va à peu près comme suit: est-ce qu’un chose est bonne car elle s’accorde avec la volonté de Dieu ou est-ce qu’elle s’accorde avec la volonté de Dieu car elle est bonne?

Les deux possibilités engendrent des problèmes que je vous résume ici. Si on croit que X est bon car Dieu veut X, alors on ne sait pas plus pourquoi Dieu veut X. Ça ne nous donne pas de critère objectif de moralité. Si on croit que dieu veut X car X est bon (en soi), alors on suppose un critère moral qui est supérieur à Dieu, ce qui est problématique dans plusieurs systèmes théologiques.

La solution habituelle au DE, celle proposée par les théologiens, est de dire que Dieu est intrinsèquement bon. Le bien est une propriété de Dieu, par conséquent il n’a pas à « apprendre » ce qui est bon: il est lui-même bon et n’a donc qu’à agir. Peu importe ce qu’il fait ou veut, ce sera bon.

Mais affirmer que le bien est une propriété de Dieu n’est pas une solution au dilemme d’Euthyphron. Cela ne nous dit pas pourquoi Dieu est bon. Pourquoi ne serait-il pas mauvais? (En fait, cela ne nous dit même pas si Dieu est vraiment bon. Peut-être est-il intrinsèquement trompeur. Peut-être que le dieu n’est pas bon, et qu’on se fie donc à de mauvais critères pour établir ce qui est bien/mal).

Par ailleurs, cette histoire de propriété de Dieu n’a pas de sens. Un être parfait ne dépend de rien, il n’a pas de modules ou de sous-sections. Penser Dieu comme devant se conformer à sa conscience morale, c’est très anthropomorphique et incompatible avec l’idée d’un Dieu parfait/infini. (Ce qui ne sera pas un problème si vous ne pensez pas Dieu de la sorte. Mais bon.)

Considérant cela, je ne vois pas d’autre manière de sauver l’argument qu’en faisant l’adéquation complète entre bien et Dieu, et faire de Dieu l’ensemble des principes fondamentaux de l’univers. Encore ici, plutôt incompatible avec la vision traditionnelle… on s’approche plutôt du déisme. Ce genre de Dieu n’ayant pas vraiment de volonté, on évite le DE.

Ce serait encore plus simple de ne pas postuler de Dieu du tout, tant qu’à y être.

Comment justifier un massacre par la Règle d’Or

Il est facile de justifier un massacre, du moins d’après ce texte de théologie de bistrot. Yahvé a massacré tous les premiers nés d’Égypte! Ça fait beaucoup de monde.

Commençons par diminuer le total en jouant un peu sur les mots. Le dieu n’a pas vraiment tué tous les premiers nés, puisqu’il y avait des premiers nés qui étaient déjà morts. Et puis si la famille d’Égyptien possède une ânesse, que celle-ci a eu des petits. Alors le premier né de la famille (on y inclut les animaux, c’est plus commode) est un âne, ce qui sauve la vie du premier né humain.

On peut imaginer l’ange de la mort qui parcourt l’Égypte et massacre les enfants. Pendant ce temps, une femme est en train d’accoucher de son premier enfant. Juste à côté dans la basse-cour, l’ânesse est aussi sur le point de mettre au monde son premier petit. Et là on entend l’ange de la mort: « Non mais bordel, vous allez pas vous dépêcher? Moi je dois tuer chaque premier né! Décidez vous à la fin! C’est l’humain ou l’âne qui va venir en premier? »

L’auteur se retrouve quand même avec des dizaines de milliers de bébés morts sur les bras. Que faire? Dire qu’ils l’ont bien mérité. Les Égyptiens ont, toujours selon la Bible, eux-même tués bon nombre de bébés hébreux. Bien fait pour eux!

Quoi, ce n’est pas juste? Mais si! La Règle d’Or explique tout. Ce principe de réciprocité, que l’auteur confond avec l’ancêtre présumé dudit principe (la loi du talion) affirme en sorte qu’on ne doit pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Et qu’on doit faire aux autres ce qu’on voudrait qu’on nous fasse. Par exemple, je n’aime pas que les autres arrivent en retard, donc je m’efforce d’être ponctuel.

Quel est le lien avec le massacre de bébés, je me le demande.

La Règle d’Or ne signifie pas qu’on doit systématiquement se venger dès qu’on nous fait du mal. La Règle d’Or, qu’elle soit ou non un prolongement historique du Talion, ne signifie pas qu’on doit rendre le mal par le mal. En fait, la Règle est opposée à la vengeance.

Si je n’aime pas qu’on me fasse X, je dois assumer que l’autre aussi n’aime pas cela. Lui faire X, même si c’est par vengeance, c’est donc lui faire quelque chose que je ne veux pas subir, ce qui enfreint la Règle d’Or.

L’athéisme est une position neutre

Il est possible d’envisager l’athéisme comme une position tout à fait neutre. C’est un sujet souvent abordé sur ce blog: l’agnosticisme n’est pas nécessairement la position plus sage de celui qui s’abstient de se prononcer. Je ne crois en aucun dieu. Je suis athée. C’est simple.

Je suis aussi d’avis qu’il serait impossible de savoir si un dieu existe ou non, dans la mesure où on le définit comme impossible à connaitre. Cette partie n’est pas une croyance, c’est une tautologie. S’il existe des objets qui ne peuvent être connus et que X ne peut être connu, alors on ne peut déterminer si X existe ou non.

Il va aussi de soi que si un objet ne peut être connu, il en est, pour le sujet observant, comme si cet objet n’existait pas. Affirmer que le dieu-inconnaissable-bien-caché-au-fond-de-la-galaxie n’existe pas n’est donc pas particulièrement présomptueux. C’est tout simplement logique, en fonction des informations dont on dispose, et dans les limites de notre rationalité*.

En ce sens, ceux qu’on désigne comme des athées sont simplement des athées universels… les théistes étant des « athées moins un ». Si on se place sous la position « on ne peut confirmer ou infirmer l’existence de Dieu », alors le statut du Dieu chrétien est identique à tous les autres « objets dont on ne peut confirmer ni infirmer l’existence »:

  • La Licorne Rose
  • Santa Claus
  • La théière galactique
  • Le Monstre de Spaghetti Volant,
  • Sainte Grenouille (C.R.O.A.),
  • etc.

Meuh non! On ne va quand même pas comparer le bon Dieu à la licorne rose! Non? Pourquoi pas? À cause de preuves en faveur de l’existence de ce dieu, nous dira le philosophe Paul Copan.

Mais ce faisant, on sort d’une discussion concernant les machins dont l’existence ne peut être prouvée (ou réfutée) et on entre dans la discussion d’un machin dont l’existence, semble-t-il, peut être prouvée. La preuve étant qu’il se donne la peine de tenter une démonstration de l’existence de Dieu. C’est de la triche!

D’une manière générale, tout à fait neutre: les machins dont on ne peut déterminer l’existence… dont on supposer qu’ils existent? Oui, non, peut-être. Est-il possible de spéculer sur le statut ontologique de machins alors qu’on ne sait même pas si ces machins sont vrais? Oui, non, « ah mais on le fait déjà », « qu’entendez-vous par statut ontologique »? Voilà enfin de vraies question philosophique. Pas besoin d’amener Dieu là-dedans.

*En ce qui concerne la possibilité que Dieu existe en-dehors de ce qu’on peut concevoir avec nos facultés rationnelles, et bien… justement cela sort d’un cadre rationnel. Je prépare tout de même un court billet sur le sujet.

Ordination des femmes et pédophilie

Le Fatican* est tout mélangé dans ses valeurs morales. Et dans sa théologie. Dans La Presse, au sujet de la pédophilie et de l’ordination des femmes:

«Ce sont tous des crimes graves, mais à des niveaux différents», a expliqué le procureur pour les crimes sexuels du Vatican, Charles Scicluna, durant une conférence de presse à Rome. «Ce sont simplement tous des crimes graves selon le droit canonique de l’Église.»

Donc on compare la pédophilie à l’ordination des femmes? Meuh non:

Gilles Routhier, théologien à l’Université Laval, explique qu’il s’agit de fautes au regard des sacrements. «Certes, il y a la pédophilie des prêtres, mais il y a aussi des choses à propos de la confession. Ce n’est pas une comparaison.

S’il prend la peine de dire que ce n’est pas une comparaison, vous pouvez être presque certain que c’en est une. C’est comme la bière Molson, s’ils ont besoin de nous dire qu’elle n’a pas d’arrière-goût, c’est qu’elle en a un.

Le Vatican punit plus sévèrement une femme qui souhaite devenir prêtre (excommunication) qu’un pédophile (laïcisation, s’il est malchanceux). Ils inventent pour ce faire une échelle des péchés, alors que les évangiles n’affirment rien de tel. Jésus y affirme que traiter son frère d’insensé « mérite d’être puni par le feu de la géhenne. » (Mat 5:22). Celui qui « scandalise un de ces petits » mérite d’être noyé avec une meule de moulin autour du cou (Luc 17:2), verset tout recommandé pour les pédos. La seule pensée pécheresse est équivalente à l’action (Mat 5:27-28).

En-dehors de cette histoire de sept péchés capitaux (qui relèvent du folklore catho et non du christianisme) il n’y a pas d’échelle de péché au sein de la religion chrétienne. Tout péché fait sortir l’homme de l’état de grâce, ce qui entraine sa mort. (Romains 3:23) Et comme on a tous déjà volé des bonbons, ont est foutus.

Vatican est prêt à commettre lui-même l’hérésie si cela peut servir sa haine des femmes. En punissant plus sévèrement les femmes voulant être prêtres que les prêtres pédos, l’Église catho s’enfonce assez profondément et montre qu’elle de prend une sorte de plaisir à se voir disparaitre.

*Jeu de mot jouant sur la prononciation québécoise de l’adjectif « fatigant ».