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Frère André: de quoi être fier?

« La canonisation de frère André est une fierté partagée par tous les Québécois ». Voilà la citation pré-mâchée qu’offre à aux média le gouvernement du Québec. Citation attribuée au premier ministre Jean Charest. Autre extrait:

« Figure populaire et incontournable de notre histoire, frère André a fait l’objet d’une ferveur dépassant largement les frontières du Québec. L’humilité qu’il affichait face aux guérisons et aux miracles qui lui étaient attribués, au début du siècle dernier, lui fait aujourd’hui honneur », a aussi déclaré le premier ministre.

On se demande ensuite tout au long du communiqué pourquoi nous devrions être fier. La raison de cette cérémonie de canonisation est que le Frère André aurait fait des miracles, ou plus exactement que des gens qui ont été guéris affirment avoir préalablement prié le frère André. (La cérémonie pour tous ceux qui n’ont pas guéri après avoir prié le frère André sera probablement tenue en catimini…)

Les bons charlatans savent qu’il faut une routine, un shtick, un modus operandi. Pour le frère André, c’était le faith healing. On te promet une guérison. Suffit de montrer que tu as assez la foi et tu seras guéri. Comme témoignage de foi, on laisse nos béquilles, notre marchette, notre chaise roulante. J’ai visité l’Oratoire Saint-Joseph… j’y ai même vu des civières. J’ai aussi vu le porte-feuille des crédules, vide. (Mais non c’est une blague!)

J’ouvre le Nouveau Testament et j’y lis « prends ton lit et marche ». Pas « donne moi ton lit, et dans une semaine ton souhait sera exaucé, et si ça ne marche pas c’est que tu n’avais pas la foi ». Enfin. L’oratoire Saint-Joseph est, au fond, une sorte de cathédrale kitch érigée aux différentes superstitions (souvent fort douteuses) du Frère André.

Je veux dire: le type a fait conserver son coeur. Pour la protection de l’édifice! (Je présume que les gicleurs et détecteurs de fumé sont installés simplement pour faire joli.) N’importe qui ferait un truc pareil et on dirait « ouais Papi, on va te le garder ton coeur », et on hocherait la tête en souriant avant d’appuyer sur la sonnette de l’infirmière.

Être fier de cette canonisation, c’est comme être fier du Grand Antonio ou du Orange Julep. C’est un monument kitch, si cela se trouve, érigé à un temps dépassé de notre histoire. Célébrer cette canonisation relève donc non seulement du mauvais goût, mais aussi de la sénilité.