Tagué: créationnisme

Gratis: 33 pages du livre Creationism’s Trojan Horse

Trouvé sur le Web: les 33 premières pages du livre Creationism’s Trojan Horse, par Barbara Forfest et Paul R. Gross (Oxford University Press, 2004). Le document PDF contient l’introduction et les deux premiers chapitres, gratis.

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Endoctrinons les enfants

Cet article sur un site créationniste canadien fait l’éloge de l’endoctrinement. Dans une étrange confusion entre « mémorisation » et »endoctrinement », l’auteur avance:

We indoctrinate young children all the time in all sorts of areas, not just religion. We teach them to recite the alphabet as well as numbers, and all sorts of other things when they are small. As they grow, we might drill multiplication tables and grammar rules into them, through repeating over and over.

Vous avez bien lu. Puisqu’on est déjà en train de leur apprendre les tables de multiplication, pourquoi pas leur apprendre aussi que la terre a 6000 ans et que l’enfer les attend s’ils ne se repentent pas?

Indoctrination is necessary because young children are simply not mature enough to investigate religious matters for themselves, any more than they could figure out the multiplication tables on their own, and parents have a responsibility therefore to oversee what their children learn. To put it a little differently, parents have the responsibility to “indoctrinate” their children in the truth.

On voit ici le point central de la folie de l’auteur: il est convaincu que l’éducation doit nécessairement être un endoctrinement. Cela justifie, à ses yeux, l’endoctrinement religieux. Après tout, ils le font « eux aussi »:

On the surface, the way we are encouraging people to teach their children may look like how evolutionists indoctrinate children. But in fact it is very different, primarily because our teaching is based on God’s truth, revealed in Scripture.

Il y a une espèce d’admission dans ce passage : l’endoctrinement est mal, mais quand « nous » on le fait (nous ici = les créationnistes) alors c’est bien.

J’ignore ce qui vient avant dans leur dissonance cognitive: ils se sont mis dans la tête que les scientifiques veulent endoctriner leurs enfants et ensuite ont justifié leurs actions à partir de cette croyance? Ou bien ils ont remarqué qu’ils endoctrinaient leurs enfants et ont cherché un équivalent chez leur « adversaire » afin de rendre leur faute moins grave à leurs yeux?

Vidéos créationnistes de David P: l’évolution est-elle un fait?

Bon. Elles sont une source de bons gros « LOL » un peu partout. On pourrait rigoler longtemps sur ses expressions faciales, sa prononciation, son ton de voix, son étirement de mâchoire au début, etc. Je propose plutôt une brève étude d’un thème abordé dans cette vidéo qui, de manière non-intentionnelle, touche un domaine intéressant: la philosophie des sciences.

Mais que dis-je… voyons d’abord cette vidéo!

La partie qui nous intéresse ici est sa comparaison avec le point de congélation de l’eau, que je paraphrase ainsi: on sait que l’eau bout à 100 degrés et congèle à 0 degrés. Ça a toujours été vrai et ça le sera toujours, donc c’est un fait scientifique. En revanche, la théorie de l’évolution n’est plus ce qu’elle était jadis, et elle va encore changer. Donc ce n’est pas un fait scientifique.

Réponse courte: David P fait une fausse analogie entre le fait scientifique au sens de « donnée scientifique » et la théorie scientifique, qui est un ensemble d’hypothèses vérifiées, d’outils, d’équations, etc. Toutes les théories scientifiques se sont modifiées au fil de temps, cela ne les rend pas moins vraies, au contraire.

Réponse longue: la bêtise la plus évidente ici est que David P emploie un consensus scientifique (l’échelle des degrés Celsius) en guise de « fait scientifique ». Mais le zéro degrés dont David P parle est justement le point attribué à la température de congélation de l’eau au niveau de la mer. Cela ressemble plus à un outil de mesure qu’un fait scientifique.

« L’eau gèle à zéro » est un fait scientifique dans la mesure où on s’inscrit au sein de l’échelle Celsius, laquelle repose sur d’autres données dont nous n’avons pas toujours disposé. Le zéro absolu (son calcul) remonte à Lord Kelvin, en 1848. D’autres informations se sont ajoutées par la suite à notre ensemble de connaissance concernant la mesure de la température et la thermodynamique. Cela ne rend pas l’énoncé « l’eau gèle à zéro degrés Celsius » moins vrai.

La théorie de l’évolution est aussi un ensemble de connaissances. Il est donc normal que de l’information s’ajoute et que des corrections sont apportées. Autrement, cela reviendrait à affirmer que l’on sait tout, du moins que l’on sait tout en ce qui concerne l’évolution biologique. Or il y a bon nombre de choses que l’on ignore, ou que l’on ne parvient pas à expliquer convenablement en employant le modèle actuel. Il est donc nécessaire, sous peine de devenir dogmatique, de réviser et améliorer le modèle*.

Bien entendu, les créationnistes, eux, sont dogmatiques (étant religieux, cela va de soi). On peut, en se mettant à leur place, voir ce qui leur pose problème dans l’idée qu’un modèle scientifique s’améliore afin de mieux correspondre aux faits.

*Plusieurs révisions sont apparues dans la théorie depuis Darwin, la principale résultant de la découverte de l’ADN et de sa structure.

L’audition et la parole – preuves d’un Créateur?

Ouh lala. Cet article paru sur le site de l’Association de Science (sic) Créationniste du Québec est particulièrement douteux et tordu.

Ses tares sont pluridisciplinaires: linguistiques, biologiques et philosophiques. En gros, l’article assume un paquet de faussetés (qu’il ne se donne pas la peine d’examiner critiquement) dans le but de nous faire accepter sa conclusion (qui est en fait la première prémisse) créationniste. Nous avons corrigé l’article. Vous n’avez qu’à imaginer que le reste de notre propos est écrit au stylo rouge.

La communication s’effectuant par le biais de la parole et le langage d’un locuteur ainsi que par l’audition d’un interlocuteur est fondamentale et omniprésente chez l’être humain.

L’intention est tout à fait honnête: l’auteure démarre en parlant de communication et reconnait à demi-mot que celle-ci ne s’effectue pas nécessairement par la parole et l’audition… pour ensuite dire que ces facultés sont omniprésentes! Une contradiction dans la première phrase, faut le faire!

Que fait notre auteure des muets et des sourds (sans parler de multiples autres troubles de la parole et de l’audition) ? Je crois que cette Julie D. doit des excuses à quelques millions d’humains! Allez Juju*, on s’excuse!

Il est possible de communiquer sans parole (ce texte que vous lisez en est la preuve, le langage signé, qui est un véritable langage soit dit en passant, est une autre preuve). Par conséquent, et c’est une simple déduction logique, on ne peut confondre communication et parole. Ce fait tout simple sera important pour la suite de notre critique.

«Cette communication est-elle le fruit de l’évolution ou a-t-elle été instaurée par la création divine? ».

Cette phrase manque de précision: parle-t-on de la faculté de communiquer (la présence des substrats rendant possible tel ou tel type de communication) ou de la communication elle-même? Ce n’est pas du tout la même chose: la faculté de coudre (ou de tirer à l’arc, si vous préférez) n’est pas la couture (ou le tir à l’arc). On suppose, compte tenu de ce que nous avons vu plus haut, que l’auteure parle en fait de la parole et de l’audition.

Par ailleurs, écrire « fruit de l’évolution » implique que l’évolution s’est déroulée dans le but de mener à ce « fruit », la faculté de communiquer. La phrase correcte aurait été, par exemple: « Les organes et structures neurologiques rendant possible la parole chez l’humain sont-ils une adaptation résultant de pressions de sélection naturelle? »

Et à cette question, je vous répond non.

Il n’existe aucun organe de la parole à proprement parler. Les organes servant à la parole sont simplement recrutés par le système phonatoire. Même les fameuses cordes vocales sont en fait un pli dans la gorge que nous employons pour produire un bruit, qui est ensuite filtré par la bouche de manière à créer les différentes voyelles.

Rien ne nous oblige à employer les plis vocaux comme source de bruit. On peut aussi chuchoter (le bruit blanc produit par l’air sortant du larynx devenant notre source) ou même faire vibrer un pli de la joue en guise de cordre vocale. Demandez à Donald Duck, il connait.

Ce qui est pertinent et intéressant, c’est que rien dans l’appareil vocal n’est une source de bruit, un modulateur, un résonateur, un filtre, etc. Les différentes parties agissent comme une source de bruit, comme un modulateur et ainsi de suite.

Dans l’oreille interne, on retrouve également un arrangement de parties qui relève plutôt du bricolage que de ingénierie. L’appropriation au fil du temps de structures appartenant à la mâchoire par l’oreille interne est bien documentée. On doute cependant que l’auteure connaisse cette évolution puisqu’elle a du mal à comprendre même des données élémentaires concernant l’oreille humaine:

Une onde sonore peut être entendue par son passage à travers l’oreille (qui est divisée en trois sections : l’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne) dans laquelle elle change de forme pour se rendre jusqu’au cerveau, où elle est analysée.

Il y a déjà eu un traitement préalable d’effectué sur l’onde avant son arrivée au cerveau. Considérer nos sens comme un ensemble de capteurs passifs liés à un centre d’analyse est tout à fait naïf (à moins de vivre à l’époque de Descartes!)

L’oreille moyenne est une caisse remplie de liquide contenant les trois osselets reliant le tympan à l’oreille interne

L’oreille moyenne n’est pas remplie de liquide, sauf en cas d’infection, après la baignade, etc. (Suite après le pli)

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Le créationnisme : masque de la droite religieuse, menace pour la laïcité

Guillaume Loignon

Ce texte a paru dans le numéro 8 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois.

En 1998, la fuite sur internet d’un document interne provenant d’un influant lobby créationniste américain, le Discovery Institute, révéla la stratégie des créationnistes pour infiltrer les milieux politiques de droite et faire obstacle à la laïcité. Voici la petite histoire du mouvement créationniste et du désormais célèbre «Wedge Document».


Le mouvement de « science créationniste » fut initié en 1923 par la publication de The New Geology par Georges MacReady Price, auteur n’ayant aucune formation en géologie. L’ouvrage prétendait prouver scientifiquement diverses affirmations de la Bible et connut un succès instantané dans les milieux fondamentalistes américains. Quelques années plus tard, un dénommé Henry Morris publia The Flood Geology, livre qui reprend presque à la lettre les arguments de MacReady Price.

Ne connaissant d’autre opposition sérieuse que ses propres dissensions internes, le créationnisme vécut heureux… jusqu’en 1957 où, suite au lancement du Spoutnik, le gouvernement américain adopta des mesures draconiennes pour resserrer les programmes d’enseignements scientifiques. Entre respecter l’orthodoxie biblique et être dépassé par les communistes, l’oncle Sam choisit le moindre mal. Résultat : les créationnistes doivent dès lors se munir d’arguments scientifiques, en apparence du moins, s’ils veulent être pris au sérieux.

C’est dans cette optique qu’en 1961 Henry Morris fonde la Creation Research Society (CRS). Il s’agit d’une organisation qui regroupe, encore aujourd’hui, des diplômés partisans du créationnisme, dont Laurence Tisdall, président de l’Association de Science Créationniste du Québec.

Dans les années 60 et 70, le créationnisme essuie des défaites importantes en cour suprême (voir encadré). Plusieurs écoles fondamentalistes privées voient quand même le jour ; leur but est de permettre l’enseignement de doctrines religieuses en tant que science. En tout, une cinquantaine d’institutions d’enseignement fondamentalistes sont fondées durant cette période1.

Toujours dans l’espoir de contourner l’éducation laïque, le programme d’éducation à domicile « Accelerated Christian Education » (ACE) voit le jour. Dans les années 80, les écoles ACE se répandent sur tous les continents, propageant «la bonne nouvelle » du créationnisme. Il y aurait aujourd’hui, seulement au Québec, plusieurs centaines d’enfants soumis à ce programme non approuvé par le ministère.

On voit déjà clairement que le créationnisme n’est qu’une doctrine parmi d’autres pour les fondamentalistes chrétiens. S’il était réellement question de science, quel mal y aurait-il à ce que notre enfant soit en contact avec la théorie standard, celle de l’évolution ? De toute évidence, la science n’était déjà qu’un prétexte, et ce qui suit ne fait que le confirmer.

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Averse d’arguments créationnistes droit devant!

Un extrait du dernier livre de Dawkins a été cité de travers dans Newsweek. Attendez-vous à un torrent d’arguments créationnistes dans les prochaines semaines.

Le pire est que Newsweek ont commis la forme de citation hors-contexte la plus odieuse: ils ont cité des propos que Dawkins émettait au second degré comme sil avait effectivement déclaré cela. Voici l’extrait de Newsweek qui vous êtes susceptibles de retrouver bientôt sur les sites créationnistes:

People came from monkeys via frogs and fish (…)

et voici ce que Dawkins a écrit:

The silliest of all these « missing link » challenges are the following… »If people came from monkeys via frogs and fish, then why does the fossil record not contain a ‘fronkey’? »

Et non, Newsweek, Dawkins ne croit pas que nous venons du singe via la grenouille et le poisson. Il qualifie cette position de « silly » (ridicule).

Via PZ Myers.

Pssst… Le nouveau Dawkins est très intéressant, il s’agit de bonne vulgarisation scientifique. Ceux qui n’ont pas aimé The God Delusion apprécieront que Dawkins renoue avec le ton de ses ouvrages précédents, comme Climbing Mount Improbable.

Le créationnisme: un projet religieux et non scientifique

Ceux qui doutent de la religiosité des créationnistes, qui se présentent eux-mêmes comme une alternative scientifique à l’évolution, risquent de changer d’avis en lisant les énoncés de foi nécessaires pour joindre différents mouvements créationnistes.

Ainsi Answers in Genesis, certainement le principal regroupement dans le genre, affirme haut et fort que la Bible est la parole infaillible de Dieu, que l’homosexualité doit être condamnée et que Satan est « l’adversaire spirituel » de Dieu est de l’humain. Tous les membres de l’association doivent souscrire à cet énoncé de foi.

L’Association de Science Créationniste du Québec n’échappe pas à la tendance, avec un « credo » auquel on se doit de souscrire afin de devenir membre, et qui inclut « nous croyons en Jésus ». Pas de création par des extra-terrestres ici, ni un monolithe, ni un voyageur temporel. Un des objectifs du groupe est « Encourager chaque personne à établir un lien personnel avec le Créateur de l’univers. » Pour ce qui est de l’objectivité, on repassera…