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Les églises se vident: pourquoi?

Le Barna Group, institut à saveur chrétienne qui compile des statistiques concernant la pratique religieuse, vient de publier un nouveau livre. Il s’agit, j’ai l’impression, d’une autre séance d’autoflagellation de type « pourquoiiiii les jeunes se barrent-ils de nos églises? » Car oui, les jeunes se barrent. D’après des chiffres publiés il y a quelques années par ce même Barna Group, 80% des jeunes élevés dans la foi évangélique seront « désengagés » de cette foi avant la trentaine.

Dans un premier livre, le Barna Group nous étudiait les différents types psychologiques de ceux qui se déconvertissent, ce qui semblait indiquer que c’est la faute du client si les ventes diminuent. Le nouveau met l’accent sur les problèmes au sein de l’église. Il était temps.

En gros, les jeunes en ont marre de cette église un peu sectaire qui bouffe tout leur temps, tente de contrôler leur vie et prétend avoir réponse à tout. Nombreux sont ceux et celles qui ont honte de certaines croyances, comme le créationnisme. Sans nécessairement devenir des chantres de l’athéisme, la plupart vont graduellement quitter leur congrégation.

Note: il s’agit de données compilées aux É-U. Je ne vois pas, cependant, de raisons de croire qu’il en serait autrement au Québec, compte tenu notamment de mes propres observations au sein du mouvement évangélique et des nombreuses conversations que j’ai pu avoir avec des « survivants » du mouvement (ou « ex-évangélos »).

Ma petite idée sur la question? Les évangélos abandonnent massivement leur religion (parfois pour aller vers la religion anglicane…) en raison d’un rapport utilitariste à la foi. Ils s’attendent à ce que Dieu, Jésus, le Saint-Esprit, l’église, le pasteur, la femme du pasteur, etc, leur apporte X, Y et Z. Comme ils n’obtiennent pas ce qu’ils désirent – ce qui est tout à fait prévisible considérant le fait que Dieu n’existe pas – ils se barrent. Et ils vont continuer leur exode massif tant qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils demandent – ce qui n’arrivera jamais.

  • Les miracles? Superstition, biais de sélection et auto-suggestion.
  • Le pasteur? On l’adule quelques temps, puis on réalise qu’ils n’est pas parfait.
  • La prière ne fonctionne pas.
  • Le créationnisme est une vraie blague.
  • Le culte est lui-même assez ennuyant, donc si on y allait pour se divertir, on finit par se dire qu’il y a d’autres divertissements.
  • Les religions évangéliques échouent même à fournir ce qui devrait être leur mandat principal: donner un sens à la vie, répondre à un besoin de faire partie de quelque chose de plus grand que soi.
Reste donc l’aspect « club social », mais ça, on peut l’obtenir n’importe où..
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La déconversion inquiète les créationnistes

Ça vaut la peine de s’inscrire à la lettre de nouvelle de Creation Ministries International. On y retrouve de bonnes sources de rigolade. D’abord une statistique qui effraie les évangéliques:

Many churches have a glaring shortage of people in their twenties and thirties. And polls of teenagers in church youth groups consistently show that about 75% of them intend to leave the church after they leave home.

Et puis l’usage du terme « athéopathe » (nous sommes des malades mentaux semble-t-il):

In the recent university days of one of my CMI colleagues, one of her workmates had a son who had apostatized after entering university, using various easily-refutable village atheopath arguments. My colleague offered to teach her the answers, or even talk to her son herself. But the mother refused, claiming that the problem was spiritual rather than intellectual; in other words, the sinfulness of the human heart.

Le reste de l’article est une sorte de pub pour le site Web de CMI, allez les parents chrétiens, venez ici chercher des arguments pour convaincre vos jeunes rebelles athéopathes, etc.

Cet article montre peu ou pas de respect pour les jeunes universitaires qui perdent leur religion. La possibilité qu’ils aient des raisons valides pour changer d’avis n’est jamais évoquée (on parle d’arguments faciles à réfuter, mais ces arguments ne sont pas nommés et surtout aucune réponse n’est proposée).

Le pire est qu’ils s’imaginent convaincre des déconvertis avec des arguments de type « le chien a un bon sens de l’odorat, gloire à Dieu qui l’a créé ainsi! ». Ils ne réalisent pas que ces arguments sont convainquants dans la mesure où le jeune homme ou la jeune femme est préalablement endoctriné(e).

Libresansdieu répond à vos questions

Il y a quelques années, des étudiants de niveau collégial ont demandé à m’interviewer.  Il s’agit d’une série de 16 questions, que j’ai séparés en deux billets (la suite ici). J’invite mes lecteurs à répondre eux-mêmes à ces questions.

Voici donc les question 1 à 8, et mes réponses – qui se veulent tout à fait personnelles et n’indiquent aucunement qu’il existe une position athée officielle.

1. Pourquoi n’avez-vous pas la foi?

Foi vient de « fides », ce qui signifie fidélité, confiance. On peut avoir confiance en toutes sortes de chose. Ça ne veut pas dire qu’on est religieux. En ce sens, la foi est un mandat que l’on se donne à soi-même, ou que l’on donne aux autres, c’est un contrat qui dit « Je m’engage à ne pas douter ou remettre en cause telle ou telle chose.» Je veux bien accepter ça en ce qui concerne les gens que j’aime, par exemple si je dis que j’ai confiance en ma copine, ça veut dire que je m’engage envers elle à ne pas douter d’elle, à ne pas remettre en cause l’idée qu’elle m’est fidèle. Bien entendu ça va dans les deux sens.

Au sens religieux, avoir la foi veut dire que l’on croit en quelque chose car on a confiance que c’est vrai. C’est être en amour avec une idée. Ce n’est pas une explication, c’est l’abandon de toute démarche rationnelle en faveur de l’adhésion aveugle à une doctrine.

Avoir la foi, c’est croire sans raison valide. La Bible encourage ce genre d’abandon de la raison. Les seules mentions de « connaissance » dans le Nouveau Testament désignent la connaissance de Dieu. Dans les religions, la réflexion critique n’est pas encouragée, elle est même considérée comme un péché.

Quand les croyants se disent entre eux, « tu dois avoir la foi, mon frère », ils se disent réellement « tu dois croire sans preuve, tu dois t’abstenir de réfléchir. » En tant qu’amoureux de la philosophie et des sciences, je ne peux pas accepter ce genre d’attitude. La philosophie et la science nous apprennent à chercher des réponses par nous-mêmes, pas à accepter aveuglément ce qu’on nous enseigne.

2. Avez-vous déjà eu la foi? (Si oui) Expliquez-nous pourquoi vous l’avez perdue. Quel est l’élément déclencheur?

J’ai grandi dans une famille très croyante et j’ai cru jusqu’à ce que je sois en mesure de comprendre par moi-même. Je ne crois pas pouvoir identifier un élément déclencheur en particulier. On ne peut pas amener quelqu’un, par la raison, à perdre une croyance qu’il a acquis sans faire appel à la raison. Mais du moment où on raisonne sur nos croyances, on peut tout à fait les perdre… ou encore devenir simplement plus convaincu, cette fois de manière rationnelle. Pour ma part c’est le premier scénario qui s’est produit: plus je réfléchissais moins la religion me semblait attirante.

Par aileurs, en étudiant un peu la philosophie, on réalise bien vite que le « prêt-à-penser » qu’offre les religions est peut-être agréable à entendre, mais bien décevant à la longue. Certes, le message de l’évangile, selon lequel j’ai été créé spécialement par Dieu et qu’Il a un plan pour moi, c’est très « vendeur ». Côté marketing, c’est excellent. Mais je préfère ce qui est vrai, pas ce qui fait plaisir à entendre.

3. Quels sont les avantages de ne pas croire?

Il y a un certain avantage sur le plan de la libre-pensée. Mais tout le monde peut réfléchir, pas seulement un athée. Disons simplement que plus on croit, plus on est dogmatique. Et pour un philosophe ou un scientifique ce n’est pas très pratique.

4. Quel est le sens de la vie pour vous?

La question du sens de la vie est intrinsèquement liée à la croyance religieuse: plusieurs croyants diront que la vie n’a aucun sens si on ne croit pas exactement ce qu’ils croient. En réalité la vie a le sens qu’on lui donne. J’aime être en vie. J’ai l’intention de l’être pour encore longtemps. J’ignore quel est le sens de « la vie » mais j’ai des projets pour mon existence, et ça me suffit amplement.

5. Comment réussissez-vous à vivre sainement sans pour autant avoir quelqu’un (tel un Dieu) sur qui vous baser? Comment peut-on vivre sans foi?

Je dirais que je pratique, sur le plan spirituel, la simplicité volontaire. La croyance est un besoin artificiel. Je n’ai pas besoin de boire du Coca-cola, de l’eau suffit. Je n’ai pas besoin de croire en Dieu ou d’avoir la foi, aimer mon prochain ça me suffit amplement.

6. Est-ce que vous pensez que de ne pas avoir la foi vous permet de vous développer davantage sur le plan personnel? Expliquez.

Personnellement le rejet de la foi s’inscrit tout à fait dans ma démarche. J’aime exercer ma curiosité, réfléchir, douter, débattre. Si j’avais des dogmes auxquels je tiendrais mordicus, je ne pourrais pas avoir ce genre de lattitude.

7. Comment percevez-vous la mort? En avez-vous peur?

La mort est la fin de la vie. C’est aussi ce qui lui donne son sens. Bertrand Russel était athée, il est mort heureux à 97 ans (j’espère bien en faire autant!) Personne ne sait ce qu’est la mort, il est donc impossible d’avoir vraiment peur de la mort. Je crains le moment où ma vie se terminera, certes, puisque j’aime la vie et que je souhaite vivre en santé aussi longtemps que possible.

Dans le même optique: puisque j’aime la musique, je crains de devenir sourd. Personne ne veut se faire retirer ce qui lui est important.

8. Qu’est-ce que Dieu?

Dieu est le nom que l’on donne, dans les religions chrétiennes, à un être transcendant, supérieur et créateur de toute choses. Il y a probablement autant de dieux qu’il y a de croyants en dieu, chacun se le représente à sa façon.

Pour plusieurs, Dieu a créé chaque humain spécifiquement, avec un Plan en tête. Une autre croyance est que Dieu est bon, qu’il veut nous aider, qu’il veut notre bien.

« Suis-je en train de devenir athée? »

Sur les forums du Top Chrétien, une intervenante se pose une question importante:

Suis-je en train de devenir athée?

Au lieu de grandir dans la foi, c’est l’inverse qui se produit. Je pers mes convictions au fur et à mesure, et je ne sais plus trop à quoi me raccrocher.

J’ai fréquenté une « église »pendant quelques temps, pour me rendre compte maintenant, longtemps après l’avoir quittée, qu’elle est engagée dans des dérives sectaires graves, heureusement pas du tout représentatives du mouvement dans lequel elle s’inscrit. Ces dérives ont également infiltré, même si ce n’est de façon que très marginale, la deuxième église que j’ai rejointe par la suite, mais ça a suffit pour m’éloigner une nouvelle fois. Je n’ai pas réussi à me sentir bien ailleurs. Je n’arrive plus à faire confiance aux églises, ni à Dieu d’ailleurs.

Ce qui m’anéantit maintenant, c’est le fait que ce que je croyais être un exaucement à une prière ne l’est plus. Dans un moment de doute, j’avais demandé à Dieu une preuve de son amour pour moi. Le lendemain, j’ai décroché un emploi, alors que je venais d’abandonner tout espoir à ce sujet. J’ai considéré ça comme un « signe » de Dieu. Pourtant, mes certitudes s’écroulent une nouvelle fois, car je me retrouve de nouveau sans emploi, à l’issue d’un CDD. Pour moi, ce n’est pas une question de survie sur le plan matériel, car je suis mariée, sans souci financier, mais je me retrouve sans objectif dans la vie. J’aimais beaucoup mon travail, je me suis donnée à fond, j’avais des collègues que j’appréciais, et voilà que j’ai tout perdu. J’ai cru pouvoir rebondir sur un autre emploi de suite, car des opportunités se sont présentées, mais rien ne se concrétise pour le moment.

J’ai aussi été ébranlée par le fait de voir tant de chrétiens atteints de maladies graves. Certains les ont cachées, comme des secrets honteux, ce qui n’a fait qu’aggraver ma stupéfaction devant un tel manque de transparence. Je me demande aussi pourquoi Dieu permet que des personnes jeunes, tellement engagées pour lui, souffrent autant ?

Ce message, s’il est authentique (et il est tout à fait raisonable de croire que c’est le cas) représente bien le questionnement par lequel ont passé beaucoup d’ex-croyants. Chez certains, ce questionnement demeure sur un terrain intellectuel, philosophique. Plusieurs ressentent toutefois une angoisse bien réelle face à l’effacement graduel de leur foi.
Nous offrons ici une réponse à « Sidonie », cette intervenante sur le forum Top Chrétien.

Réponse athée à une chrétienne évangélique qui doute

Chère Sidonie,
Douter de sa foi n’équivaut pas nécessairement à devenir athée, et on ne devient pas nécessairement athée car on a remis sa foi en cause. Il est tout à fait sain que tu doutes. En tant que personne qui valorise beaucoup l’usage de la rationalité, j’estime que douter devrait être un exercice pratiqué par l’ensemble des croyants. De nombreux croyants (qu’on dit souvent « libéraux ») sont, dans une mesure ou une autre, d’accord pour dire que le doute est une bonne chose.
Étant athée, ce n’est pas mon travail de trouver des justifications théologiques pour tenter de minimiser les événements frustrants que tu as vécu récemment. Il y a des événements qui sont totalement hors de notre contrôle. L’erreur est de s’imaginer qu’un dieu en est la cause, car il souhaiterait nous punir ou nous envoyer un message. Il s’agit d’une erreur de pensée engendrée par tes croyances religieuses.
De même le fait d’avoir prié peu avant l’obtention d’un poste ne signifie pas que la prière en est la cause. Ces deux événements (prière et emploi) n’ont pas de lien réel sur le plan de la causalité. C’est un réflèxe de croire que A cause B si A précède B mais ce n’est pas toujour le cas; par exemple ce n’est pas parce que le coq chante que le soleil se lève.
Tu n’as pas perdu ton emploi en raison d’un manque de foi, et les autres chrétiens que tu mentionnes ne sont pas tombés malades en raison d’un châtiment divin. Ces événements sont arrivés pour des raisons que tu peux très bien identifier – et qui n’ont rien à voir avec ton Dieu. C’est ainsi, les religieux attribuent des choses à leur dieu. Autrefois on croyait bien que Zeus envoyait la foudre, plus maintenant. Dieu rapetisse avec le temps et devient de plus en plus abstrait et lointain.
J’en arrive à mon plaidoyer pour l’athéisme. Il me semble clair que la religion n’apporte rien de positif à ta situation actuelle. Au contraire, cela semble plutôt engendrer de la frustration et de l’anxiété. Les religions se targuent d’apporter un sens à la vie, d’apaiser les craintes et l’angoisse. Visiblement cela ne fonctionne pas dans ton cas. Tu n’es pas la seule. Dans le milieu évangélique, la déconversion est monnaie courante.
Si c’est la voie que tu choisis, bienvenue!

Remplacer les idées religieuses destructrices par des idées humanistes constructives

Un concept important dans la thérapie cognitive-comportementale est l’identification d’idées causant de l’anxiété et de la détresse, puis leur remplacement par des idées positives contribuant au bien-être de l’individu. Cela en fait une approche qui semble avoir été taillée sur mesure pour venir en aide aux personnes souhaitant en finir avec leur endoctrinement religieux.

Un livre sur le sujet a été écrit par la psychologue Marlene Winell, qui aide d’anciens religieux intégristes depuis plus de 25 ans, en plus de contribuer occasionnellement à des blogs comme ex-christians dot net et debunking christianity. Dans Leaving the fold, Marlene Winell donne une liste d’idées négatives récurrentes dont les déconvertis voudrant se défaire. Nous avons adapté cette liste pour le blog libre sans dieu. Ces changements de « paradigme » sont intéressants puisqu’ils mettent en exergue la différence entre l’humanisme et intégrisme religieux dans la conception de l’être humain. À méditer!

Trois groupes de croyances qui polluent l’esprit

Croyance: l’individu n’est pas important. C’est le groupe religieux qui compte. Le développement personnel n’est pas important, il importe plutôt de se conformer aux idéaux du groupe religieux.

Réalité: chaque individu est important. Le développement personnel est primordial, puisqu’il contribue à la société entière.

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Croyance: les humains sont fondamentalement mauvais, faibles, dépendants de l’action de Dieu pour être « sauvés ». Le corps humain (« la chair ») est dégoutant, sans valeur et doit être châtié au besoin.

Réalité: chaque personne est précieuse en vertu de son appartenance à l’espèce humaine. Le corps humain est digne de respect.

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Croyance: on ne peut rien faire par soi-même, sans Dieu rien n’est possible. On ne peut pas changer ou s’améliorer sans l’assistance divine.

Réalité: le potentiel humain (raison, connaissance, empathie, créativité, etc.) est immense. Un changement positif est possible chez ceux qui utilisent ce potentiel.