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La tache aveugle mentale et le « saut de foi »

Une position populaire parmi les croyants avec qui je discute, de même que dans les commentaires reçus sur ce blog, est que l’athéisme est dogmatique, cherchant à tout expliquer par la science et la raison. Une proposition assortie à cette critique est de considérer un certain groupe d’assertions surnaturalistes ou irrationnelles comme étant valides. Une fois examinées avec sincérité, ces assertions apparaîtront comme vraies. C’est le « saut de foi »: assumer que des affirmations qui semblent absurdes sont en fait pleines de sens, de manière à réaliser qu’elles sont réellement pleines de sens.

L’idée que les croyants ont accès à des connaissances privées n’est pas formellement impossible. S’il y a un ou plusieurs êtres suprêmes, il n’est pas exclus qu’ils puissent communiquer à leurs « fans » des réalités inédites. Mais il y a des problèmes. Je vais en soulever deux.

D’abord, il semble que, si j’effectue le « saut de foi » et que j’adopte finalement une attitude critique vis-à-vis de l’ensemble de croyances qui me sont proposées, le croyant serait tout à fait en mesure d’affirmer que je n’ai pas réalisé correctement ou sincèrement le saut de foi. Cela entraîne une impasse dans le dialogue puisque mon interlocuteur juge que si j’avais vraiment « compris », alors j’aurais pu expérimenter toute la vérité de son système de croyance et je serais d’accord avec ce système. Comme je ne suis pas d’accord, alors je ne dois pas avoir « compris ». Je mets des guillemets au mot compris car il ne s’agit pas vraiment de compréhension rationnelle, laquelle éliminerait le besoin de faire un « saut de foi ». On remarque qu’il y a déjà, comme croyance sous-jacente, l’idée que l’on peut atteindre une vérité sans faire usage de la raison, simplement en s’imprégnant de cette vérité inexprimable.

Ce qui me mène à mon second problème avec le « saut de foi ». S’il faut être chrétien pour « comprendre » le christianisme, musulmane pour « comprendre » l’islam, etc, alors je vois un triste avenir pour toute forme de dialogue entre des personnes de religions différentes, et un avenir encore pire pour tout débat entre athée et croyant. Le saut de foi implique qu’il y a une « tache aveugle » dans l’esprit de l’individu ne faisant pas partie du groupe religieux X. Cette faille cognitive m’empêche de saisir toute la vérité de la religion X.  Et c’est là le problème: pratiquement toutes les religions me disent qu’il faut que j’adopte leur système et que, ensuite, je vais « comprendre ». Pour être cohérent, il faut admettre que tout le monde possède une tache aveugle mentale l’empêchant de « comprendre » les croyances de l’autre. Ça tombe vite dans le relativisme le plus plat, et empêche toute discussion argumentée puisque les éléments requis pour échanger font partie des choses que nous ne pouvons comprendre, nous qui ne partageons pas cette « foi » particulière.

Un petit exemple. Supposons Christian, un chrétien, et Muslima, de foi musulmane. Pour véritablement saisir la religion de Muslima, Christian devrait, finalement, faire le saut de foi et se convertir à l’islam. Réciproquement, Muslima (si on se fie à la logique interne de l’argument par le « saut de foi ») devrait être chrétienne pour avoir une appréciation authentique des croyances de Christian. Autrement dit, Christian comprend Christian et Muslima comprend Muslima; la communication est impossible.

Pour l’athée, le « saut de foi » est une nuisance qui freine l’examen critique des religions sur la base que nous ne pouvons simplement pas comprendre, nous, vulgaires infidèles. Pour le croyant, le « saut de foi » rend impossible la communication de sa foi à autrui et relègue la religion au même statut que les traditions et particularités culturelles. Conséquences qui me semble assez indésirables, hormis pour des religions déjà très laïcisées (cathos non-pratiquants, juifs culturels, etc.)

Ah, et bonne année 2012!

 

 

Qu’est-ce que l’athéisme? Pourquoi ne pas plutôt être agnostique?

Voilà près de six ans que Libresansdieu parle d’athéisme. Mais s’est-on seulement demandé ce qu’est l’athéisme au juste? Un article présent sur l’ancien site visait à répondre à cette question. En voici une version un peu réduite et remaniée.

La plupart des ouvrages donnent comme définition d’athéisme la croyance selon laquelle il n’y a pas de dieux. Cette définition est mauvaise pour deux raisons. D’abord, elle suppose un préjugé positif envers les monothéismes: que dire alors d’une peuplade ayant une religion axée sur les ancêtres, mais qui « croit qu’il n’y a pas de dieux » ? Devrait-on dire qu’ils sont athées? On en doute. Définir l’athéisme selon la définition de « dieu » est donc plutôt hasardeux. (Source: Martin, 2007).

Deuxièmement, cette définition n’est pas conforme à l’étymologie réelle du mot.

Définition étymologique

Athéisme vient du Grec a/theos, ce qui signifie sans/dieu. Le « a » est un privatif, qui se distingue de « anti ». Un athée est donc une personne « sans dieu », c’est-à-dire une personne qui ne croit pas qu’il existe de dieux. Il ne s’agit pas d’une personne qui s’oppose à Dieu. Une personne, selon cette définition, pourrait ne jamais avoir entendu parler des dieux et être athée.

Selon le Cambridge Companion to Atheism

Cependant il est possible de ne pas avoir de croyances religieuses tout en critiquant, en tant que positions métaphysiques, éthiques, scientifiques, etc, les croyances et doctrines religieuses d’autrui.

Le Cambridge Companion to Atheism (Martin, 2007, p. 1-2) propose à cet effet de distinguer l’athéisme, dans son étymologie originelle a/theos (absence de croyance) d’un athéisme tel que défini dans le dictionnaire, l’incroyance positivement articulée. On parle alors respectivement d’athéisme négatif et positif.

Le problème resurgit alors: comment concevoir l’athéisme positif alors qu’il n’y a pas de définition de ce qu’est Dieu? En quoi, au juste, est-ce que l’athée ne croit pas? Martin propose de donner une définition minimale des dieux pour répondre à cette question.

Il y aurait le Dieu stéréotypé des religions monothéistes: créateur, juge, législateur, etc. Et d’un autre côté les dieux des polythéistes, celui des déistes, celui des panthéistes. Certains athées positifs s’intéresseraient seulement au premier Dieu, cherchant par exemple à réfuter son existence. Une fois son travail accompli, avance Martin, cet athée positif pourrait très bien retourner à un état d’athéisme négatif… jusqu’à ce qu’une nouvelle « preuve » de l’existence de Dieu (ou tout argument théiste) se présente à lui et demande à être réfuté.

D’autres athées positifs entreprennent un programme plus large, et tentent de miner la religiosité elle-même, y compris les croyances polythéistes, déistes et panthéistes. Pour ce faire, ils feront souvent appel à des arguments basés sur la psychologie des masses, l’évolution des facultés cognitives ou l’étude comparative des religions.

Finalement, selon Martin, il est possible d’alterner les types d’athéisme selon la croyance à laquelle on a affaire. On peut ne pas croire mais demeurer indifférente à tel ou tel conception de Dieu, tout en cherchant à attaquer telle autre conception. Par exemple, plusieurs athées respectent, sans la partager, la position panthéiste d’Albert Einstein, et ne jugent pas pertinent de l’attaquer, bien qu’ils puissent critiquer les concepts de Yahvé ou Allah. En revanche, dans The God Delusion, le professeur Richard Dawkins a consacré un chapitre entier à critiquer la position d’Einstein, qu’il qualifie de « haute trahison intellectuelle » (Dawkins, 2006).

En fait, selon le même Dawkins, nous sommes tous athées concernant au moins 99% des dieux. Même les religieux, lorsqu’ils critiquent les autres religions, font preuve d’un athéisme positif « localisé ».

On ne choisit par d’être athée.

Cet athéisme comme état de fait sépare l’humanité en deux groupes, sans intermédiaire, sans zone médiane : les athées et les théistes. Ceux qui croient en au moins un être supérieur quelconque, et ceux qui n’y croient pas. (Vous pouvez lire à ce propos la position de Positive Atheism sur le sujet.)

Il est possible de choisir une idéologie qu’on articulerait (ou non) avec notre athésime. Mais on ne décide pas d’être ou de ne pas être athée: cela découle automatiquement de notre position par rapport à l’existence de dieux.

Par ailleurs, « choisir d’être athée » implique que l’on choisit nos croyances, ce qui est en soi assez contestable.

Agnosticisme et limites de la connaissance

Plusieurs estiment que l’athéisme est une position radicale et que l’agnosticisme serait plus « prudent » ou « neutre ». En réalité, l’agnosticisme est un autre type de proposition, qui concerne la possibilité de connaitre, de savoir si des êtres transcendants existent ou non. Athéisme et agnosticisme relèvent de deux types de questions:

  1. Athéisme: Comment est le monde? Qu’est-ce qui existe?
  2. Agnosticisme: Que puis-je connaitre au sujet du monde? Comment?

Il n’est donc pas exclu d’être athée et agnostique. Il s’agit même d’une position très répandue. Voici quelques manières de formuler l’athéisme en tenant compte de notre possibilité de connaitre:

  • « Si Dieu existait, ça se saurait. »
  • « Même si Dieu existait, on ne pourrait le démontrer. »
  • « Je suis athée concernant tous les dieux qu’il serait possible de connaitre, et je suspens mon jugement au sujet des dieux qui n’ont aucun rapport avec la réalité. »
  • Etc.

Ce qui est à éviter, ce sont les positions pseudo-agnostiques qui donnent autant de possibilité à l’existence ou l’inexistence de dieu. Le fait de ne pouvoir se prononcer avec exactitude ne signifie pas automatiquement que les deux hypothèses sont équiprobables.

Certes, on voit parfois des croyants s’accrocher à l’espoir qu’un athée se convertisse en évoquant le fait qu’il ne peut savoir avec certitude absolue que Dieu n’existe pas. (Cela n’est pas sans rappeler l’adolescent qui, réalisant que l’objet de son affection ne peut être certain à 100% de ne pas l’aimer, conclue que c’est l’amour fou. Mais je digresse.)

Répondons à ce croyant optimiste (et du coup à l’adolescent amoureux). Les opinions humaines devraient être circonscrites dans les limites de la raison. Que ce soit une hypothèse positive (dieu existe) ou négative (dieu n’existe pas), ce jugement se fait dans les limites du raisonnable. On ne peut faire autrement, puisque le jugement se produit dans la raison. Celui qui affirme savoir que Dieu existe avec une certitude absolue, ou pire, qui prétend connaitre Dieu, celui-là est en train, au fond, de prétendre connaitre ce qu’il ne connait pas et que, selon son propre aveu, il ne pourrait pas connaitre, cette chose étant inaccessible à la raison humaine.

En revanche, lorsque j’affirme que Dieu n’existe pas, je me prononce dans les limite de ce que je peux connaitre. S’il existe d’autres plans de la réalité inaccessibles avec de petits dieux de cachés à l’intérieur, nous ne pourrions jamais le savoir. Ça ne veut pas dire que Dieu existe. Si ces autres mondes ou plans existent nous sommes tous agnostiques (par définition!) par rapport à ceux-ci et donc pas en mesure de savoir si des dieux s’y trouvent.*

Qui sait, peut-être que les croyants ont trouvé un autre mode de connaissance leur permettant de connaitre Dieu et que nous ne pouvons comprendre, nous, vulgaires mécréants. Cela ferait des athées de réels agnostiques, au sens médical: incapacité de connaitre une certaine classe d’objets (par exemple la prosopagnosie).  L’enfer prendrait alors une toute autre signification: cela voudrait dire que Dieu torture les handicapés.

*Pire: le ou les dieux pourraient être dans un autre monde possible, sans lien avec le nôtre, ce qui revient au même (pour nous) que de dire que Dieu n’existe pas. Le truc est de distinguer ce qu’il est possible d’imaginer de ce qui est réel.

Dialogue sur la science

Théophile: Bonjour Sophie, je vois que tu lis un ouvrage scientifique.

Sophie: En effet, je m’intéresse beaucoup aux sciences depuis quelques temps.

Théophile: Tu n’es pas tombée dans le scientisme, j’espère.

Sophie: Le quoi?

Théophile: Le scientisme. C’est une doctrine naïve selon laquelle la science explique tout.

Sophie: Ah bon. Ça me semble étrange. Connais-tu des auteurs qui adhèrent à cette doctrine?

Théophile. Pas vraiment. Ce n’est pas une doctrine à laquelle les scientifiques adhèrent délibérément. C’est un qualificatif qu’on attribue aux auteurs lorsqu’ils démontrent une grande naïveté à l’égard de la science. Certains darwinistes, par exemple, s’entêtent et adhèrent dogmatiquement à la doctrine de leur héros Charles Darwin.

Sophie: Explique-moi.

Théophile: Et bien Darwin affirmait que chaque espèce se définissait par son interfécondité, c’est-à-dire par sa capacité à se reproduire avec ses semblables. Mais dernièrement j’ai lu un article qui disait que certaines espèces peuvent échanger des gènes avec des individus qui ne sont pas de leur espèce.

Sophie: Fascinant!

Théophile: Ce genre de découverte remet vraiment en question la théorie de l’évolution. Je pense que les vrais scientifiques sont ceux qui acceptent que la théorie a des failles et ont recours à d’autres types de discours, comme la théologie, pour compléter leur modèle du monde.

Sophie: Vraiment? Pourquoi dis-tu cela?

Théophile: C’est évident. Si la science est incomplète, il faut l’admettre et non s’entêter de manière dogmatique. Autrement, ce serait faire de la science une religion.

Sophie: Je suis bien d’accord que les scientifiques ne doivent pas être dogmatiques. Mais il y a certains point dans ce que tu dis qui me semblent plutôt douteux.

Théophile: Interroge moi donc sur ces points, et il me fera plaisir de te les expliquer.

Sophie: D’abord, les scientifiques, sont-ils toujours d’accord en toute chose ou est-ce qu’ils se disputent sur plusieurs sujets?

Théophile: Ils se disputent.

Sophie: Et ces disputes, que nous disent-elle sur le fonctionnement de la science en général? Qu’elle est dogmatique ou qu’elle est en mouvement?

Théophile: Elle est en mouvement, certes.

Sophie: Bien. Maintenant, en ce qui concerne les découvertes qui altèrent une partie du modèle scientifique, comme celle qui tu mentionnais plus haut. Est-ce que cette découverte a été faite par des scientifiques?

Théophile: Oui.

Sophie: Elle ne provient pas d’une autre discipline, comme la théologie?

Théophile: Non.

Sophie: Pourrait-on dire que la science, en tant qu’entreprise humaine, s’est corrigée elle-même, ou que c’est une autre discipline qui est venue la corriger?

Théophile: Elle s’est corrigée elle-même.

Sophie: Et si une autre discipline venait corriger la science, est-ce que cela montrerait que la science est dogmatique?

Théophile: Au contraire, Sophie, cela montrerait que la science n’est pas dogmatique.

Sophie: Nous sommes donc d’accord là-dessus. Dis moi aussi, si la science est corrigée, par elle-même ou une autre discipline, est-ce que cela signifie que la connaissance du monde est imparfaite?

Théophile: Tout à fait.

Sophie: Il semble que nous employons le mot science dans deux sens: la science en tant qu’entreprise humaine, et la science en tant que connaissance du monde.

Théophile: Je l’ai remarqué moi aussi.

Sophie: Si la science en tant que connaissance du monde est imparfaite, n’est-ce pas car la science en tant qu’entreprise humaine est imparfaite?

Théophile: Je ne suis pas certain de comprendre, Sophie. Explique moi.

Sophie: Supposons que nous disposions d’une manière infaillible de connaitre la vérité; supposons aussi que notre vie soit d’une longueur infinie.

Théophile: Dans ce cas, nous serions éventuellement omniscients.

Sophie: Mais ce n’est pas le cas.

Théophile: Évidemment.

Sophie: Notre faculté de connaitre est imparfaite, et notre vie est limitée.

Théophile: C’est évident.

Sophie: Mais sans ces contraintes, pourrions-nous tout connaitre?

Théophile: Je suppose qu’on le pourrait.

Sophie: Tu pourras donc me dire si, lorsqu’une discipline scientifique est dans l’erreur, il faut blâmer l’entreprise scientifique.

Théophile: Selon ce que nous avons dit, il faudrait blâmer les imperfections de nos sens et la brièveté de notre vie.

Sophie: Mais dis moi, Théophile, comment peut-on pallier à ces difficultés?

Théophile: C’est ce que je te disais tout à l’heure: d’autres types de discours peuvent combler ces manques.

Sophie: Et quels seraient ces discours? Ne seraient-ils pas la théologie et la philosophie?

Théophile: C’est exact.

Sophie: Demandons nous quand même quel type de discours pourrait accomplir la tâche que nous avons définie.

Théophile: Bonne idée, bien mon opinion là-dessus soit déjà formée.

Sophie: Voyons d’abord quelle est le rôle de la science, il sera ensuite facile de voir quels rôles devraienta voir les disciplines pouvant compléter son travail. Que fais la science, au juste?

Théophile: Elle explique des phénomènes naturels.

Sophie: Je suis d’accord. Nous nous sommes aussi mis d’accord sur le fait que la science est imparfaite. Donc la science n’explique pas parfaitement les phénomènes. Elle les explique d’une manière imparfaite.

Théophile: C’est là exactement mon avis. Lorsque la science est prise en défaut, par exemple concernant la transmission génétique, on a une démonstration évidente de l’imperfection de la science.

Sophie: Crois-tu que la transmission génétique est un phénomène naturel, ou surnaturel.

Théophile: Naturel, cela va de soi.

Sophie: Attention maintenant. Tu affirmes que la mission de la science est l’explication de phénomènes naturels, et que la science est imparfaite. Tu conviens que la transmission des gènes est un phénomène naturel. Tu dois aussi admettre que c’est la science qui doit expliquer la tranmission des gènes.

Théophile: Tout à fait, et je ne vois pas de contradiction avec ce que j’ai dit plus haut.

Sophie: Je vais te montrer la contradiction. Tu as débuté en disant que la découverte d’un autre mode de transmission génétique ouvrait la porte à l’utilisation d’autres types de discours pour expliquer ce phénomène. Tu affirmes maintenant que ce phénomène doit être expliquer par la science et non par d’autres types de discours.

Théophile: Il n’y a pas de contradiction. J’affirme que la science doit expliquer ce qui est le propre de la science, certes. Mais de telles découvertes ne peuvent êtres faites si les scientifiques ne sont pas dogmatiques. Or, pour éviter le dogmatisme, il faut une réflexion critique sur la science, réflexion qui est apportée par d’autres types de discours.

Sophie: Je vois. C’est une réflexion habile, qui de plus nous ramène à notre sujet: quel type de discours peut corriger la science. Ce discours, dis-tu, devra permettre aux scientifiques d’éviter le dogmatisme. Or, le discours religieux n’est-il pas dogmatique par définition?

Théophile: Il l’est.

Sophie: En quoi peut-il permettre aux scientifiques d’éviter de penser de manière dogmatique?

Théophile: En les encourageant à s’interroger sur les principes premiers de choses.

Sophie: C’est étrange, je croyais que la discipline qui s’intéressait aux premiers principes était la philosophie.

Théophile: C’est le cas en effet.

Sophie: Pourquoi as-tu donc parlé de théologie?

Théophile: Car la théologie explique certaines choses, la science en explique d’autres. Afin de comprendre le monde il faut avoir les deux types de discours.

Sophie: Nous avons convenu que la science se penche sur les phénomènes naturels. La philosophie s’intéresse aux concepts fondamentaux, ce qui contribue à notre compréhension du monde et la manière dont nous vivons dans ce monde. Dis moi maintenant, qu’est-ce que la théologie, quel est son but? N’est-il pas vrai qu’elle s’intéresse aux choses qui, par essence, ne sont pas du ressort de la science?

Théophile: C’est exact.

Sophie: Ces choses sont-elles des phénomènes naturels? Peut-on les comprendre par la raison?

Théophile: Non, surnaturels. Il va de soi qu’on ne peut les comprendre par la raison.

Sophie: Tu dis cela, mais tout de même tu souhaites débattre avec moi de ces choses. Crois-tu que notre discussion est fondamentalement irrationnelle? Crois-tu que je suis sotte, ou folle?

Théophile: Ne te mets pas en colère, Sophie. Je crois au contraire que notre discussion est rationnelle et que tu es une personne intelligente.

Sophie: Notre discussion étant rationnelle, pourquoi y introduis-tu des idées qui ne sont pas de l’ordre de la raison?

Théophile: Je l’ignore.

(Inspiré de ma lecture de Hume, de conversations réelles ou électroniques avec des croyants, et bien entendu de Platon pour le style.)