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La probabilité de l’athéisme

Quelques réflexions sur la capacité à connaitre, sur l’agnosticisme et l’athéisme. Un peu éparpillé. Mais rien ne m’empêche de ramasser les bon bouts plus tard dans d’autres billets.

En l’absence de données nous informant sur sa probabilité, à combien doit-on estimer cette probabilité?

Selon une échelle où 0 est une probabilité nulle, et 1 une certitude, à quel point doit-on situer un évènement X qui nous est complètement inconnu?

Doit-on le situer par défaut à 0,5 ? Ce serait déjà se prononcer quant à la probabilité de X. Or, nous avons convenu plus haut que nous ne connaissions rien de X.

Que faire? On se range à 0,5, juste au cas? Mais pourquoi pas 0,4? 0,1? 0,999?Cet « agnostique », aussi longtemps qu’il sous-entendra que l’athéisme et le théisme sont équiprobables, ne pourra être considéré comme cohérent.  Évaluer X à 0,5 n’est pas une position plus humble scientifique ou plus neutre, c’est faire une affirmation à propos de quelque chose que l’on ne connait pas.

En tant qu’agnostique, on a déjà admis qu’on ne pouvait connaitre (par définition!), donc considérer le théisme de façon charitable (juste au cas) n’est pas de l’agnosticisme.

C’est un point qu’il faut souvent expliquer et réexpliquer, surtout aux croyants prosélytes, qui s’imaginent parfois qu’un agnostique est déjà « à moitié converti », qu’il a fait « la moitié du chemin », etc.

L’agnosticisme est une position quant à la possibilité de connaitre les dieux et, par extension, les autres entités surnaturelles (esprits ancestraux, anges, etc.) L’agnostique affirme que le statut épistémologique de ces entités fait que même si elles existait, il serait impossible de les connaitre. On pourrait toujours trouver une autre explication, qui ne serait pas d’ordre surnaturel.

Autrement dit, si on parle de dieu comme étant inconnaissable*, le monde actuel est exactement comme s’il n’y avait aucun dieu. Qu’il y ait des dieux ou non. Ça commence à ressembler à l’athéisme.

Paradoxalement, c’est justement pas refus de me prononcer quant à l’existence d’entités dont on ne peut connaitre le statut (existant/inexistant) que j’arrive à l’athéisme. Autrement dit, je commence en disant qu’il ne faut pas se prononcer quant on ne peut savoir, et je poursuis en affirmant l’inexistence des dieux. Pourtant je n’ai pas l’impression de me contredire. Pourquoi?

Parcimonie et prudence viennent à la rescousse. Certes, il demeure toujours une part de doute (très sain), mais lorsqu’on ne peut vraiment pas se prononcer, il convient de rejeter l’hypothèse évaluée et de maintenir l’hypothèse nulle.

Les tentatives, multiples, de renverser le fardeau de la preuve n’y changeront rien. Phrase typique: « absence de preuve n’est pas preuve d’absence ». On en entend souvent, et pas seulement dans le domaine religieux. (« Allez, prouve que je ne peux pas lire dans les pensées! »)

Du coup, c’est comme si l’incroyant (donc adepte de l’hypothèse nulle, de base) devait justifier sa propre prudence, sa propre humilité épistémique. Se faire traiter « d’aussi extrémiste que les croyants » simplement car on est adepte de la parcimonie? Ça suffit!

*Et si le dieu est connaissable? Alors il est possible de démontrer ou de réfuter son existence. Du coup l’athéisme ne serait plus une hypothèse, mais le constat de l’inexistence du dieu.

L’athéisme est une position neutre

Il est possible d’envisager l’athéisme comme une position tout à fait neutre. C’est un sujet souvent abordé sur ce blog: l’agnosticisme n’est pas nécessairement la position plus sage de celui qui s’abstient de se prononcer. Je ne crois en aucun dieu. Je suis athée. C’est simple.

Je suis aussi d’avis qu’il serait impossible de savoir si un dieu existe ou non, dans la mesure où on le définit comme impossible à connaitre. Cette partie n’est pas une croyance, c’est une tautologie. S’il existe des objets qui ne peuvent être connus et que X ne peut être connu, alors on ne peut déterminer si X existe ou non.

Il va aussi de soi que si un objet ne peut être connu, il en est, pour le sujet observant, comme si cet objet n’existait pas. Affirmer que le dieu-inconnaissable-bien-caché-au-fond-de-la-galaxie n’existe pas n’est donc pas particulièrement présomptueux. C’est tout simplement logique, en fonction des informations dont on dispose, et dans les limites de notre rationalité*.

En ce sens, ceux qu’on désigne comme des athées sont simplement des athées universels… les théistes étant des « athées moins un ». Si on se place sous la position « on ne peut confirmer ou infirmer l’existence de Dieu », alors le statut du Dieu chrétien est identique à tous les autres « objets dont on ne peut confirmer ni infirmer l’existence »:

  • La Licorne Rose
  • Santa Claus
  • La théière galactique
  • Le Monstre de Spaghetti Volant,
  • Sainte Grenouille (C.R.O.A.),
  • etc.

Meuh non! On ne va quand même pas comparer le bon Dieu à la licorne rose! Non? Pourquoi pas? À cause de preuves en faveur de l’existence de ce dieu, nous dira le philosophe Paul Copan.

Mais ce faisant, on sort d’une discussion concernant les machins dont l’existence ne peut être prouvée (ou réfutée) et on entre dans la discussion d’un machin dont l’existence, semble-t-il, peut être prouvée. La preuve étant qu’il se donne la peine de tenter une démonstration de l’existence de Dieu. C’est de la triche!

D’une manière générale, tout à fait neutre: les machins dont on ne peut déterminer l’existence… dont on supposer qu’ils existent? Oui, non, peut-être. Est-il possible de spéculer sur le statut ontologique de machins alors qu’on ne sait même pas si ces machins sont vrais? Oui, non, « ah mais on le fait déjà », « qu’entendez-vous par statut ontologique »? Voilà enfin de vraies question philosophique. Pas besoin d’amener Dieu là-dedans.

*En ce qui concerne la possibilité que Dieu existe en-dehors de ce qu’on peut concevoir avec nos facultés rationnelles, et bien… justement cela sort d’un cadre rationnel. Je prépare tout de même un court billet sur le sujet.

Libresansdieu répond à vos questions II

Voici la suite de notre billet précédent où on répond aux questions de collégiens concernant l’athéisme. Nous abordons ici les question 9 à 16.

9. Pourquoi est-ce que Dieu n’existe pas?

Rappellon d’abord deux choses:

1. C’est à ceux qui affirment quelque chose de le prouver. Demandez-vous: pourquoi est-ce que la Licorne Magique n’existe pas? Pouvez vous prouver qu’elle n’existe pas? Et bien votre réponse sera la même (concernant la licorne rose) que la mienne (concernant Dieu).

2. Il est possible de définir Dieu de manière à ce qu’il soit impossible de réfuter son existence. Si je dis que Dieu, c’est l’Univers, ou encore que c’est l’Amour, alors là c’est évident qu’il existe. Si je place Dieu vraiment loin de notre réalité et que je crois qu’il n’intervient aucunement dans le cours des choses, alors il est impossible de réfuter ce dieu là, le dieu des déistes.

Je suis presque certain que Dieu n’existe pas, mais je suis certain que le Dieu chrétien n’existe pas. Lorsqu’ils postulent l’existence de Dieu, les chrétiens affirment aussi des choses au sujet du monde réel. Et ces choses là, on peut les réfuter. Par exemple, la Bible affirme que le monde a 6450 ans, que la terre est plate, que les serpents parlent, que lapins sont des ruminants et que pi vaut 3. On sait que tout ça est faux. Tu peux le prendre comme étant symbolique, mais à ce moment là, qu’est-ce qui est une métaphore et qu’est-ce qui ne l’est pas? Est-ce que Jésus aussi est une métaphore? Bref, plus on « bidouille » avec l’interprétation de la Bible, plus on s’approche d’une croyance déiste qui est purement esthétique.

Ensuite, prenons Dieu lui-même. On affirme qu’il est parfait, mais aussi qu’il a une volonté. Dès Aristote on savait que c’est impossible. Si Dieu veut quelque chose, c’est qu’il lui manque quelque chose. Donc il n’est pas parfait. Ça se contredit. Soit Dieu est parfait, soit il a une volonté. Les deux ne peuvent être vrais en même temps. Je sais donc que ce Dieu, celui qui est supposément parfait et a une volonté, n’existe pas.

En ce qui concerne les deux dont je n’ai jamais entendu parler, et bien j’attends qu’on m’en parle, et je dirai ensuite si j’y crois.

 10. Que pensez-vous de la Bible, des fondements chrétiens?

 La Bible est un recueuil de livres écrits par des douzaines de personnes différentes à des époques différentes. Ces textes ont été sélectionnés et mis ensemble selon des critères tout à fait arbitraires. La Bible, telle qu’on la connait aujourd’hui, n’a été officialisée qu’au 16e siècle lors du concile de Trente. La plupart des théologiens actuels reconnaissent que la Bible n’est pas la parole de Dieu. Il s’agit de propos humains écrits par des humains qui exprimaient des propos concernant leurs expériences religieuses.

 Maintenant, quand on parle de « fondements chrétiens », il faut faire attention. La Bible ne représente pas intégralement la position actuelle du christianisme. Par exemple, la Bible affirme en plusieurs endroits que l’esclavage est bien. La Bible donne même des conseils sur la manière d’acheter ou de vendre un esclave. Or les chrétiens ne sont pas, aujourd’hui, en faveur de l’esclavage.

 
11. Que pensez-vous des arguments chrétiens qui prouvent l’existence de Dieu par les concepts suivants : la beauté du monde, l’apparition de Dieu aux Apôtres, le besoin de l’Homme d’être sauvé et la complexité de l’Univers.

Ces arguments n’en sont pas, puisqu’ils dépendent d’une croyance préalable dans ce qu’ils cherchent à démontrer. Je suppose qu’ils peuvent soulager les croyants, tant mieux pour eux, mais ce ne sont pas des arguments valables. Voici tout de même de brèves réponses aux quatre points mentionnés dans votre question.

 1. Beauté du monde: il s’agit d’une conception tout à fait subjective. Un enfant à moitié mort de faim, rongé par un ver intestinal, ce n’est pas très beau. Des gens qui s’entre-tuent à cause de leurs religions, ce n’est pas beau non plus. Peut-être que les chrétiens trouve que c’est beau, mais cela fait d’eux des gens cruels et je ne pense pas qu’il faut les prendre au sérieux.

2. Apparition de Dieu aux Apôtres: la Bible ne dit pas que Dieu est apparu aux Apôtres. Elle affirme que Jésus a vécu sur terre et qu’il était le fils de Dieu. (En fait, la Bible dit aussi que nous sommes tous les fils de Dieu!) On sait que les lieux mentionnés dans la Bible ont existé, de même que la plupart des personnages. Ça ne veut pas dire que Jésus était Dieu.  Comparons: on sait que l’Angleterre existe. Ça ne veut pas dire que le roi Arthur, les chevaliers de la table ronde et Merlin l’Enchanteur ont aussi existé.

3. Besoin de l’homme d’être sauvé: comme je disais plus tôt, c’est un besoin artificiel. Si tu croies au péché originel, tu vas croire que tu dois être sauvé du péché. Sinon, non.

4. La complexité de l’Univers: encore là, c’est un critère assez subjectif. On peut voir l’univers comme la création surnaturelle d’un être magique. Ou comme le résultat du hasard et de la sélection naturelle. En étudiant la théorie de l’évolution, on voit que c’est la seconde explication qui domine. La vie sur terre est le résultat d’un bricolage cosmique, d’un gigantesque copié-collé un peu maladroit. Je trouve que c’est plus cohérent avec le modèle évolutionniste qu’avec la doctrine chrétienne.

12. D’après vous, pourquoi les religions ont-elles été inventées?

 Hormis quelques sectes, je ne pense pas que quelqu’un se soit assis un beau jour pour inventer telle ou telle religion. La religion est plutôt le sous-produit de mécanismes découlant de l’évolution par sélection naturelle et n’ayant pas la religion comme fonction primordiale. Autrement dit, la religion découle de processus mentaux et sociaux qui ne servent pas, en soi, à développer une religion. Pas plus que mon nez sert à tenir mes lunettes.

 Prenons par exemple la capacité de représentation. Si on ne pouvait se représenter quelque chose dans notre tête on ne serait pas capable de réfléchir. Donc quand quelqu’un s’imagine qu’un fantôme se trouve dehors, il n’est pas en train de s’abstenir de réfléchir. Au contraire, il emploie sa faculté innée de représentation… le problème est qu’il l’utilise mal.

 On remarque aussi que les religions, bien qu’il en existe des milliers, reviennent souvent avec les mêmes concepts encore et encore. La raison est simple: on a le même cerveau, et grosso-modo les mêmes expériences de vie. Les religions, tout comme les sophistes et autres vendeurs de pacotille,  exploitent certaines failles dans notre appareil cognitif afin de séduire les foules.

Remarquez que je n’essaie pas de justifier la religion en disant qu’elle a une cause naturelle (ce serait un sophisme). Au contraire, j’affirme qu’il faut rejeter ces illusions, déceler nos failles afin d’en tenir compte.

13. Pourquoi pensez-vous qu’il y a tant de gens qui croit? Qu’est-ce qui pousse l’humain à avoir la foi?

Comme je disais précédement, la religion fait appel à des capacités innées. Il faut une certaine « machinerie » pour croire, notamment la faculté de représentation. L’évolution biologique explique comment il est possible, au plan strictement biologique du moins, de croire. D’autres disciplines, comme l’anthropologie et la sociologie, ont aussi des choses intéressantes à nous dire à ce sujet. Ce qui est à éviter, c’est de trouver une cause surnaturelle au phénomène religieux – ce serait un raisonnement circulaire.

Les gens n’ont pas nécessairement besoin de croire. Ils croient car ils sont impreignés de croyances qu’ils retransmettent ensuite.

14. La foi nuit-elle à l’Homme?

 Comme je disais plus tôt, la foi c’est de croire sans preuve. Certaines croyances peuvent être dangereuses. La plupart sont bénignes, voire positives. Si je crois que je dois aider mon prochain pour ne pas que mon nez allonge, je risque d’aller nourrir les pauvres, de donner de l’argent à Centraide. Ce n’est pas très dangereux, au contraire.

 Mais parfois une croyance peut mener à comettre des actions qu’on ne ferait pas en temps normal et qui sont destructives. Par exemple, si une personne est convaincue qu’elle a trouvé une manière de déjouer la roulette au casino, elle peut dépenser tout son argent, et se mettre à voler. Rendu à ce point c’est presque impossible de convaincre la personne qu’elle a tort et qu’on ne peut pas battre le casino.

 15. La religion est-elle nuisible à notre société? Expliquez.

 La religion est généralement bénigne ou utile à la société. Mais, comme on le voit depuis en plus depuis le 11 septembre 2001, la religion est potentiellement dangereuse. Quand les gens ne réfléchissent pas et sont persuadés d’avoir raison, quand les gens sont prêts à faire n’importe quoi au nom d’un idéal, c’est dangereux. Maintenant, un idéal n’est pas nécessairement religieux. L’URSS aussi a commis des actes atroces, et c’était un pays où la religion était interdite. Dans ce cas précis, toutefois, on pourrait facilement dire que le problème était le dogmatisme (adhésion aveugle au régime) qui était en cause.

La religion est un cas particulier de dogmatisme potentiellement dangereux mais elle n’est pas la seule manifestation du dogmatisme.

 16. Pour terminer reprenez et compléter la phrase suivante : Un croyant c’est….
 

… quelqu’un qui manque de curiosité.

Le dieu chrétien est-il « bon » ?

La conception du dieu chrétien à la fois comme un bon père célèste plein de bonté et comme une force transcendante et infinie est contradictoire. Est-il même possible que le dieu chrétien soit « bon » ? Platon n’aurait jamais eu ce problème: pour le philosophe de l’âge classique, tout est assujeti à l’Idée du Bien. Même les dieux. La conception chrétienne de dieu, qui emprunte largement à Platon, se retrouve cependant dans une situation difficile lorsqu’il est temps de justifier l’existence d’un dieu qui soit lui-même bon.

Selon quels standards peut-on affirmer que dieu est bon? Cela impliquerait des standards du bien et du mal qui sont au-delà de dieu. On se retrouverait alors avec un dieu platonicien, dépendant de l’Idée de Bien. Ce n’est pas un problème si on est prêts à admettre un dieu optimal mais non infini, qui dépend d’un bien transcendant, de même que des lois fondamentales de l’univers comme celles de la physique.

Qu’en est-il des commandements divins? Sont-ils bons? Cela permettrait peut-être d’affirmer que le dieu qui prescrit ces commandements est bon également. Après tout, le « bon » restaurant est celui qui sert de la bonne bouffe, et ainsi de suite. Mais on se retrouve alors avec un cercle vicieux selon quels critères pourrait-on dire que les commandements de dieu sont bons? Car c’est dieu qui les a prescrit et qu’il est bon? Mais on comptait justement se baser sur la bonté des commandements pour démontrer que dieu lui-même est bon…

On pourrait toujours aller voir si les résultats engendrés par les commandements divins sont toujours bons. À supposer que ce soit possible, cela ne démontrerait tout de même pas que dieu est bon. Il serait possible qu’on estime (dans notre logique humaine) que tel commandement (« ne pas tuer ») est bon car il engendre des résultats qui sont éthiquement bons. Mais, si le dieu est la seule source de moralité, rien ne nous garantit que ce commandement est réellement bon. Il pourrait nous sembler bon, mais en réalité faire partie d’un plan maléfique orchestré par un dieu mauvais.

En fait, il serait même possible qu’un dieu maléfique agisse exactement comme un dieu bon en surface, mais avec l’intention de nous tromper éventuellement. Tout raisonnement visant à démontrer un dieu bon devra donc écarter la possibilité du dieu trompeur personifiant un dieu bon; l’argument aurait beau être solide, il devrait aussi montrer qu’on ne vient pas accidentellement de prouver l’existence d’un dieu trompeur. Si dieu existe et est bon pour les raisons X, Y et Z, il serait possible d’employer les mêmes raisons pour démontrer que le dieu trompeur-temporairement-bon existe.

Nous avons vu ici quatre raisons pour lesquelles la conception chrétienne d’un dieu à la fois « bon », parfait et infini n’a aucun sens. Il y en a d’autres. Nous vous invitons à inscrire ci-dessous vos commentaires concernant cet article, ainsi que vos critiques (contra) et arguments (pro).

« Dieu est au-dessus de la logique »

Que penser des arguments selon lesquels il existerait un dieu au-dessus de la logique? Ce type d’argument est souvent employé afin d’éviter un débat rationnel. En effet, si dieu outrepasse la logique alors il faudrait exclure tout recours à la logique lorsqu’il est question de ce dieu. Nous présentons ici une brève réponse à l’argument selon lequel dieu surpasse et précède la logique.

Notez qu’il ne s’agit pas d’une preuve de la non-existence de Dieu, mais du moins une puissante critique de la notion de dieu en tant que créateur de toutes choses. Le dieu des adeptes de la process theology*, ainsi que celui de Leibniz, qui est assujetti à la logique, sont sains et saufs… pour l’instant.

Voyons voir: « dieu est au-dessus de la logique ». On a ici un dieu qui serait à l’origine de toutes choses, mais là, vraiment tout. Même les constantes de l’univers, même la logique. Si un tel dieu existait il lui serait possible de faire en sorte que les fondements de la logique, comme le principe de non-contradiction, changent du jour au lendemain. Ce dieu aurait pu créer un autre ensemble de règles, complètement différent de celui que les logiciens et mathématiciens observent, et en contradiction avec celui-ci.

C’est, vous l’aurez compris, complètement absurde. Cela voudrait dire que la logique est totalement contingente, qu’elle a été « choisie » par un dieu – lequel s’est basé pour ce faire si on-ne-sait-quoi, puisqu’il ne disposait pas lui-même de principes logiques.

On en conclut qu’un dieu précédent la logique est simplement impossible, et que l’argument du « dieu au-dessus de la logique » résulte plutôt d’une tentative absurde de bâtir un argument anti-rationnel tout en faisant appel aux outils de la rationalité.

Pour en savoir plus: Michel Martin. (1996). The Transcendental Argument for the Nonexistence of God.

*Voir par exemple Sanders (2007), The God Who Risks. Cliquez pour un extrait juteux.

Ce dieu aurait pu créer un autre ensemble de règles, complètement différent de celui que les logiciens et mathématiciens observent, et en contradiction avec celui-ci.

Peut-on réfuter l’existence de dieu en utilisant la logique seulement?

Qu’est-on en mesure de réfuter en utilisant la logique seulement, c’est-à-dire sans recours à l’observation empirique ? Je propose une petite expérience de pensée.

Supposons que j’ai un objet sur ma table de travail en ce moment. Quel pourrait être ce objet? Vous ne pouvez pas le savoir. Voici quelques objets qui pourraient s’y trouver:

  • Une roche;
  • Un livre;
  • Un pied humain ensanglanté;
  • Un chèque d’un million de dollars signé Bill Gates pour ma contribution à l’humanité;
  • Un document présentant une démonstration inédite du dernier théorème de Fermat.

Il semble que tout est possible. Il est tout de même faux de dire que cet objet pourrait être n’importe quoi. Il y a un ensemble limité d’objets qui pourraient se trouver sur mon bureau. Les contraintes d’espace, par exemple, font que la tour Eiffel ne peut définitivement pas se trouver sur mon bureau – sauf peut-être en modèle réduit.

Je souhaite à présent diriger votre attention vers un autre type de contrainte: la logique. Un objet impossible ne peut pas se trouver sur mon bureau – ou nul part ailleurs, en fait. Voici quelques objets impossibles:

  • La couleur du nombre « 42 »;
  • L’effacement de l’amitié;
  • Un paradoxe à pois mauve;
  • Un célibataire chauve marié et chevelu;
  • Une sphère d’uranium radioactif ayant une masse largement supérieure à la masse critique;
  • Etc.

Il n’est pas nécessaire de vous déplacer afin de voir que ces objets ne sont pas sur mon bureau. Ces objets ne sont nul part, ils sont impossibles. Il est donc tout à fait justifié d’affirmer que, par exemple, la couleur du nombre 42 ne se trouve pas sur mon bureau. Les nombres n’ont pas de couleur, ce sont des abstractions. Un nombre coloré est une entité impossible, et donc nécessairement inexistante, du moins en ce qui concerne la rationalité.

Ceci dit, revenons-en au problème de l’existence de dieu – n’importe quel dieu fera l’affaire. Ce dieu est-il également une entité impossible? Peut-être. Par exemple, un dieu qui est à la fois omnipotent et incapable de faire quelque chose est fort possiblement en contradiction. Il est raisonnable d’affirmer qu’un tel dieu n’existe pas, tout comme il est raisonnable d’affirmer qu’un célibataire-chauve-marié-et-chevelu n’existe pas.

Il ne s’agit pas là d’une preuve de la non-existence de ce dieu, mais plutôt d’un simple constat logique. Le problème (c’en est un pour les croyants du moins) est que l’accumulation de doctrines religieuses a souvent pour effet de créer des contradictions au sein de leur divinité favorite. Plus on affirme de choses concernant le dieu, plus il y a de chances que deux ou plusieurs de ces choses entrent en contradiction.

Une solution possible et d’affirmer simplement que le dieu dépasse la rationalité. Cela a par contre l’effet de mettre fin à tout débat rationel possible concernant le dieu, ainsi qu’à toute tentative de démonstration de l’existence de ce dieu. Si dieu est en-dehors de la logique et de la rationalité, alors on ne peut rien dire à son sujet. Et surtout pas tenter d’employer la logique afin de supporter notre croyence au dieu.

Nous n’avons certes pas fait ici de preuve de la non-existence de dieu par la logique, mais au moins montré que les preuves de l’existence de dieu de type « a priori » ou « par la raison seulement » sont donc futiles. Les qualités attribuées aux dieux sont source de problématique et menacent de mettre à jour l’origine de ces dieux à partir de l’imagination humaine. Il demeure toujours la possibilité d’une fuite dans le déisme, mais c’est là une position plutôt esthétisante, comme nous en avons traité dans un autre article.