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Crise dans la blogosphère athée, féminisme et masculinisme

Plusieurs de mes blogs athées favoris sont depuis quelques mois aux prises avec des problématiques tout à fait étranges. Il semble que la question du féminisme soit une source de division, ce qui m’étonne vraiment, et que l’ad hominem soit maintenant une pratique courante.

En même temps, plusieurs blogs se réclament du féminisme mais échouent à présenter un véritable point de vue féministe. En effet, le féminisme ne constitue pas seulement une défense des droits des femmes, c’est tout un courant d’étude avec une historique propre, ainsi qu’une branche de la philosophie. Il est regrettable de voir une possible discussion concernant le féminisme et l’athéisme se limiter à certains aspects du féminisme et ignorer largement tout le travail des féministes qui existent en-dehors de la blogosphère athée anglophone!

Finalement, je suis absolument sidéré de voir des gens qui se disent rationnels adhérer à ce qu’ils appellent le mouvement de « droits des hommes ». Bien qu’il puisse sembler tout à fait naturel, dans une perspective anti-sexiste, de défendre les droits des hommes autant que ceux des femmes, la création d’un mouvement propre à la défense du droit des hommes ne tient pas compte du contexte actuel d’oppression des femmes ou encore implique que les hommes auraient des droits différents. Les mouvements masculinistes ont aussi tendance à être des façades pour des douchebags mysogines qui cherchent à se cacher derrière l’objectivité et l’égalité homme-femme. Il suffit cependant d’étudier, ne serait-ce que superficiellement, leurs propos pour révéler la supercherie.

Ce que nous amène à notre question: pourquoi peut-il y avoir du féminisme mais pas du masculinisme?  Lire la suite

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Pourquoi j’aime plus ou moins le concept de « safe space policy ».

Exemple parmi d’autres de la manie des militant-es queer ou féministes de faire des « space », le safe space est un code de conduite visant à s’assurer que tous se sentent « safe » (en sécurité ») sur le plan physique et émotionnel.

Ce qui me dérange dans le concept de safe space, c’est leur côté bisounours. Je n’ai pas envie de respecter l’opinion des autres. J’ai envie de la mettre à l’épreuve. Je m’attend à ce qu’on en fasse autant de mes opinions (sinon je serais resté chez moi avec mes belles opinions).

Je n’ai pas envie de respecter l’intégrité émotionnelle des autres. Je veux que les gens soient sur le bout de leur chaise, confrontés, sortis de leur zone de confort. J’ai envie d’exprimer mes opinions de manière exagérée afin de voir jusqu’où mon idée se tient, et de faire l’avocat du diable si nécessaire.

Il faut qu’on pointe l’éléphant dans la pièce (ou la nudité de l’Empereur) sinon la discussion ne mène à rien.

On peut bien, si on veut, prendre un « espace de X » et un faire un « espace de Y ». Si je décide que l’espace « safe » doit devenir un espace permettant de confronter certaines idéologies, alors j’ai pris ton safe space et j’en ai fait un espace politique, qui (pratiquement par définition) est rarement safe.Ce n’est pas comme s’il y avait un cercle de poudre magique qui délimitait le safe space.

Bref, l’établissement de safe space – tout comme la violence verbale – peut devenir un rempart pour quelqu’un qui voudrait éviter la discussion de fond, incluant les discussions sur la validité des safe spaces. La confrontation est parfois une bonne chose et c’est quelque chose qu’il faut considérer lorsqu’on établit un code de conduite.

La « culture générale »: je n’y crois plus

J’ai enfin lu l’excellent Liliane est au lycée de Normand Baillargeon. Ayant le bonheur (malheur?) de côtoyer des « littéraires », j’avais déjà mes doutes sur la valeur de la fameuse « culture générale ».

Car qu’est-ce que la « culture générale », sinon qu’un corpus de connaissances disparates qu’il faut connaitre sous peine de paraître « inculte ». Ce corpus est soumis à un ensemble de règles non-dites mais étrangement proches du snobisme francocentriste. On entendra ainsi dire « Quoi, tu ne connais pas Coluche? Quel inculte! » mais jamais « Quoi? Tu ne connais pas Adama Dahico? » D’autre part, certains éléments de la « culture générale » sont plus ou moins importants pour comprendre la culture actuelle, mais demeurent essentiels pour avoir l’air cultivé. En revanche, des pans entiers de connaissance humaine (le gros de la science, par exemple, de même que plusieurs épisodes importants de l’histoire de l’art) sont laissés pour compte.

Il est très facile d’être « cultivé » au sens de « culture générale ». Beaucoup plus difficile de connaitre vraiment.

Normand Baillargeon commence son livre par une déconstruction en règle du concept même de culture générale, ce bassin de pseudo-savoirs dont la mission semble être de rassurer le petit-bourgeois sur son intelligence – le tout dans la pure tradition de la « tête bien pleine », sauf que dans ce cas il n’est même pas permis de dire qu’elle est bien pleine…

Le terme-clé ici est donc « pseudo-intellectualisme ». Pourquoi est-ce inculte de ne pas connaitre Mozart, mais tout à fait normal de ne pas connaitre les lois de la thermodynamique? Les gens « cultivés », souvent, se vantent de ne rien piger à la science ou aux mathématiques*. Question: l’ingénieur n’ayant jamais lu un seul roman, et le « littéraire » n’ayant aucune idée de ce qu’est un écart-type; lequel des deux est inculte?

La lecture des romans nous donne un autre regard sur le monde et contribue à la formation de la personne, nous dira-t-on.

Et c’est vrai, en plus.

Mais ce n’est pas la seule chose qui est vraie.

Une formation en mathématiques, à notre époque, est essentielle pour ne pas se faire berner. Nous sommes bombardés d’information sur l’économie, noyés sous les statistiques. Il faut des armes pour se défendre – Baillargeon a d’ailleurs déjà publié son Petit cours d’autodéfense intellectuelle, chez Lux.

On pourrait en dire encore plus long sur la nécessité de comprendre comment fonctionne son propre corps. Je lis des blogs féministes, et c’est assez fréquemment que je vois une confusion entre vulve et vagin. Dans une perspective féministe, cette erreur est grave, puisqu’elle s’inscrit dans le discours phallocentriste selon lequel le sexe implique nécessairement pénétration. (Truc mnémotechnique: vaginterne, vulvexterne.)

Qu’est-ce que la culture générale, donc, la vraie? Un ensemble d’outils cognitifs nécessaires pour être un citoyen fonctionnel et actif dans une démocratie. Ces outils sont issus de plusieurs domaines, incluant la philosophie et les sciences cognitives. Cette culture générale tend à l’universalité; ce n’est pas l’apanage de quelques snobs. C’est une culture qui libère et qui rend plus autonome, qui « empower ».

Un livre qui se lit comme un manifeste contre l’élitisme et pour la « tête bien faite », à mettre entre les mains de tous vos profs.

*J’adresse cette critique particulièrement à ceux et celles qui tentent de masquer leur vaste ignorance sous de fébriles accusations de « scientisme ».

Le mariage forcé au Québec

Article intéressant dans la Gazette des Femmes de janvier-février (PDF) concernant le mariage forcé. Si ce n’est pas fait, il faut ajouter la lecture de ce journal à vos activités de navigation Internet. On attend seulement l’abandon du format PDF pour un véritable contenu Web avec, je l’espère, ces flux RSS que j’aime tant.

L’abstinence sexuelle (encore!)

Connaissez-vous la différence entre un pénis et un morceau de ruban adhésif? D’après le site ilyaplus.com, il semble  n’y avoir aucune différence:

La relation sexuelle est une chose mystérieuse qui entraîne un lien profond entre deux personnes, même si nous qualifions ces relations « d’occasionnelles » ou de « temporaires ». Le problème est le suivant. Plus je me lie avec d’autres femmes, moins je serai en mesure de me lier complètement avec mon épouse. C’est comme un bout de ruban adhésif – plus on l’utilise sur différentes surfaces, moins il adhère aux choses. Après un certain temps, il ne colle plus à rien.

Dans notre dernier billet nous avons abordé les risques qu’entrainent une éducation sexuelle (ou absence de) axée sur la « chasteté » et la « pureté ».  C’est quoi, au juste, cette histoire de pureté? Doit-on considérer le sexe comme étant sale et malsain?

Selon Wilson et Daly (1992), l’insistance sur un contrôle de la sexualité féminine serait lié à l’assimilation de la femme à une marchandise. En tant que reproductrice, la femme permet au mâle alpha d’engendrer une progéniture. Encore aujourd’hui, selon plusieurs mentalités, cette capacité à la reproduction confert à la femme une valeur marchande certaine.

Si une stricte chasteté hors du mariage n’est pas observée, la jeune fille perd sa valeur marchande puisque sa promiscuité place l’éventuel époux dans le doute concernant la paternité du premier enfant. Pire, on considère alors que la jeune femme est une « marchandise usagée », donc de moindre valeur.

Toujours selon Wilson et Daly, cette appropriation de la femme demeure vraie même en cas de viol de l’épouse par un tiers, puisque la femme sera accusée, ouvertement ou non, d’avoir consenti, et devient nécessairement une « marchandise abimée ». On ouvre alors grande la porte à une culpabilisation de la victime.

Cette idée de marchandise « usagée » ou « abimée » se retrouve fréquemment dans la littérature pro-abstinence qui, de manière plus ou moins couverte, reprend la mentalité machiste et patriarchiste décrite plus haut.

La propagande pro-abstinence est remplie de clichés comme celui du ruban adhésif. L’idée de base est que les filles qui couchent sur une marchandise abimée. La notion de propriété est importante dans ce type de propos. Tiré du même article:

Alors il va sans dire que quand je serai marié, je n’aimerai pas l’idée qu’un autre homme ait fait l’amour à ma femme. Qu’en pensez-vous? Aimez-vous l’idée que quelqu’un d’autre aille avec votre femme? Si vous avez actuellement une petite amie et si vous avez de fortes réactions en imaginant un tel scénario, imaginez à quel point ces réactions, un jour ou l’autre, seront fortes avec votre propre épouse .

Vous pouvez même pousser ce raisonnement plus loin. Cette fille est la fille de quelqu’un. Et si elle était ma fille? Ou si elle était ma sœur? Voudrais-je que le premier venu profite d’elle? Je vois maintenant les filles sous un tout nouveau jour. Elle sont la future épouse d’un autre, la fille, la sœur de quelqu’un, etc.

La doctrine de la chasteté était certainement profitable à une certaine époque puisqu’elle permettait de maintenir la valeur de la marchandise (la femme) dont l’hymen était censé attester de la virginité. Il n’est donc pas étonnant que cette doctrine ait été codifiée au sein de plusieurs religions. Cela ne rend pas cette doctrine moins abjecte, mais permet au moins d’en comprendre l’origine.