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Dilemme d’Euthyphron

Le dilemme d’Euthyphron (ci-après DE) va à peu près comme suit: est-ce qu’un chose est bonne car elle s’accorde avec la volonté de Dieu ou est-ce qu’elle s’accorde avec la volonté de Dieu car elle est bonne?

Les deux possibilités engendrent des problèmes que je vous résume ici. Si on croit que X est bon car Dieu veut X, alors on ne sait pas plus pourquoi Dieu veut X. Ça ne nous donne pas de critère objectif de moralité. Si on croit que dieu veut X car X est bon (en soi), alors on suppose un critère moral qui est supérieur à Dieu, ce qui est problématique dans plusieurs systèmes théologiques.

La solution habituelle au DE, celle proposée par les théologiens, est de dire que Dieu est intrinsèquement bon. Le bien est une propriété de Dieu, par conséquent il n’a pas à « apprendre » ce qui est bon: il est lui-même bon et n’a donc qu’à agir. Peu importe ce qu’il fait ou veut, ce sera bon.

Mais affirmer que le bien est une propriété de Dieu n’est pas une solution au dilemme d’Euthyphron. Cela ne nous dit pas pourquoi Dieu est bon. Pourquoi ne serait-il pas mauvais? (En fait, cela ne nous dit même pas si Dieu est vraiment bon. Peut-être est-il intrinsèquement trompeur. Peut-être que le dieu n’est pas bon, et qu’on se fie donc à de mauvais critères pour établir ce qui est bien/mal).

Par ailleurs, cette histoire de propriété de Dieu n’a pas de sens. Un être parfait ne dépend de rien, il n’a pas de modules ou de sous-sections. Penser Dieu comme devant se conformer à sa conscience morale, c’est très anthropomorphique et incompatible avec l’idée d’un Dieu parfait/infini. (Ce qui ne sera pas un problème si vous ne pensez pas Dieu de la sorte. Mais bon.)

Considérant cela, je ne vois pas d’autre manière de sauver l’argument qu’en faisant l’adéquation complète entre bien et Dieu, et faire de Dieu l’ensemble des principes fondamentaux de l’univers. Encore ici, plutôt incompatible avec la vision traditionnelle… on s’approche plutôt du déisme. Ce genre de Dieu n’ayant pas vraiment de volonté, on évite le DE.

Ce serait encore plus simple de ne pas postuler de Dieu du tout, tant qu’à y être.