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La doctrine du péché: une invitation au narcissisme

Vanité des vanités ! tout est vanité ! – L’Ecclesiaste, 1:2.

On ne retrouve pas, dans le christianisme, de concepts comme celui, chez les Bouddhiste, de Bodhisattva, qui place l’éveil spirituel des autres avant le sien. Chez les chrétiens, la foi a un aspect « chacun pour soi ». L’individu est responsable de son salut et doit lutter contre le « péché », cette lutte étant conçue comme individuelle. Accompagné souvent d’une croyance forte au libre-arbitre, ce déplacement vers l’individu de la responsabilité de son sort mène vers une forme aiguë de narcissisme jouant sur notre vanité naturelle.

Je pense particulièrement au discours des chrétiens évangéliques. C’est toujours « ma relation personnelle avec Dieu », « mon péché » et « le salut de mon âme ». C’est facile de jouer sur la vanité des humains en leur proposant le salut de leur âme et la vie éternelle. Après tout, nous sommes des bestioles imbues d’elles-mêmes, nous les homo sapiens, et avons la conviction fondamentale que nous devons, comme individu et comme espèce, exister pour toujours.

Il y a certes, dans le christianisme, une incitation à ne pas mener les autres vers le péché… car c’est là en soi un péché. Il n’y a pas de motivation intrinsèque à s’abstenir d’être une « occasion de chute ».

Ne serait-il pas plus altruiste de dire qu’agir avec compassion est sa propre récompense? Que nous n’avons pas besoin d’un incitatif externe pour être une bonne personne? Pas dans le christianisme, la religion du « je, me, moi ».

 

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Pas seulement les croyants

Wired rapporte que les gens propres se sentent moralement supérieurs, selon un article dans Journal of Experimental Social Psychology. Plusieurs autres articles avaient déjà étudié le phénomène (exemple).

Ce genre d’étude est très intéressant puisqu’il permet de faire l’ultime coup dans l’arsenal athée: réduire un aspect du phénomène religieux à quelque chose de plus universel ne dépendant pas du surnaturel. Dans ce cas-ci: l’association entre la propreté (physique) et la morale, qui est à la base de toute l’idéologie du « péché », de la purification, etc.

L’étude rapportée dans Wired soutient que, lorsqu’on les place dans un état mental associé à la propreté, les sujets font des jugements moraux plus sévères. Cela en dit beaucoup sur les religieux, qui sont souvent suffisants dans leurs positions éthiques. Je ne pourrais me prononcer concernant l’Islam (qui semble tout de même jouer la carte de la pureté) mais en ce qui concerne le christianisme, c’est une chose certaine. L’ontologie même de cette religion permet et encourage la division entre le propre-sacré-moral et le malpropre-séculier-immoral. Rapidement se crée l’écart entre le « nous », les gens propres, dignes, purs, fidèles, et les gens « sales », qui sont « dans le monde », impurs, infidèles, etc.

Un ami catholique assez au courant de la politique au sein de l’Église au Québec me disait récemment ceci: pour monter dans les rangs de l’Église, il ne faut pas être un homme du peuple. Trainer parmi les paroissiens, cela rend la tâche plus difficile lorsqu’il est question d’appliquer aveuglément les règles et doctrines du Vatican. Y’a qu’à penser à notre ami le Cardinal Ouellet, un curé de bureau complètement déconnecté du monde réel. Ce type veut être pape, c’est évident. Pour y arriver, il faut sciemment ignorer la souffrance des gens, par exemple des victimes de viol (c’est sale!).

Le fait que plusieurs croyants s’estiment moralement supérieurs est un thème qui est souvent abordé ici, et je ressens toujours une grande satisfaction à l’écrire encore et encore. Mais ce qui est encore plus satisfaisant est de montrer que ce sentiment de supériorité n’est pas le propre du religieux mais exploite plutôt des mécanismes mentaux issus de la sélection naturelle, mécanismes qu’on pourrait bien retrouver dans d’autres dynamiques sociales non religieuses.