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Les croyant et la sophistique – une question de survie

Et bien merde. J’avais cette idée de billet de blog depuis longtemps. Nelson Jones m’a devancé. Ça et aussi le fait qu’il blog comme un champion et est publié dans le New Stateman. Mais ce ne sont que des détails… 😉

L’idée centrale est la suivante: pour le croyant, une bonne maîtrise des techniques remontant (au moins) à Gorgias est nécessaire. Mais quelles sont ces techniques? Un ensemble de procédés rhétoriques et de psychologie des masses permettant de rallier la foule, indépendamment du contenu de notre discours. Ce qu’on appelle la sophistique. Si on considère la vérité comme un consensus, alors celui qui contrôle la foule détermine le vrai.

Et Dieu sait que les apologistes chrétiens savent épater la galerie. C’est pour eux une question de survie. Notre société est maintenant largement dé-christianisée. La position par défaut est de ne pas croire aux dieux – combien de fois m’a-t-on dit que je perdais mon temps à faire un blog athée! Même chose au sujet de mes implications IRL (in real life, « en chair et en os ») dans les milieux athées et humanistes: on me disait que c’était une perte de temps puisque cela revient à militer en faveur de la position de base. On m’a déjà dit – et très justement – « fais toi donc une association des gens qui pensent que deux et deux font quatre tant qu’à y être ».

Dans ce climat, il n’y a pas d’incitatif à faire des efforts intellectuels pour défendre mon athéisme. Je dois au contraire renouveler sans cesse mes tactiques pour éviter que les gens s’endorment lorsque je leur parle de mon athéisme. On devient vite paresseux, nous qui affirmons qu’il faut toujours se remettre en question afin de ne pas sombrer dans la complaisance et la médiocrité intellectuelle.

Du côté des croyants, l’incitatif n’est pas à la remise en question mais au développement des technique de la sophistique. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de remise en question, mais, si je me fie à ma propre expérience avec le christianisme, le doute est mal vu, disons que ce n’est pas aussi crucial que l’apologétique. Afin de se convaincre soi-même d’abord, et ensuite de convaincre les autres – l’évangélisation, comme disent les chrétiens, et ce en fonctionnant toujours à contre-courant. Dans ce climat difficile, les croyants s’adaptent, développent des tactiques, trouvent des réponses (souvent des ritournelles amusantes plus que des réponses) aux questions difficiles. Bref, il y a plus d’intérêt pour le croyant à s’entraîner à la persuasion qu’à travailler sur le contenu.

De mon côté, la sophistique n’est pas un art crucial. Pas que je me pose comme un modèle socratique de rationalité… c’est plutôt que mon public est, le plus souvent, déjà convaincu. Et même si ce n’était pas le cas, je n’essaie pas constamment de convaincre – je n’en vois pas l’intérêt. Pourquoi vouloir avoir raison et imposer son point de vue à tout prix? Je n’ai pas de motivation religieuse à vouloir convaincre. Ce n’est pas comme s’il y avait un enfer d’athée qui attendait tous les vilains croyants qui refusent de se convertir à Saint Dawkins!